² TANGO OF PERVERSION
TANGO OF PERVERSION
Titre: Tango 2001
Réalisateur: Kostas Karagiannis
Interprètes: Lakis Komminos

 

Vagelis Voulgaritis
Erika Raffael
Dorothy Moore
Jennifer Wynne
 
 
Année: 1973
Genre: Thriller / Erotique / Giallo / Drame
Pays: Grèce
Editeur  
Critique:

Issu du méconnu cinéma d’exploitation grec, TANGO OF PERVERSION constitue une intéressante curiosité qui se rapproche grandement d’un giallo de machination à l’érotisme prononcé. Le cinéaste, en effet, se livre à un véritable catalogue de pratiques sexuelles et, au traditionnel saphisme, ajoute le voyeurisme et la nécrophilie.

Paralysé par sa peur des femmes, Joachim souffre d’impuissance sans que la médecine ne puisse le guérir. Forcément frustré, il trouve une certaine satisfaction dans le voyeurisme, ayant installé une caméra dans son appartement, dissimulée derrière un miroir sans tain, pour enregistrer les ébats de son ami Stathis, patron de la boite de nuit « Le Tango », à qui il « loue » sa chambre. La situation se corse lorsque Joachim autorise l’épouse de Stathis, Joanna, à utiliser son logement pour coucher avec sa maitresse, Rosita. Stathis surprend les deux femmes et exige un « plan à trois » mais la situation dégénère et Rosita, meurt accidentellement au cours de la dispute. Excité, Joachim se permet diverses privautés sur le cadavre avant de s’en débarrasser en simulant un accident de la circulation.

Cependant, la situation ne tarde pas à échapper à son contrôle et lorsqu’une autre maitresse de Stathis découvre son secret en brisant, sous le coup de la colère, la glace sans tain derrière laquelle il joue au voyeur, Joachim, désespéré, la noie dans la baignoire. Après avoir abusé du cadavre, il le précipite au fond de la mer. La police enquête et soupçonne rapidement Stathis du meurtre de ses maitresses. Pendant ce temps, Joachim trouve enfin le bonheur entre les cuisses de Joan, une ex de Stathis qui prend très mal cette supposée « trahison ».

Né à Athenes en 1932, Kostas Karagiannis débute sa prolifique carrière à l’orée des sixties et dirige près de 150 films, vidéos et séries télévisées jusqu’à son décès en 1993. Une de ses rares réalisations à avoir atteint nos contrées reste le piètre LA SECTE DES MORTS VIVANTS (1976), bien inférieure à cette variation morbide sur divers thématiques « giallesques ».

L’ensemble rappelle, évidemment, certains classiques du thriller comme LE VOYEUR revisités par l’univers décadent du « sexy giallo » dans lequel se croisent perversion, manipulation, drogue, chantage et meurtres successifs. Epoque oblige, le long-métrage se pare également de coloration très « flower power » et convie un groupe de musiciens hippies dont le chanteur, torse nu, chante dans une boite de nuit des mélopées enjouées.

Dès l’entame, le film verse d’ailleurs volontiers dans le psychédélisme puisque le pathétique « héros », impuissant et nerveux, imagine que les clients de la discothèque dansent le tango totalement nu. Si ce voyeur se révèle parfois excusable en dépit de ses actes de plus en plus violents, les autres personnages sont, pour leur part, pratiquement tous antipathiques. Le séducteur Stathis est un menteur, manipulateur et violent, qui trompe allègrement son épouse droguée et dénuée de personnalité lorsqu’il ne la frappe pas avec brutalité. Quant aux différentes demoiselles, leur comportement hypocrite n’incite guère à la sympathie, à l’exception de la belle et peu farouche nymphette qui saura raviver, au propre comme au figuré, la flamme de l’impuissant amoureux. D’où quelques scènes surprenantes et quasiment touristes consacrées au bonheur idyllique de nos tourtereaux gambadant dans les fleurs au ralenti ou s’adonnant aux joies du ski nautique.

Volontiers dérangeant, TANGO OF PERVERSION traite de manière relativement frontale du thème rarement abordé de la nécrophilie, illustré par les fantasmes malsain du meurtrier qui couche avec ses victimes mais les imaginent vivantes et entreprenantes. Si le comédien Vagelis Voulgaritis, dissimulé sous le pseudonyme d’Harry Cooper, se montre parfois excessivement cabotin dans son jeu grimaçant, il demeure globalement convaincant, tout comme le plus expérimenté Lakis Komminos, familier de l’exploitation à la grecque. Les jeunes femmes, pour leur part, n’ont guère connu de carrière mémorable mais elles ne rechignent nullement à dévoiler leurs charmes naturels à intervalles réguliers.

Typique de son époque de par sa bande originale entrainante, son emphase sur la sexualité libérée et ses décors et costumes très « hippies », TANGO OF PERVERSION offre une intrigue intéressante dont les idées macabres et l’érotisme pervers compensent la relative prévisibilité.

Poisseux et glauque mais également rythmé, divertissant et riche en retournements de situation, ce thriller érotique de belle facture mérite donc la redécouverte pour les cinéphiles curieux.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2014