SUPERMAN CONTRE L'INVASION DES MARTIENS
Titre: Santo el enmascardo de plata vs la invasión de los marcianos
Réalisateur:  
Interprètes: Santo el enmascardo de plata

 

Wolf Ruvinskis
El Nazi
Beny Galán
Belinda Corel
Ham Lee
 
Année: 1967
Genre: Science-fiction / Film de catch
Pays: Mexique
Editeur  
Critique:

Quoiqu’il porte un collant moulant et une cape, le Superman ici proposé n’a finalement aucun lien avec le héros de bande dessinée bien connu. Et pour cause puisque, sous ce titre français mensonger de SUPERMAN CONTRE L’INVASION DES MARTIENS, se cache en réalité une des nombreuses aventures du célèbre lutteur masqué El Santo.

Véritable institution au Mexique, le catch (appelé là-bas la lucha libre) s’est rapidement découvert d’importantes affinités avec le cinéma, les meilleurs lutteurs nationaux incarnant leur propre rôle « fantasmé » dans des métrages les voyant sauver le monde des pires catastrophes. Alors que l’Italie et les USA se penchent à la même époque sur leurs mythologies respectives via le Péplum et le Western, le Mexique se cherche en quelque sorte un équivalent attractif de Maciste ou Buffalo Bill. Le succès du catch et de ses stars, aux premiers rangs desquels on remarque El Santo, Blue Demon ou Mille Masques, ne pouvait donc qu’engendrer une nouvelle mythologie moderne inspirée tant par les Hercule d’antan que par les super-héros de comics.

La très codifiée lucha libre, proposant de titanesques affrontements entre de bons catcheurs et d’infâmes adversaires prêt à toutes les vilaines pour triompher, pouvait logiquement fournir d’intéressants prétextes à des métrages naïfs exhalant les bons sentiments et la victoire finale du Bien sur le Mal. Santo, dit « El Enmascarado de Plata », le plus fameux de ces lutteurs, appelés suivant les pays Samson, Silver Mask ou même carrément Superman, se conforme totalement à l’image du super-héros incorruptible et irréprochable propagée par les comics américains de l’âge d’or. Santo, en effet, ne boit pas, ne fume pas, ne couche pas, dispense de sage conseils aux enfants, valorise le sport, rappelle que les arts martiaux doivent servir à défendre les plus faibles, se montre charmant avec les demoiselles et propose toujours ses services pour protéger son pays contre tous les méchants imaginables.

A la manière de Batman, Santo dispose d’un laboratoire moderne, d’une belle bibliothèque et de vastes connaissances, tordant ainsi le cou à tous les médisants qui pourraient l’accuser de n’être qu’une brute sans cervelle. Santo se déplace dans une belle décapotable et fonce ainsi vers l’aventure, laquelle n’est jamais loin car dès que Santo arrive quelque part... une tuile se prépare !

Santo apparaît pour la première fois au cinéma dès 1952 dans EL ENMASCARADO DE PLATA mais il est alors incarné par un autre lutteur, le moins connu El Medico Asesino (sic !) et il faudra attendre 1958 pour que le « véritable » Santo apparaisse dans un film, à savoir CEREBRO DEL MAL. Ce SUPERMAN CONTRE L’INVASION DES MARTIENS constitue donc la quinzième (!) aventure du lutteur masqué, laquelle débute en suivant les clichés de la science-fiction américaine de la même époque. Huit extra-terrestres (quatre males et quatre femelles, le compte est bon et on évite les disputes dans le vaisseau) débarquent sur Terre et plus précisément à Mexico, ville réputée pour son pacifisme (!) afin de sommer les humains d’arrêter leurs guerres destructrices.

En effet, à présent qu’ils disposent de l’arme atomique, les Terriens menacent de détruire non seulement la Terre (ce qui n’est pas très grave) mais également le système solaire entier (ce qui l’est davantage). Les Martiens se sentant en péril exigent donc que cessent immédiatement toute cette folie mais le message n’est guère entendu. Très fâchés, les habitants de la Planète Rouge, décident alors d’investir le pays et se mettent à désintégrer des centaines d’innocents à l’aide de leur « troisième œil » meurtrier. Heureusement, Santo passe par là et ne parait pas affecté par le désintégrateur, ce qui ne sera jamais vraiment explicité d’ailleurs. Il affronte donc les Martiens, lesquels, impressionnés par ses qualités d’athlètes, imaginent de le ramener sur Mars afin de l’étudier.

SUPERMAN CONTRE L’INVASION DES MARTIENS verse rapidement dans les incohérences les plus effarantes dont la moindre n’est pas l’acharnement des extra-terrestres à utiliser uniquement des prises de catch pour affronter Santo. Les aliens prennent également une apparence humaine (quoiqu’ils ressemblent déjà comme deux gouttes d’eau à des hommes à grosse tête) et les demoiselles, plutôt mignonnes dans un style bien en chair (et en formes), s’étonnent des réactions à leur apparence qu’elles jugent forcément répugnantes.

Deux extra-terrestres féminines tentent même de charmer Santo, lequel va jusqu’à retirer son masque (de dos !)…mais ouf ! il s’agissait d’une simple hallucination et le lutteur viril reprend rapidement ses esprits. Deux autres catcheurs, par contre, se montreront plus faibles et tomberont sous les coupes des extra-terrestres, lesquelles les enverront bien sûr affronter Santo. Le métrage se poursuit donc sans guère de variation, l’intrigue s’interrompant à intervalles réguliers pour permettre de placer un combat de catch de 4 ou 5 minutes voyant immanquablement Santo triompher de ses adversaires.

Le valeureux lutteur, lorsqu’il ne défend pas la civilisation, paresse chez lui ou potasse tranquillement un bouquin sans pour autant retirer son costume sportif ni son masque d’argent. Bonjour la vraisemblance ! Alfredo B. Crevenna a déjà une soixantaine de métrage à son actif à l’époque (il interviendra ensuite régulièrement sur la saga Santo) mais traite cette intrigue abracadabrante avec une nonchalance de débutant confinant au « je m’en foutisme » assumé. L’atterrissage du vaisseau martien est ainsi filmé à l’aide un jouet tombant sur une maquette hâtivement construite digne d’Ed Wood et les désintégrations renvoient directement aux origines du cinéma : la victime est là et hop, elle n’est plus là, un simple effet sonore suggérant l’horreur de la destruction totale !

Notons aussi la pauvreté du vaisseau martien dont l’intérieur se voit réduit à deux ou trois éléments de décor signifiant (dont un énorme levier d’autodestruction, toujours utile à un héros ne sachant comment conclure une situation périlleuse) et le laboratoire d’un des plus grands savants mexicains constitué de quelques éprouvettes sans doute empruntée à l’école du village.

En résumé, tout l’aspect science-fictionnel se révèle d’une pauvreté à pleurer mais l’important réside manifestement dans les combats de catch permettant d’admirer quelques prises sympathiques même si tout cela ne peut rivaliser avec les mises en scène colossales des fédérations modernes de lutte comme la WWE par exemple. Traité avec un sérieux sidérant, le mélange provoquera immanquablement le rire, sauf peut-être chez nos amis mexicains qui c

onsidèrent le personnage comme une icône de la trempe de Superman ou Spiderman. Pour les curieux, SUPERMAN CONTRE L’INVASION DES MARTIENS constitue donc une oeuvrette à la qualité réduite mais au potentiel de sympathie évident. Profondément stupide, l’ensemble ne peut donc s’apprécier que pour les fins gourmets adeptes du second degré et amateurs de nanars irrécupérables.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009