TAKE OFF
Titre: Take off
Réalisateur: Armand Weston
Interprètes: Georgina Spelvin

 

Wade Nichols (Dennis Parker)
Brigette Lynne
Annette Haven
Dick Carballo
Vanessa del Rio
Bruce Long
Année: 1978
Genre: Porno / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Sorti à la fin de l’âge d’or du X (en 1979), TAKE OFF s’avère une excellente surprise réalisée par le méconnu Armand Weston, lequel n’a livré qu’une poignée de films durant sa courte carrière (il est décédé en 1988 à 56 ans). On lui doit cependant le fort dérangeant, DEFIANCE OF GOOD (alias « Extase de la perversion »), porno malsain aux limites de l’horreur.

Après le tout aussi glauque THE TAKING OF CHRISTINA (un rape and revenge brutal classé X), Weston proposa ce TAKE OFF suivi de RETOUR VERS LE CAUCHEMAR, tentative de s’extirper du carcan hardcore pour plonger dans l’horreur pure. Il termine sa carrière par l’anonyme BLUE VOODOO dont le titre de gloire (très relatif) fut d’avoir été le premier porno tourné directement en vidéo. Une page se tournait…et surement pas pour le meilleur !

TAKE OFF, au contraire, brille par sa belle photographie et son image cinéma, Weston disposant de moyens techniques dignes d’une production « mainstream ». L’excellent scénario, officiellement crédité à Oscar Wilde pour son « inspiration » constitue une habile déclinaison du mythe de Dorian Gray dans laquelle le fameux portrait disparait au profit d’un court métrage pornographique muet, un de ses fameux « loops » des années ’20, époque à laquelle débute le récit.

Darrin Blue (Wade Nichols) reçoit un cadeau surprenant de sa maitresse, Henrietta Wilde : un petit film explicite destiné à immortaliser sa jeunesse et sa beauté, un court-métrage que le couple pourra revoir des années plus tard, une fois vieux et décati. Cependant, Blue se désole de l’inéluctabilité de son vieillissement et se rebelle, souhaitant que le film vieillisse à sa place afin qu’il conserve une éternelle jeunesse. Etrangement, le vœu se réalise et Blue, âgé d’environ 25 ans, passe à travers les époques et observe le déroulement du temps, condamné à rester sans attaches et sans partenaire fixe. On le retrouve durant la Prohibition, ami de John Dillinger, puis tenancier de bar à Casablanca où il aide une résistante à échapper à la Gestapo. Il vit ensuite l’époque bénie des fifties où, sur sa moto, il devient un véritable « rebel without a cause ». La révolution sexuelle et l’utopie hippie lui permettent de tester les drogues douces et l’amour libre. Mais, à la fin des années ’70, fatigué et revenu de tout Blue fait le bilan – très négatif - de son existence et renonce à l’immortalité pour finir ses jours avec Henrietta, son amour de jeunesse devenue vielle dame respectable.

Porno de classe supérieure, TAKE OFF donne la vedette à Wade Nichols, de son vrai nom Dennis Posa (1946 – 1985), acteur ayant joué dans une trentaine de X mais souvent dans des rôles de second plan ou de simples apparitions. Il participa également, durant quatre ans et sous le nom de Dennis Parker, à l’interminable soap policier « The Edge of Night » qui compte pas moins de 7420 épisodes sur trois décennies. Sous ce pseudonyme, il enregistra un album de disco en 1979 dont fut tiré le hit single « Fly like an eagle ». TAKE OFF lui donne l’occasion de démontrer ses talents de composition et de singer avec désinvolture mais humour Cagney, Bogart ou Brando.

A ses côtés, nous retrouvons Georgina Spelvin, une des premières porn-star, révélée (à 36 ans) par le classique L’ENFER POUR MISS JONES et, surtout, la magnifique Annette Haven dans une excellente parodie de CASABLANCA. Car le métrage, truffé de références cinéphiliques, décalque avec bonheur et imagination une poignée de classiques du cinéma, en particulier LA FUREUR DE VIVRE et CASABLANCA mais également les films de gangsters des années ’30, le cinéma muet et la vague psychédélique hippie. Les scènes hard, assez classiques, ponctuent ces saynètes bien emballées. Elles ne sont ni trop nombreuses ni trop longues et occupent moins d’un tiers du temps de projection (le film étant long pour le genre : 103 minutes) mais l’ensemble n’est jamais ennuyeux, la partie non X étant très bien ficelée. TAKE OFF constitue même un des rares pornos qui « tiendrait » sans ses scènes osées et dont l’intrigue pourrait facilement se voir décliner pour un film « grand public ».

En outre, pour la bande originale, Armand Weston convie le groupe rock Elephant’s Memory (backing band de John Lennon et Yoko Ono au début des années ’70) qui compose une série de compositions référentielles, lesquelles épousent adroitement chacune des époques traversées par le héros. Le groupe avait d’ailleurs déjà œuvré précédemment dans le hard classieux en composant les musiques de l’excellent THE OPENING OF MISTY BEETHOVEN.

Avec son scénario intelligent, ses références bien trouvées, son humour constant (certains gags rappellent le trio ZAZ), ses dialogues décalés qui reprennent des répliques bien connues (« he’s looking at you kid », « It’s the beginning of a beautiful friendship ») réutilisées de manière détournées, sa musique de qualité et sa conclusion pleine d’émotion, TAKE OFF crispa les « spectateurs en imperméable » et fut un échec injustifié à sa sortie. Il est donc impératif de redécouvrir ce véritable classique du porno chic et fantastique, sans hésiter un des meilleurs films du genre !

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2014