TARZAN S'EVADE
Titre: Tarzan Escapes
Réalisateur: Richard Thorpe
(+ John Farrow, James C. McKay, George B. Seitz et William A. Wellman)
Interprètes: Johnny Weissmuller

 

Maureen O'Sullivan
John Buckler
Benita Hume
William Henry
Herbert Mundin
Darby Jones
Année: 1936
Genre: Aventures / Tarzan
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Ce troisième volet des aventures de Tarzan devait, à l’origine, s’intituler « The Capture of Tarzan » ou encore « Tarzan and the vampires » et comprenait des séquences jugées fort violentes par les spectateurs de l’époque. Le climax du métrage incluait, en particuliers, l’attaque de Tarzan et ses compagnons par d’énormes chauves-souris vampires.

Selon certaines sources (difficilement vérifiables à l’heure actuelle), une projection en avant première de ce « Capture of Tarzan » s’acheva par des protestations indignées des mères de famille américaines, le film ayant terrifié leurs petites têtes blondes trop impressionnables.

Que l’histoire soit vraie ou pas, « Capture of Tarzan » fut en tout cas considéré trop brutal par les producteurs qui insistèrent pour que James McKay tourne de nouvelles scènes afin de remplacer les passages incriminés. Ayant refusé, McKay est licencié et remplacé par John Farrow (futur metteur en scène du western HONDO avec John Wayne), lequel tomba d’ailleurs amoureux de Maureen O’Sullivan sur le tournage avant de l’épouser. George B. Seitz et William A. Wellman participèrent, eux aussi, à la réalisation de ce qui devint, au final, TARZAN S’EVADE, officiellement signé du seul Richard Thorpe.

L’intrigue concerne Rita et Eric Parker, les cousins de Jane, qui débarquent en Afrique pour lui demander de rentrer en Grande Bretagne afin de récupérer un important héritage. Rita et Eric rencontrent également un nommé Jiggs Rawlins et un chasseur, le capitaine Fry, lequel souhaite capturer Tarzan et l’exhiber comme un phénomène de foire. Peu après, les indigènes refusent de s’enfoncer plus profondément dans la jungle par crainte de la magie noire et l’expédition est attaquée par les féroces Gabonis. Tarzan intervient et sauve la mise aux Hommes Blancs…mais Fry, par traitrise, crée une querelle entre Tarzan et sa compagne et tente de prendre au piège le roi de la jungle…

Reprenant des séquences puisées dans les deux précédents volets pour étoffer le métrage, TARZAN S’EVADE reste, malheureusement, bien faible et languissant. Les scènes spectaculaires ayant bâti la réputation de la saga s’effacent, remplacées par de pesantes saynètes voyant le couple composé de Tarzan et Jane batifoler chastement. L’influence écrasante de la censure oblige d’ailleurs Maureen O’Sullivan à remiser au placard son petit bikini pour lui substituer une peu sexy robe courte.

La re-création du confort moderne américain en pleine jungle peut toutefois amuser, la cabane dans les arbres disposant à présent d’un four rustique et d’eau courante. Un couple aimant, un animal domestique (Cheetah remplace le brave toutou gardant la propriété), il ne manque à cette famille modèle qu’un enfant mais pour cela il faudra attendre l’épisode suivant, judicieusement nommé TARZAN TROUVE UN FILS puisque la censure n’aurait pas admis la possibilité de relations sexuelles dans ce couple non marié.

Difficile de déterminer si les cinéastes se veulent sérieux ou égratignent gentiment les clichés du bonheur domestique mais ces séquences restent suffisamment cocasses pour divertir. Dommage que TARZAN S’EVADE manque autant de nerf, les différentes réécritures et remontages ayant abouti, hélas, à un métrage peu palpitant dans lequel les morceaux de bravoure sont rares.

Amputé de son climax mythique comprenant d’agressives chauves-souris géantes venues attaquer Tarzan et ses amis, le film se termine sans panache et de manière précipitée, rendant l’ensemble globalement décevant. De plus, des situations déjà vues dans TARZAN L’HOMME SINGE et TARZAN ET SA COMPAGNE sont rejouées avec d’infimes variations, accentuant l’impression de bâclage que donnent encore les stock-shots des deux précédents volets réutilisés sans finesse.

L’inclusion d’un humour plus franc s’avère toutefois une innovation bienvenue vu la naïveté du scénario mais signe également la fin de la période « adulte » et « sombre » du personnage principal, bientôt condamné aux pitreries pas toujours du meilleur goût.

Reste un racisme bon enfant forcément réjouissant au second degré, à la manière de cet explorateur s’exclamant « Il s’en est fallut de peu, on a failli perdre les bagages » après que plusieurs porteurs aient mortellement chutés dans un ravin. Au niveau de l’humour involontaire, les dialogues poétiques de Jane valent eux-aussi leur pesant de cacahouètes comme en témoigne un vibrant « Tarzan me fait vivre comme la pluie à la fin de l’été et comme le vent dans les arbres ». Des passages ringards mais divertissants.

Dans l’ensemble, TARZAN S’EVADE manque de souffle pour convaincre et demeure un des volets les plus faibles de la saga. De rares bons moments ne peuvent compenser la sensation générale de précipitation et les trop nombreuses faiblesses d’un script mal bricolé. A réserver aux seuls inconditionnels nostalgiques.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011