CONTES AUX LIMITES DE LA FOLIE
Titre: Tales That Witness Madness
Réalisateur: Freddie Francis
Interprètes: Kim Novak

 

Joan Collins
Suzy Kendall
Donald Pleasence
Jack Hawkins
Georgia Brown
Michael Jayston
Année: 1973
Genre: Film d'horreur / fantastique à sketches
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Anthologie horrifique comme il en existait de nombreuses dans les années ’70, LES CONTES AUX LIMITES DE LA FOLIE (ou CONTES AU BORD DE LA FOLIE) reprend une construction similaire à celui du classique de la Amicus, ASYLUM, sorti l’année précédente. Sans, hélas, en retrouver la qualité.

Treymane, un psychiatre, parcourt les couloirs de son hôpital psychiatrique en compagnie d’un de ses amis, le docteur Nicholas. Devant les cellules de quatre de ses patients, le médecin stoppe pour raconter leur histoire, chacune d’elle marquant une avancée vitale dans ses recherches.

Dans « Mr Tiger » un garçon trop materné, Paul, s’invente un compagnon imaginaire, un tigre, pour oublier les disputes de ses parents. Mais l’animal commence à prendre vie…Dans « Penny Farthing », un antiquaire achète un ancien bicycle et une peinture, lesquels lui permettent de voyager dans le temps pour aller flâner au XIXème siècle en compagnie d’une charmante demoiselle. Mais un homme défiguré les observe…Le troisième sketch, « Mel », concerne un nommé Brian, lequel ramène à la maison une pièce de bois à l’apparence étrange, quasiment féminine, et à l’influence néfaste. L’arbre ne tarde pas à éprouver une jalousie maladive envers l’épouse de Brian. Enfin, dans « Luau », un écrivain nommé Kemo séduit une jeune et virginale demoiselle afin de la servir à sa mère lors d’un banquet anthropophage destiné à le libérer d’une terrible malédiction.

Inégal, comme tous les films à sketches, LES CONTES AUX LIMITES DE LA FOLIE ne dispense guère de frissons et aucune des intrigues proposées ne sort suffisamment du lot pour convaincre. Quoique classique, le premier sketch reste pourtant sympathique. Les prémices rappellent grandement une histoire de Ray Bradbury adaptée dans la médiocre anthologie cinématographique L’HOMME TATOUE mais Freddie Francis rend l’épisode plaisant en lui conférant un bon rythme et en usant d’une pincée d’humour noir. D’une durée adéquate (un gros quart d’heure), « Mr Tiger » se termine sur une idée macabre de bon aloi, le jeune garçon égrenant quelques notes sur un petit piano-jouet tandis que ses parents sont massacrés (hors champs) par le fauve.

La seconde histoire, pour sa part, rappelle l’excellent roman « Somewhere in time » de Richard Matheson (et sa très réussie adaptation signée Jeannot Szwarc). L’idée d’un objet permettant de retourner dans le passé n’est pas neuve (le porno PANDORA’s MIROR en fit, par exemple, une utilisation étonnamment efficace) et ce court récit n’apporte guère d’originalité à un thème éculé déjà abordé, bien souvent et avec davantage de panache, par « La Quatrième dimension ». Toutefois, le récit s’avère bien mené et le climax, impliquant une boucle temporel, abouti à un paradoxe un peu prévisible mais bien troussé. On suit donc ce « Penny Farthing » sans passion mais sans déplaisir.

« Mel » souffre, pour sa part, d’un manque flagrant de développement tant l’intrigue se refuse à embrasser complètement ses aspects les plus choquants et provocateurs. L’amour possessif d’un homme pour un arbre (!) permet néanmoins un combat amusant entre le végétal vindicatif et une Joan Collins effectuant son habituel numéro de femme fatale colérique. L’étonnante séquence de viol commise par l’arbre à l’encontre de la jeune femme annonce, de son côté, un passage similaire vu dix ans plus tard dans le EVIL DEAD de Sam Raimi. Même si ce sketch parait profondément stupide, il reste distrayant et, surtout, mémorable, contrairement au trois autres bien trop classiques pour demeurer longtemps dans les mémoires.

Enfin, la dernière histoire, la plus longue, traite d’une cérémonie vaudou teintée de cannibalisme et se révèle fort poussive, toutes les péripéties étant, malheureusement, attendues. Handicapé par un jeu d’acteur cabotin (en particulier de la part de Kim Novak), ce sketch prévisible termine sur une note négative cette anthologie mollassonne. Bien sûr, Francis tente de donner un minimum de cohérence au métrage à l’aide d’une séquence, plus grotesque qu’effrayante, située dans l’asile, et destinée à « boucler la boucle ». Sans grand succès ni conviction.

Très moyen, LES CONTES AUX LIMITES DE LA FOLIE souffre surtout d’intrigues insuffisamment développées ou originales pour passionner. De manière générale, les récits sont trop plats et classiques pour convaincre, à l’image de leurs « chutes », voulues surprenantes mais qui, hélas, tombent souvent à l’eau. La violence, réduite au strict minimum, et la nudité, quasiment inexistante, confèrent en outre au métrage une facture télévisuelle gênante. Tous ces défauts rapprochent, au final, ces CONTES AUX LIMITES DE LA FOLIE d’un simple enchaînement de quatre épisodes, plutôt moyens, d’une série fantastique destinée aux petits écrans.

Le manque d’humour, lui aussi, se fait cruellement sentir et rend l’ensemble décevant, d’autant que l’interprétation routinière et la mise en scène banale ne relèvent jamais le niveau de cette décevante collection. On a connu Freddie Francis nettement plus inspirés, ne serait que sur ses autres « films à sketches », en particuliers l’excellent HISTOIRES D’OUTRE TOMBE et le divertissant LE TRAIN DES EPOUVANTES.

En résumé, cette anthologie horrifique à l’intérêt limité (peut être la plus médiocre sortie durant les années ’70) doit être réservée aux seuls inconditionnels du genre, lesquels lui pardonneront peut-être ses nombreuses faiblesses. Le grand public, lui, se tournera plus volontiers vers des titres similaires mais nettement plus réussis comme ASYLUM ou HISTOIRES D’OUTRES TOMBE.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011