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Souvent présenté comme un giallo, probablement de par la présence, derrière la caméra, du spécialiste Sergio Martino, SUSPICIOUS DEATH OF A MINOR se rapproche, en réalité, bien davantage des poliziotteschi, ces polars « musclés » populaires en Italie durant la seconde moitié des années 70. Un policier, Paolo Germi, rencontre par hasard une jeune demoiselle, Marisa, qui ne tarde pas à s’enfuir, poursuivie par un mystérieux personnage. Le lendemain, la police découvre le corps mutilé de Marisa et Germi décide de mener sa propre enquête. Préférant agir de son côté et sans trop se préoccuper des contraintes légales, Germi, incognito, remonte, avec l’aide d’un jeune pickpocket, la piste d’un réseau clandestin de prostitution.
Etrange hybride entre le giallo (qui, malheureusement, droit se contenter de la portion congrue du mélange) et le thriller d’action influencé par le succès de L’INSPECTEUR HARRY et ses succédanés, SUSPICIOUS DEATH OF A MINOR débute de fort belle manière par les vaines tentatives d’une jolie fille en détresse d’échapper à un maniaque dont le visage est, en partie, dissimulé par de larges lunettes aux verres miroirs. Une introduction proche des codes coutumiers du giallo, le criminel rattrapant finalement sa proie avant de lui trancher la gorge et d’abandonner son cadaver ensanglanté. Un inspecteur de police aux méthodes radicales, après avoir découvert que la demoiselle appartenait à un réseau de prostitution, se lance aux trousses de l’assassin. Pour celà, il dissimule son identité et s’adjoint les services d’un petit voleur à la tire, decidé à désembrouiller un complexe réseau aux ramifications nombreuses.
A partir de là, SUSPICIOUS DEATH OF A MINOR délaisse le giallo et joue pleinement la carte du polar burné en plaçant à l’avant plan un inspecteur de police incorruptible adepte de la justice expéditive. Hélas, probablement pour détendre l’atmosphère qui traite de sujets grâves (la prostitution forcée de mineures, l’implication des financiers et du politique dans les affaires criminelles italiennes), Martino se perd dans une accumulation saugrenue de scenes humoristiques pas toujours bienvenues. Si le “running gag” des lunettes du flic, brisées à intervalles réguliers, se révèle une trouvaille amusante, la comédie s’impose parfois, malheureusement, de manière bien lourde. Une poursuite en voiture rondement menée se transforme, ainsi, en suite de gags burlesques complètement inappropriés et même carrément grotesques. Dommage car la scène, ruinée par cette volonté incomprehensible de sombrer dans la parodie, aurait pu constituer un bon moment d’action et de tension. Heureusement, Martino se rattrappe par un passage original et convaincant qui débute par la tentative d’assassinat du héros sur une montagne russe avant de se poursuivre par la traque du meurtrier jusque dans le métro.
En dépit des faiblesses manifestes d’un film mal équilibré et pataud, la mise en scène de Sergio Martino reste, cependant, au-dessus de la moyenne et solidement charpentée. Le cineaste, parfois inspire, compose ains quelques sequences efficaces comme, par exemple, une suite de meurtres, situés aux deux tiers du film, qui renouent brièvement mais brillamment avec les clichés attendus du giallo. La musique utilisée, parfaitement appropriée, leur confère d’ailleurs un bel impact et reprend les codes mélodiques et rythmiques élaborés par les Goblins sur les oeuvres antérieures de Dario Argento. Rien de novateur mais une composition solide et efficace quoique frisant parfois la lounge d’ascenseur. De manière plus ludique, Sergio Martino joue beaucoup sur les miroirs et les reflets afin de donner un certain style au long-métrage. Dans le rôle principal de l’inspecteur opiniâtre, SUSPICIOUS DEATH OF A MINOR met en vedette Claudio Cassinelli, vu précédemment dans le similaire LA LAME INFERNALE, qui inaugurait là une collaboration fructueuse avec Sergio Martino, laquelle, connut, hélas, une fin tragique puisque Cassinelli mourut dans un accident d’hélicoptère en juillet 1985, sur le tournage d’ATOMIC CYBORG. L’acteur s’avère un bon choix, à la fois dynamique, jeune (il a alors 35 ans) et énergique, combinant une rude virilité machiste avec un côté gaffeur amusant.
Aux côtés de Cassinelli, SUSPICIOUS DEATH OF A MINOR convie l’éclectique Mel Ferrer qui, après une longue carrière dans les superproductions prestigieuses (GUERRE ET PAIX, LE JOUR LE PLUS LONG, LA CHUTE DE L’EMPIRE ROMAIN,…), se reconvertit sur le tard dans le bis (LA SECTE DES CANNIBALES, LE GRAND ALLIGATOR,…). Souvent ignoré des fans du cinéaste et oublié des analystes qui évoquent ses giallos, SUSPICIOUS DEATH OF A MINOR opère pourtant, à l’image de titres comme LA LAME INFERNALE, la jonction entre le giallo et le polar burné, mâtiné de considérations socio politiques, qui allait dominer le cinéma de genre italien durant la seconde moitié des seventies.
Dommage que le mélange ne prenne, hélas, que par intermittence et que le scénario, signé du prolifique et habituellement talentueux Ernesto Gastaldi, ne soit pas plus réussi ou original. En dépit de ses défauts et d’un humour intrusif incongru et peu convaincant, SUSPICIOUS DEATH OF A MINOR demeure malgré tout un spectacle divertissant et plaisant. S’il reste, malheureusement, bien en deçà des thrillers antérieurs du cinéaste, SUSPICIOUS DEATH OF A MINOR se regarde, toutefois, avec un certain plaisir pour les curieux.
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Fred Pizzoferrato - Novembre 2011 |
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