SUMURU LA CITE SANS HOMMES
Titre: Die sieben Männer der Sumuru
Réalisateur: Jesús Franco
Interprètes: Shirley Eaton

 

Richard Wyler
George Sanders
Maria Rohm
Herbert Fleischmann
Marta Reves
Elisa Montés
Année: 1969
Genre: Aventures / Espionnage / Science-fiction / Erotisme
Pays: Allemagne / Espagne / USA
Editeur Artus
Critique:

Producteur spécialisé dans le cinéma d’exploitation, l’Anglais Harry Allan Towers a souvent puisé son inspiration dans la littérature populaire. Il a notamment porté à l’écran « Dix Petits Nègres » (à deux reprises), « Le Fantôme de l’Opéra », « L’île au trésor », « Le portrait de Dorian Gray », etc.

Ayant souvent travaillé avec Jésus Franco, il produisit également plusieurs adaptation du Marquis de Sade et une pentalogie consacrée aux exploits de Fu Manchu, incarnation du Péril Jaune et génie du mal campé par Christopher Lee. Deux de ces longs-métrages (BLOOD OF FU MANCHU et CASTLE OF FU MANCHU) sont d’ailleurs réalisés par Jésus Franco. Ayant acquis les droits de ce personnage de Sax Rohmer, Harry Allan Towers a, probablement, acheté également, dans la foulée, ceux de Sumuru.

Autre super criminel, cette fois féminine, imaginé par le même Sax Rohmer, Sumuru apparait dans cinq romans feuilletonnesques originellement publiés dans les années ’50, soit peu avant le décès du romancier.

Après une première adaptation, THE MILLION EYES OF SU-MURU signée Lindsay Shonteff en 1967, Harry Allan Towers en confie une seconde à Jésus Franco. Shirley Eaton y reprend son rôle de dominatrice sadique qui dirige, cette fois, la légendaire cité sans hommes de Fémina peuplée d’Amazones belliqueuses désireuses d’instaurer un gouvernement mondial féministe. Un agent secret, Jeff Sutton, se voit chargé de délivrer une belle demoiselle kidnappée et de renverser le matriarcat de Sumuru. Agissant sous couverture (normal dans un film de Franco !), notre espion prétend détenir une énorme somme d’argent, ce qui attire l’attention non seulement de Sumuru mais également d’un criminel nommé Sir Marius, campé par un George Sanders en fin de carrière bien loin de ces rôles mémorables dans REBECCA, EVE ou LE VILLAGE DES DAMNES.

En dépit d’un ton parfois divertissant et des méritoires efforts de Franco pour insuffler un parfum de comic-book à SUMURU, l’ensemble manque grandement de charmes « pop » pour réellement convaincre. Les décors naturels, parfois impressionnants, et les costumes gentiment sadomaso kitsch de l’armée des femmes ne compensent guère un scénario brouillon et un rythme lénifiant.

Peu intéressé par le côté « action » de son récit, Franco choisit, au contraire, d’étirer de manière inconsidérée la plupart des séquences, provoquant moult bâillements dans une seconde partie encombrée de vue touristiques de Rio (une dizaine de minutes d’images carnavalesques sont, maladroitement, insérées dans l’aventure pour atteindre la durée réglementaire).

L’érotisme promis par le titre se limite finalement à une esthétique « bondage » saupoudrée d’un soupçon de nudité, l’unique scène saphique (attendue par les admirateurs du cinéaste) se montrant fort chaste quoique réalisée par une doublure de Shirley Eaton, laquelle n’apprécia guère cet ajout de Franco. La comédienne, restée célèbre pour son rôle dans GOLDFINGER (elle succombe peinturlurée d’or par le méchant après une nuit en compagnie de James Bond) terminait là sa carrière sans paraitre réellement concernée par le métrage, une remarque qui s’applique également au très fade Richard Wyler, précédemment aperçu dans d’autres récits d’espionnage comme DICK SMART 2007 ou COPLAN FX18 CASSE TOUT.

Si SUMURU LA CITE SANS HOMMES n’est pas une grande réussite, la bande originale se révèle cependant envoutante et quelques scènes gentiment surréalistes (la bagarre dans les rues de Rio) relèvent le niveau général d’une œuvre assez décevante.

Le mélange entre espionnite à la James Bond, aventures surannées, érotisme gentillet et science-fiction de pacotille rend néanmoins l’ensemble potable pour les inconditionnels du cinéaste (lequel signe son œuvre par une apparition clin d’œil en guitariste) qui apprécieront ce film « pop art » quelconque mais pas réellement déplaisant.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2014