DARKSIDE LES CONTES DE LA NUIT NOIRE
Titre: Tales from the darkside - The Movie
Réalisateur: John Harrison
Interprètes: Deborah Harry

 

Steve Buscemi
Julianne Moore
Christian Slater
David Johansen
Rae Dawn Chong
James Remar
Année: 1990
Genre: Horreur / Fantastique / Film à sketches
Pays: USA
Editeur  
Critique:

En 1982, George A. Romero obtient un joli succès avec l’anthologie à sketches CREEPSHOW, hommage non dissimulé aux bandes dessinées horrifiques E.C. Comics. Très vite va naitre l’idée d’une suite destinée au cinéma (finalement réalisée par Michael Gornick en 1987) mais également d’une série télévisée dérivée. Pour différentes raisons (de droits, essentiellement) la série télévisée a été rebaptisée « Tales from the darkside » et récolta un important succès durant ses 4 saisons (1984-1987) et ses quelques 90 épisodes. Le passage aux grands écrans se fera finalement en 1990 sous l’égide de John Harrison, un proche collaborateur de George A. Romero promu ainsi en grade. Le résultat final se rapproche évidemment des deux volets de CREEPSHOW au point qu’il fut rebaptisé par certains (dont le maquilleur Tom Savini), de manière plus ou moins informelle, « Creepshow 3 ».

DARKSIDE LES CONTES DE LA NUIT NOIRE comprend trois sketches d’une durée sensiblement égale (environ 25 minutes) liés entre eux par une amusante petite histoire. Dans celle-ci un petit garçon se retrouve dans le garde manger d’une avenante sorcière (jouée par Deborah Harry, l’ex chanteuse de Blondie) qui désire le cuisiner pour le repas du soir. En attendant ses invités, la sorcière écoute les récits effrayants que lui lit un petit garçon, tiré du recueil « Tales from the darkside ».

Le premier sketch, « Lot 249 » s’inspire d’une nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle en personne et possède un côté rétro prononcé. Un étudiant pauvre et mal aimé, Bellingham (joué par Steve Buscemi) acquiert un sarcophage contenant une momie qu’il compte revendre en réalisant un bon bénéfice. Bellingham vient d’être victime d’un scandale (il est accusé d’avoir dérobé un fétiche Zuni) et a vu une bourse d’étude lui échapper au profit du riche Lee. Lorsque Bellingham découvre un parchemin susceptible de ramener la momie à la vie, Bellingham n’hésite pas à l’utiliser pour se venger.

« Cat from Hell », le second segment a été scénarisé par George A. Romero sur base d’une nouvelle de Stephen King et aurait du, normalement, figurer dans CREEPSHOW 2. Pour des raisons budgétaire, l’histoire ne fut cependant pas filmée avant de trouver sa place dans DARKSIDE LES CONTES DE LA NUIT NOIRE. Halston (David Johansen, du groupe garage punk New York Dolls) incarne un redoutable tueur à gages engagé par un vieil homme en chaise roulante, Drogan. Ce dernier désire qu’Halston supprime son chat, lequel aurait déjà tué quatre personnes afin de se venger des expérimentations menées contre ses camarades félins par la firme de Drogan.

La dernière histoire, « Lover’s Vow » concerne un jeune homme nommé Preston (James Remar) témoin d’un meurtre commis par une gargouille, une statue soudain venue à la vie pour décapiter un barman. La créature propose à Preston un marché : s’il garde le silence sur son existence il aura la vie sauve. Le jeune homme accepte et rencontre peu après une jolie demoiselle effrayée qu’il finit par épouser. Lui dira-t’il un jour son secret ou saura t’il le garder à jamais ?

DARKSIDE LES CONTES DE LA NUIT NOIRE constitue l’exemple typique de la bonne petite anthologie fantastique agréable à suivre mais manquant cependant de personnalité pour convaincre totalement. Au niveau des interprètes, le métrage s’octroie les services d’une poignée de noms relativement connus, de Deborah Harry à Rae Dawn Chong en passant par les débutants Steve Buscemi, Julianne Moore et Christian Slater.

John Harrison, pour sa part, a travaillé sur les films de George A. Romero a des postes très divers : il fut compositeur et assistant réalisateur sur CREEPSHOW et LE JOUR DES MORTS VIVANTS, acteur sur ZOMBIE et KNIGHTRIDERS, sans oublier scénariste et réalisateur sur une poignée d’épisodes de la série télévisée « Tales from the darkside ». La production est, bien sur, assurée par George A. Romero lui-même, tandis que l’inspiration pour les sketches provient d’auteurs réputés comme Sir Arthur Conan Doyle, Stephen King et Michael McDowell, scénariste du BEETLEJUICE de Tim Burton. Enfin, le spécialiste incontesté des maquillages spéciaux Dick Smith confectionne de très réussis effets à l’ancienne. Bref, du beau monde pour cette anthologie sinon très classique.

L’intrigue de liaison s’avère sympathique et possède un petit côté « conte de fée macabre » non négligeable tandis que les trois sketches maintiennent un bon niveau.

Le premier se révèle agréable en dépit d’un ton légèrement suranné et d’un aspect à la fois linéaire et prévisible. Le petit twist final, dans le plus pur style des E.C. Comics, fonctionne cependant très efficacement et capture admirablement l’humour noir des légendaires bandes dessinées. Les quelques scènes gore sont bien fichues et convaincantes.

Le second segment joue lui aussi sur l’humour et bénéficie d’une intrigue originale ponctuée de mises à mort sanguinaires du plus bel effet. La chute finale manque un peu de punch mais le sketch reste globalement de qualité.

Malheureusement, la dernière intrigue, quoiqu’intéressante, s’accorde mal avec les deux premières en jouant la carte de l’émotion, de la romance et du fantastique tragique.

A noter que DARKSIDE LES CONTES DE LA NUIT NOIRE obtint en son temps le Grand Prix du Festival d’Avoriaz, une récompense pas franchement méritée avouons le même si le festival a couronné de plus mauvais métrages au cours de son histoire.

Comme nombre de films à sketches, DARKSIDE LES CONTES DE LA NUIT NOIRE souffre donc d’un manque d’homogénéité un peu rédhibitoire en proposant trois intrigues à la tonalité très différente. L’ensemble s’apparente davantage à trois courts-métrages placés bout à bout qu’à un long métrage cohérent mais ce défaut, coutumier des anthologies cinématographique, n’est pas gênant pour apprécier ces petites histoires divertissantes et de bonne qualité. Les amateurs de films à sketches et de fantastique / horreur peuvent donc jeter un œil à DARKSIDE LES CONTES DE LA NUIT NOIRE sans craindre de s’ennuyer.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2010