TARZAN ET SA COMPAGNE
Titre: Tarzan and his mate
Réalisateur: Cedric Gibbons/
Jack Conway & James C. McKay (uncredited)
Interprètes: Johnny Weissmuller

 

Maureen O'Sullivan
Neil Hamilton
Paul Cavanagh
Forrester Harvey
Nathan Curry
Ray Corrigan
Année: 1934
Genre: Aventures / Fantasy
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Après la réussite commerciale et critique de TARZAN L’HOMME SINGE, une séquelle fut, bien sûr, rapidement envisagée et Johnny Weissmuller y reprit évidemment son rôle de Tarzan aux côtés de Maureen O’Sullivan, alias Jane. Le fauteuil de réalisateur échut, pour sa part, à Cedric Gibbons qui fut, durant plus de trente ans, directeur du département artistique de la MGM. TARZAN ET SA COMPAGNE reste son unique mise en scène même si, selon de nombreuses rumeurs, le cinéaste fut rapidement remplacé par Jack Conway et James C. McKay, tous deux non crédités, un procédé courant sur la saga comme en témoignerons les épisodes ultérieurs.

Fort du succès du premier long-métrage, TARZAN ET SA COMPAGNE bénéficia d’un budget revu à la hausse et ces investissements permirent des séquences d’action plus amples et élaborées destinées à surpasser celles du précédent film.

L’intrigue, elle, se déroule un an après le premier volet, tandis que Jane Parker vit dans son petit paradis aux côtés de Tarzan et de leur chimpanzé apprivoisé Cheetah. Mais cette quiétude est troublée par le chasseur anglais Harry Holt, amoureux de Jane, qui revient en Afrique et organise une expédition avec un chercheur d’ivoire nommé Martin Arlington. Les deux hommes partent à la recherche du légendaire cimetière des éléphants et encourent différents périls comme d’affronter des tribus cannibales et des animaux féroces. Piégés sur une falaise par une meute de gorilles, les deux aventuriers et leurs porteurs sont sauvés de la mort par l’arrivée inopinée de Tarzan. Harry tente ensuite de persuader Jane de rentrer en Angleterre avec lui et Martin essaie, pour sa part, d’obtenir l’aide de l’Homme Singe pour atteindre le cimetière des éléphants. Après le refus de Tarzan, le cupide aventurier tente d’assassiner le Roi de la Jungle mais réussit seulement à le blesser…

TARZAN ET SA COMPAGNE reprend la plupart des éléments ayant assuré le succès de l’original (l’alchimie entre les principaux protagonistes et les combats contre les animaux féroces) mais n’évite pas non plus ses défauts comme l’abus de stéréotypes raciaux, les transparences très visibles et les figurants dans des costumes de gorille peu convaincants. Des broutilles comparées au rythme soutenu et à la joie de retrouver ces personnages devenus aujourd’hui mythiques.

Pour un métrage datant des années ’30, TARZAN ET SA COMPAGNE témoigne également d’un vrai souci d’érotisme et habille Maureen O’Sullivan d’un très seyant bikini avant de proposer une scène de bain où l’actrice (en réalité sa doublure) est entièrement dénudée. Une séquence filmée de trois manières différentes (habillée, topless et en nu intégral) mais en définitive excisée du métrage sous la pression de la censure. Heureusement, cet important document historique fut retrouvé dans les années ’80 et le film fut restauré à la grande satisfaction des esthètes cinéphiles.

Ici clairement amoureuse et sexuelle, la relation entre Tarzan et Jane sera, elle, placée de plus en plus en retrait lors des aventures ultérieures du Roi de la Jungle. Jane devra troquer son bikini contre un maillot une-pièce beaucoup moins révélateur proche d’un vulgaire sac à patates et, sous la pression des ligues de vertu, la passion cédera la place à une sorte de camaraderie bon enfant.

Pourtant, dans TARZAN ET SA COMPAGNE, comme dans de nombreux longs métrages produits avant l’introduction du fameux code Hays hollywoodien, les films n’hésitaient pas à jouer la carte sexy pour attirer le public et ne reculaient, pas non plus, devant la violence, se permettant d’ailleurs de surprenant excès. Les deux premiers Tarzan s’adressaient par conséquent à un public « adulte » mais, dès le troisième épisode, la série glissa vers un inoffensif divertissement familial, en particulier avec l’arrivée de Boy, l’enfant adoptif (autre concession à la morale bienpensant !) du couple.

Au niveau de l’action, ce second volet ne démérite pas et voit Tarzan accomplir divers exploits, comme mener une charge d’éléphants, combattre des animaux sauvages (notons surtout le duel aquatique entre le Seigneur de la Jungle et un crocodile de belle taille mais également les affrontements contre des gorilles, des lions et un redoutable rhinocéros), lutter contre des trafiquants d’ivoire et se remettre de graves blessures avec l’aide d’un hippopotame salvateur et de Cheetah.

Le casting, pour sa part, s’avère parfait et, en dépit d’un jeu limité et de dialogues monosyllabiques un brin agaçant, Johnny Weissmuller reste le Tarzan définitif. Il possède, dans les premiers films, un physique racé et musclé totalement adapté au Seigneur de la Jungle. De son côté, Maureen O’Sullivan apporte fraicheur, humour et sensualité tandis que Cheetah et ses pitreries amusent les plus jeunes même si, dans TARZAN ET SA COMPAGNE, le chimpanzé n’est pas encore, heureusement, le clown gaffeur qu’il deviendra dans les prochaines séquelles.

Vu avec les yeux des spectateurs contemporains TARZAN ET SA COMPAGNE paraîtra sans doute vieillot et guère passionnant tant les standards du cinéma d’aventures ont évolués depuis les années ’30.

Cependant, pour peu que l’on retrouve son âme d’enfant et sa naïveté, le métrage reste un divertissement solide et appréciable doté d’une poignée de séquences spectaculaires encore effectives après tant d’années.

Sans hésitation, le meilleur volet de la saga.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2011