LE TRIOMPHE DE TARZAN
Titre: Tarzan triumphs!
Réalisateur: Wilhelm Thiele
Interprètes: Johnny Weissmuller

 

Johnny Sheffield
Frances Gifford
Stanley Ridges
Sig Ruman
Philip Van Zandt
Rex Williams
Année: 1943
Genre: Aventures / Tarzan / Guerre
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Quoique mineur d’un point de vue cinématographique, LE TRIOMPHE DE TARZAN reste historiquement important et marque plusieurs changements dans cette interminable saga. En dépit du succès de la série (qui vient d’atteindre son sixième épisode avec TARZAN A NEW YORK), Maureen O’Sullivan s’est, en effet, lassée du rôle de Jane et l’actrice décline la proposition d’un nouvel épisode.

De plus, TARZAN passe de la MGM à la plus modeste RKO Radio Picture, ce qui entraîne une diminution des budgets. Le nouveau producteur, Sol Lesser, oriente définitivement la saga vers la série B et plonge Tarzan au cœur de la Seconde Guerre Mondiale. Heureusement, Johnny Weissmuller rempile dans le rôle titre (qu’il incarna douze fois au total) et Johnny Sheffield, alors âgé d’une dizaine d’années, joue toujours Boy, un personnage qui le suivra jusque sa majorité. Ensuite, devenu trop grand pour le pagne du Garçon de la Jungle, Sheffield eut droit à sa propre série, BOMBA THE JUNGLE BOY, pour douze longs-métrages tournés entre 1948 et 1955.

Comme souvent LE TRIOMPHE DE TARZAN débute au cœur de la jungle paradisiaque, là où vivent Tarzan et Boy. Jane, de son côté, est partie retrouver ses parents en Angleterre, déchirée par la Seconde Guerre Mondiale. Malheureusement la tranquillité de la jungle est brisée par l’arrivée d’une bande de Nazis cherchant des matières premières nécessaires à l’effort de guerre. Tarzan sauve un opérateur allemand, Schmidt, qu’il recueille dans sa cabane, ignorant sa véritable identité, le Nazi se prétendant aviateur anglais.

Pendant ce temps, le reste de la bande germanique déferle sur la paisible cité de Palandria et réduit en esclavage l’ensemble de la population, à l’exception de la petite-fille du chef, la belle Zandra. La demoiselle parvient à s’enfuir et tente de persuader Tarzan de l’aider à chasser les Nazis. Hélas, l’Homme Singe refuse de s’impliquer et ni les mots doux ni les petits plats succulents (« look good…mmmm…taste good ») ne parviennent à le convaincre. Mais les Allemands finissent par débarquer dans le petit paradis préservé de notre héros et capturent Boy. S’en est trop ! « Maintenant Tarzan faire guerre ! » déclare l’Homme Singe qui se lance dans une opération commando à rendre jaloux Rambo et John Matrix réunis.

Vieillot mais plaisant, LE TRIOMPHE DE TARZAN reste un bel exemple de cinéma propagandiste comme il y en eu beaucoup durant la Seconde Guerre Mondiale. Tous les héros populaires du cinéma, de la littérature ou de la bande dessinée se lancèrent, en effet, dans la mêlée en affrontant les Nazis, ennemis implacables ayant remplacés les grands méchants folkloriques qu’ils combattaient habituellement. En dépit de sa profonde bêtise et d’un complet travestissement de l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs, LE TRIOMPHE DE TARZAN fut donc un grand succès. Johnny Weissmuler et Johnny Sheffield reprennent leur rôle sans beaucoup de variations : Tarzan a toujours peu de ressemblance avec l’individu cultivé imaginé par son créateur littéraire, s’exprimant par monosyllabes et demandant à Boy de lui faire la lecture.

Déjà pas franchement futé dans ses précédentes aventures, l’Homme Singe parait encore plus stupide dans ce TRIOMPHE DE TARZAN qui le présente comme un grand naïf bêta dévorant les plats préparés par la belle princesse de la jungle avec un air satisfait. Sheffield, lui, joue toujours un Boy espiègle, facétieux et courageux, finalement associé avec la jeune femme pour convaincre Tarzan de combattre les Nazis.

Vu l’absence de Maureen O’Sullivan et, par conséquent, du personnage de Jane, l’indispensable touche féminine se voit assurée par Frances Gifford. Cette dernière passe l’essentiel du métrage à se comporter comme une parfaite femme au foyer, roucoulant sur l’épaule d’un Tarzan décidément trop bête pour profiter de l’aubaine.

Enfin, n’oublions pas Cheetah, le brave chimpanzé, qui gagne ses galons de star par une suite de pitreries affligeantes qui, on l’imagine, devaient amuser les gamins de l’époque. Ne pas rater le moment anthologique où le singe communique avec le quartier général des Nazis à Berlin, lesquels prennent les ricanements hystériques de l’animal pour la voix du Führer et lancent un vigoureux « Heil Hitler ». Nul doute qu’un tel gag aurait ravi Philippe Clair, immortel auteur du célèbre LE FURHER EN FOLIE.

Au point de vue du scénario, LE TRIOMPHE DE TARZAN reprend les éléments maintenant familiers ayant assuré le succès des productions MGM : cité perdue, potion « magique », indigènes réduits en esclavage et affreux méchants venus saccager la jungle et troubler la tranquillité de Tarzan, cet « isolationniste » heureux, bon sauvage abrutis dont le bonheur simple s’oppose au rythme trépidant de la civilisation.

La recette, réchauffée, souffre, en outre, d’un vrai manque de moyens, la RKO n’ayant pas, loin de là, les fonds de la MGM. Le cinéaste Wilheim Thiele (qui a lui-même quitté l’Europe au milieu des années ’30 pour échapper au nazisme) transforme toutefois l’intrigue en une parabole politique même si celle-ci se révèle d’une grande lourdeur. Nous assistons donc à la prise de conscience de Tarzan, confronté à l’invasion d’un « pays » voisin dont les habitants sont soumis à la dictature. Fier de son isolationnisme (il s’en vante même auprès d’un Allemand lui expliquant la signification du terme !), le Seigneur de la Jungle déclare que la situation ne le concerne pas. Pourtant il devra se résoudre à entrer en guerre lorsqu’il comprendra que les Nazis ne s’en tiendront pas là et finiront, tôt ou tard, par lui chercher querelle sur son territoire.

Le plutôt pacifique Tarzan devient alors une vrai bête féroce : il poignarde un Nazi, en pend un autre, en jette un vers la mort et même Boy se voit autoriser à tuer un ennemi d’un jet de couteau sous le regard approbateur de son « papa ». Tarzan finit par poursuivre le chef nazi au cœur de la jungle pour le précipiter dans un piège en compagnie d’un lion, une situation semblable (quoique édulcorée) à celle du roman « Tarzan l’indomptable » même si celui-ci se déroulait durant la Première Guerre Mondiale. Qu’importe, les méchants doivent périr et, comme le déclare l’Homme Singe, « Nazi hyena now dead ! ».

En dépit (ou peut-être à cause) de son côté simpliste et manichéen, associé à une rage propagandiste surprenante, LE TRIOMPHE DE TARZAN demeure un sympathique long-métrage, à regarder avec nostalgie et une bonne dose de second degré. Il est même possible d’y prendre davantage de plaisir qu’aux précédents épisodes, trop familiaux et gentillets pour rendre justice à la création nettement plus sauvage de Burroughs.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011