TARZAN ET LES SIRENES
Titre: Tarzan and the mermaids
Réalisateur: Robert Florey
Interprètes: Johnny Weissmuller

 

Brenda Joyce
George Zucco
Fernando Wagner
John Laurenz
Andrea Palma
Linda Christian
Année: 1948
Genre: Aventures / Tarzan
Pays: USA
Editeur  
Critique:

La saga TARZAN, entamée en 1932, touche ici à son terme, du moins en ce qui concerne la présence de Johnny Weissmuler dans le rôle titre. Réclamant davantage d’argent mais n’ayant plus le physique athlétique de ses jeunes années, le trop gourmand Weissmuler sera ensuite remplacé par Lex Barker, lequel incarna à cinq reprises le héros d’Edgar Rice Burrough.

Johnny Sheffield, pour sa part, déclare forfait (on le comprend vu la médiocrité du script !) et le brave Boy est donc absent du scénario : l’espiègle gamin, nous précisent les dialogues, est parti suivre sa scolarité en Angleterre. Un tour de passe-passe commode déjà utilisé quelques années plus tôt lorsque Maureen O’Sullivan avait laissé tomber le personnage de Jane avant son remplacement par Brenda Joyce. Cette dernière, fidèle au poste, incarne une nouvelle fois la compagne de l’Homme Singe, rôle qu’elle reprendra encore dans l’épisode suivant, TARZAN’s MAGIC FOUNTAIN, son dernier film, afin d’assurer la transition entre Weissmuler et Lex Barker.

L’intrigue de TARZAN ET LES SIRENES rassemble la plupart des clichés des onze précédentes aventures de l’Homme Singe, cette fois confronté au crapuleux Varga. Assoiffé de richesses, le sinistre personnage abuse de la crédulité des indigènes et assume l’identité du dieu Balu pour recevoir de magnifiques perles en guise de présent. Ensuite, le soi-disant dieu exige une épouse mais l’élue de son cœur, la belle Mara, préfère fuir à travers la jungle pour échapper à ce destin. Mara trouve, bien sûr, refuge chez Tarzan. Capturée par les serviteurs de la « divinité », la jeune fille peut compter sur le Seigneur de la Jungle pour la secourir. Tarzan part donc pour l’île d’Aquatania où le Grand Prêtre, Palanth, condamne Mara et son fiancé, Tiko, à mort. Heureusement, Tarzan, à son tour déguisé en Balu, parvient à les libérer. Mais Palanth et Varga n’ont pas dit leur dernier mot !

Agé de 44 ans, souffrant d’embonpoint et peu concerné par l’intrigue, Johnny Weissmuler parait bien fatigué, pour ne pas dire au bout du rouleau. Les interactions humoristiques de l’acteur avec le turbulent Boy ayant été évacué, le script semble vide et sans grand intérêt, laissant le seul chimpanzé Cheeta assurer quelques gags. Hélas, ceux-ci versent dans la banalité et peinent à arracher le moindre sourire au spectateur, d’autant que les ressorts comiques utilisés, inchangés depuis onze longs-métrages, semblent user jusque la corde.

Autre incongruité, la présence de John Laurenz, alias Benji, un séducteur chantant, accompagné de sa guitare, qui interprète pas moins de cinq morceaux aussi pénibles que datés. L’inclusion de ces intermèdes musicaux dans ce récit d’aventures reste un mystère et sans doute faut-il seulement y voir le souhait d’atteindre – péniblement – la durée réglementaire de 68 petites minutes. Car le Français Robert Florey, jadis auteur des très réussis MURDERS IN THE RUE MORGUE et LA BÊTE AUX CINQ DOIGTS, joue la montre afin de sauver les meubles…malheureusement sans jamais y parvenir. Certes sa mise en scène se montre élégante et bien ficelée mais le script routinier et la lassitude des interprètes anéantissent ses efforts méritoires. Dommage pour le cinéaste qui, décoré de la Légion d’Honneur en 1950, fut ensuite condamné à l’anonymat des séries télévisées jusque sa retraite au milieu des années ’60.

Seul George Zucco, éternel méchant de nombreuses productions fantastiques des années 30 et 40 (Dr RENAULT’s SECRET, LA MAISON DE FRANKENSTEIN, LE FANTOME DE LA MOMIE, RETURN OF THE APE MAN,.. .), tire son épingle du jeu et confère un certain intérêt à son personnage de Grand Prêtre maléfique pendant que Weissmuller et Joyce traversent le film sans guère s’y investir. De plus, Weissmuller recourt régulièrement à une doublure pour exécuter ses cascades, ce qui permit à la production une publicité douteuse affirmant qu’un des casse-cous s’était noyé durant un saut d’une grande hauteur. L’information, jamais vérifiée, pourrait en réalité être un complet mensonge.

La présence des Sirènes, annoncées par le titre, s’avère également une véritable arnaque puisqu’il s’agit simplement de belles nageuses indigènes vues comme des « sirènes » par l’imaginatif Benji. Le dieu vindicatif vénéré et craint par les natifs, pour sa part, se révèle un simple humain déguisé. Bref, l’élément fantastique escompté est absent de ce poussif long-métrage. Dommage !

Filmé en extérieurs à Mexico, TARZAN ET LES SIRENES traduit le complet essoufflement de la série qui doit se contenter d’un budget restreint et n’a plus rien à offrir excepté quelques traits d’humour et une ou deux scènes d’action, dont un combat entre Tarzan et une gigantesque pieuvre. D’un intérêt très limité, TARZAN ET LES SIRENES sera réservé aux seuls inconditionnels du Seigneur de la Jungle qui risquent toutefois d’être peinés par la médiocrité généralisé de ce sous-produit.

Un triste chant du cygne qu’il vaut donc mieux éviter.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012