TENDRE ET PERVERSE EMANUELLE
Titre: Des frissons sur la peau
Réalisateur: Jésus Franco
Interprètes: Norma Kastel

 

Jack Taylor
Lina Romay
Alice Arno
Pierre Taylou
Monique Van Linden
Alberto Dalbés
Année: 1973
Genre: Erotique / Giallo / Thriller
Pays: France
Editeur  
Critique:

Sous ce titre qui sent bon le retitrage opportuniste pour profiter, bien sûr, du succès du film de Just Jaeckins sorti quelques mois plus tôt, se cache un petit thriller érotique sans grande originalité mais relativement plaisant et efficace, loin des bâclages souvent proposés par Jésus Franco. Le scénario, bien construit et cohérent en dépit de ses nombreux emprunts et influences, multiplie les rebondissements avec bonheur et se suit sans ennui malgré un rythme général assoupi.

Proche du giallo de machination (le fanzine Monster Bis le qualifie, avec sévérité de « pseudo giallo érotique »), TENDRE ET PERVERSE EMANUELLE est également connu sous le titre, plus honnête et évocateur de « Des Frissons sur la peau ». Quoiqu’il en soit, l’intrigue n’est pas très originale mais permet cependant de passer un (relatif) bon moment.

Le corps de la belle pianiste Emanuelle (ou Barbara selon les versions) est découvert, complètement défiguré, sur une plage. Rapidement, la thèse du suicide se voit écartée et le psychiatre Michel Dreville, un de ses amants, est soupçonné par la police. Afin de prouver son innocence, Michel, aidé d’une ancienne maitresse de la défunte, Greta (Lina Romay), mène l’enquête et met à jour une incroyable vérité.

Ce sympathique « murder mystery » constitue une intéressante alternative aux Women In Prison et aux comédies sexy, tournés à la chaîne par Jésus Franco et met ainsi en évidence une autre facette du cinéaste. L’enquête policière, en effet, lui permet de lier, avec une relative efficacité et sans trop de gratuité, les nombreux intermèdes érotiques qui émaillent le métrage à intervalles réguliers.

Bâti à la manière d’un puzzle, TENDRE ET PERVERSE EMANUELLE tente de lever le voile sur les derniers jours de sa principale protagoniste, mystérieusement assassinée. Les passages « chauds » (dont l’inévitable scène saphique entre Alice Arno et Lina Romay) se succèdent donc avec entrain jusqu’au final doté d’un twist pas très crédible mais plaisant et bien amené, dans l’esprit des « thrillers de machination » du début des seventies.

Si Jésus Franco flirte beaucoup avec le giallo (tout comme pour UN SILENCIO DE TUMBA, NIGHT OF THE SKULLS et THE BLOODY MOON), son intérêt premier reste, toutefois, l’érotisme, variablement présent selon les versions. D’une durée allant de 65 à 80 minutes, certaines comprennent même de brefs et inutiles passages hardcore.

Alors âgée de vingt ans, Lina Romay, muse et compagne du cinéaste, donne de sa personne (dans tous les sens du terme !) aux côtés de la petite troupe habituelle de Franco, composée de Jack Taylor et Alice Arno. La débutante Norma Kastel incarne, pour sa part, la coquine Emanuelle. En dépit d’une prestation honnête, elle disparut ensuite de la circulation, n’apparaissant que dans des rôles très secondaires et dans des films oubliés (excepté le très réussi LA CHASSE SANGLANTE dans lequel elle fait une courte apparition). Ces interprètes raisonnablement convaincants aident à digérer quelques situations fort peu crédibles, pour ne pas dire invraisemblables. Mais n’est-ce pas une caractéristique de ces « giallo de machination » ?

Sous l’influence de films comme LES DIABOLIQUES ou SUEURS FROIDES (décidément la descendance cinématographique bâtarde engendrée par tandem Boileau et Narcejac est innombrable !), TENDRE ET PERVERSE EMANUELLE se laisse gentiment regarder pour les amateurs de thriller, de giallo ou d’érotisme. Loin d’une grande réussite, le produit reste cependant suffisamment soigné pour se suivre jusqu’au bout avec un minimum d’intérêt.

En résumé, une oeuvrette estimable et honnête, qui ne se fiche pas du spectateur, et une petite surprise dans une filmographie qui, n’en déplaise aux inconditionnels du cinéaste, brille davantage par sa quantité que par ses qualités.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012