TABOO - LA BELLE MERE PERVERSE
Titre: Taboo
Réalisateur: Kirdy Stevens
Interprètes: Kay Parker

 

Mike Ranger
Dorothy LeMay
Miko Yani
Juliet Anderson
Tawny Pearl
Lee LeMay
Année: 1980
Genre: Porno / Erotique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Parmi les grandes sagas de la pornographie, TABOO s’est imposé comme une des plus longue et lucrative puisque l’on compte pratiquement une séquelle par années depuis l’original sorti en 1980. Le succès de ce premier film amena en effet un TABOO 2 dès 1982 et un TABOO 3 en 1984 avant que TABOO IV ne boucle en quelque sorte l’intrigue entamée dans le premier volet. Comme souvent, l’industrie du porno ne put laisser mourir une aussi fructueuse franchise et la simplicité du tournage vidéo amena un TABOO 5 dès 1986.

Kirdy Stevens, le cinéaste et son épouse, la scénariste et productrice Helene Terrie tinrent solidement les rennes de la série jusqu’au septième volet (THE WILD AND THE INNOCENT) avant de laisser place à toute une flopée de pornocrates plus ou moins réputés (dont Henri Pachard et Alex de Renzy) pour les épisodes ultérieurs, de plus en plus éloignés du concept initial. Bien sûr, à ce moment, la série avait déjà bien décliné, sombrant dans la routine tout en restant suffisamment renommée pour générer encore de nombreuses déclinaisons. En 2007, on comptait ainsi pas moins de 23 (oui 23 !!!) épisodes à ce qui s’impose comme une des plus fameuses sagas de la pornographie, sans oublier les nombreux spin-off officiels ou officieux, en particulier la tétralogie TABOO AMERICAN STYLE initiée par Henri Pachard.

Bref, après tant d’égarement, opérer un retour aux sources semble salutaire aussi nous pencherons nous sur le métrage original, sorti à la fin de l’âge d’or du porno, du temps ou les tournages sur pellicules et les scénarios, fussent ils minimalistes, céder peu à peu le pas à la vidéo, au « all sex » et au gonzo amateur.

L’intrigue de ce premier TABOO est simple mais tout à fait correcte pour du X. Elle présente une femme nommée Barbara Scott (jouée par la belle et très naturelle Kay Parker à l’impressionnante poitrine) âgée d’environ 40 ans, laquelle vient d’être plaquée par son mari qui lui reproche son manque d’enthousiasme au lit. Barbara décide de se trouver un travail tandis que son fils, Paul, envisage d’arrêter l’école. Mais rien ne se passe comme prévu, Barbara refusant les avances de son patron avant de s’enfoncer dans la solitude, au grand dam de sa meilleure amie, la très délurée Gina. Bien qu’il ait une petite amie peu farouche (laquelle a une copine tout aussi gironde), Paul se sent en outre de plus en plus attirer par sa mère. Jusque quand vont-ils résister à la tentation ?

TABOO décline un scénario plus consistant que de coutume et aborde frontalement (mais de façon assez innocente) le thème de l’inceste. Kay Parker offre d’ailleurs une composition très convaincante, y compris dans les passages dramatiques où elle se laisse aller à la culpabilité suite à une première relation sexuelle avec son fils. L’actrice, qui fut une des grandes stars du hard des années 80, associe un naturel charmant, un corps superbe (sans le moindre recours à la chirurgie) et d’authentiques capacités d’actrice, bien mises en valeur par un métrage allant au-delà de la simple enfilade de passages osés.

Si le thème incestueux peut rebuter certains, TABOO se place résolument dans le domaine du fantasme (comme en témoigne les séquences chaudes et amusantes où intervient Gina, une sorte de psy vivant un ménage à trois des plus stimulants) et ne cherche nullement à provoquer la discussion ou à mettre le spectateur mal à l’aise. La progression de l’intrigue s’avère toutefois finement étudiée et le rapprochement entre Kay Parker et Mike Ranger (qui incarne son fils même si il parait âgé une bonne trentaine d’années) se fait de manière très plausible et aboutit à une séquence incestueuse à la fois perverse (par le thème abordé) et sensuelle (par la qualité de la mise en scène).

Controversé lors de sa sortie (en 1980), TABOO s’est aujourd’hui imposé comme un film finalement bien innocent où la qualité érotique prédomine sur la thématique sulfureuse. Contrairement à nombre de pornos récents, TABOO offre donc un spectacle intéressant, y compris hors des moments X, lesquels s’avèrent de leur côté souvent érotiques et prenants. Le cinéaste alterne avec bonheur des passages plus allusifs et tendres avec quelques moments typiquement hard, et n’hésite pas à recourir à un montage en parallèle destiné à augmenter la tension. Parmi les morceaux de bravoure on citera surtout une belle scène de partouze assez adroitement filmée dans laquelle les protagonistes (une bonne douzaine) forment un cercle parfait, chacun contentant son ou sa partenaire avec vigueur. Toutefois les passages plus allusifs fonctionnent également très bien et recèlent un érotisme un peu trouble particulièrement intéressant, comme la scène où Kay Parker prépare le petit déjeuner de son fils en discutant avec lui. Le chemisier de la dame s’entre ouvre (à peine) mais le potentiel sexy de ce bref moment le rend presque plus stimulant que les séquences plus explicites. Un peu plus tard, la séance d’habillage de Kay pour une soirée, sous l’œil de son fils l’observant en voyeur avant qu’il ne retourne faire l’amour avec sa copine génère le même érotisme vaguement pervers. Bref, de belles idées qui élèvent l’œuvre au-dessus des standards de la pornographie de base.

Avec son casting classieux, sa réalisation compétente, sa musique sympathique, son scénario plus travaillé que de coutume et ses scènes porno à la fois sexy et romantiques, TABOO (ou LA BELLE MERE PERVERSE, un titre français plutôt inadéquat peut-être choisi pour éviter la polémique ?) a bien mérité sa place au sein des grands classiques de l’âge d’or du genre, avant l’inévitable déclin et la surenchère dans la vulgarité.

Même si sa réputation (certains le considèrent carrément comme « le plus grand film porno jamais tourné ») semble quelque peu usurpée, TABOO demeure une vision plaisante et marque d’une pierre blanche l’histoire du cinéma X. Conseillé !

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009