L'EMPIRE DE LA TERREUR
Titre: Edgar Allan Poe's Tales of Terror
Réalisateur: Roger Corman
Interprètes: Vincent Price

 

Peter Lorre
Basil Rathbone
Debra Paget
Maggie Pierce
 
 
Année: 1960
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur MGM
4 /6
Critique:

Trois contes de terreur, inspirés par Edgar Allan Poe. Dans le premier (Morella) une jeune femme vient retrouver son père et découvre un terrible secret. Dans le second (Le Chat Noir), un ivrogne détestant les chats sera puni du meurtre de sa femme et de son amant. Dans le dernier (L'Etrange Cas de Mr Waldemar), un hypnotiseur utilise ses talents pour faire chanter une femme en gardant en vie son mari normalement décédé.

L'EMPIRE DE LA TERREUR est la quatrième production AIP consacrée aux œuvres d'Edgar Allan Poe. Comme pour les précédentes, la mise en scène est signée Roger Corman et l'interprète principal en est Vincent Price. Mais, cette fois, le métrage se divise en trois segments de durée inégale, vaguement inspirés par trois nouvelles de l'écrivain. Roger Corman glisse largement dans la parodie, au point que le film n'est jamais effrayant.

Seule la première histoire se veut classique, avec une ambiance inspirée par "La Chute de la Maison Usher". Courte, rythmée et bien menée, elle additionne les révélations et se conclut par une belle chute, hélas gâchée par un final inutilement spectaculaire qui pâtit en outre d'effets spéciaux des plus médiocres. Cette histoire, "Morella", débute par l'arrivée d'une jeune femme nommé Lenore dans une étrange demeure du Massachusetts où le temps semble suspendu. Elle y découvre son père (inévitablement joué par Vincent Price), perdu de vue depuis sa naissance et la mort en couche de Morella, sa mère. Bien sûr, depuis ce décès la maison familiale est resté "en l'état" et toute vie en a déserté les murs. Comme Lenore, atteinte d'une maladie incurable, n'en a plus pour longtemps, son père décide de recréer une véritable relation père fille pour les derniers mois qu'il lui reste à vivre. A moins que Morelle n'en décide autrement?

La seconde histoire, "Le Chat Noir", combine des éléments puisés à différents récits de Poe mais reprend l'idée du cadavre emmuré dans la cave et du chat ruinant un crime parfait. Ce sketch, de loin le plus long et le plus intéressant, nous convie surtout à un véritable duel de cabotinage entre Peter Lorre et Vincent Price, lesquels se laissent aller à une hilarante démonstration de leur talent de goûteurs de vin. Price humecte délicatement ses lèvres avec un petit récipient tandis que Lorre avale des verres entiers. Le reste du récit joue totalement sur l'humour et multiplie les séquences cocasses, Lorre se voyant décapiter par ses victimes ou souffrant d'hallucinations diverses. La chute est amusante pour ceux qui ne connaissent pas l'intrigue mais le tout se traîne quand même un peu trop pour convaincre. Cela reste néanmoins un bel exemple de comédie macabre.

Le dernier segment est un peu plus sérieux mais l'humour noir domine toujours et on pense un peu aux récits style "Tales from the Crypt" avec cette vengeance post-mortem. La nouvelle de Poe, "L'Etrange Cas de Monsieur Valdemar" constitue ici un simple prétexte. Vincent Price, dans le rôle de Mr Valdemar, se sait atteint d'une maladie incurable et il demande à un hypnotiseur (l'ancienne star Basil Rathbone) de le placer en état de transe au moment de son décès. Valdemar devient alors une sorte de mort-vivant pathétique que l'hypnotiseur veut utiliser pour forcer la femme du "décédé" à l'épouser.

Ces trois scénarios, signés Richard Matheson, sont efficaces, les acteurs tous excellents et l'humour assez drôles mais le manque de moyens est souvent patent tandis que la direction de Corman abuse parfois d'effets faciles (objectifs déformés ou bizarres pour traduire la peur ou l'ivresse) et l'ensemble est indubitablement daté.

Plutôt agréable à suivre, malgré tout, cette anthologie s'apparente finalement à celles proposées par la Amicus ou la Hammer durant les sixties et jusqu'au début des seventies, comme HISTOIRES D'OUTRE TOMBE ou LE TRAIN DES EPOUVANTES. Seule la première retrouve le ton des précédentes adaptations de Poe, les deux suivantes glissant vers l'humour noir et le grand-guignol typiques des bandes dessinées horrifiques alors fort en vogue. Quoiqu'il en soit L'EMPIRE DE LA TERREUR demeure un divertissement sympathique pour les amateurs de fantastique à l'ancienne.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007