SHERLOCK HOLMES ET LE TRAIN DE LA MORT
Titre: Terror by night
Réalisateur: Roy William Neill
Interprètes: Basil Rathbone

 

Nigel Bruce
Alan Mowbray
Dennis Hoey
Renee Godfrey
Frederick Worlock
Mary Forbes
Année: 1946
Genre: Policier / Sherlock Holmes
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Basil Rathbone et Nigel Bruce reprennent une nouvelle fois les rôles de Sherlock Holmes et du Dr Watson dans leur treizième (et avant-dernière) aventure, toujours réalisée par Roy William Nell pour le compte de la Universal. L’intrigue de ce TRAIN DE LA MORT se déroule entièrement dans un… (surprise !) train.

Roland Carstairs engage le célèbre détective Sherlock Holmes pour veiller à la sécurité d’un joyau valant une fortune, le Star of Rhodesia, propriété depuis un quart de siècle de sa mère, Lady Margaret. Sur le quai de la gare, Holmes rencontre l’inspecteur Lestrade, lequel affirme qu’il prend ses vacances afin de s’adonner à la pêche. De son côté, le docteur Watson accompagne son vieil ami, le major Duncan Bleek, et rejoint Holmes dans le train à destination d’Edimbourg.

A l’heure du diner, Roland meurt dans sa cabine, apparemment empoisonnée et Holmes constate le vol du précieux bijou. Les passagers apparaissent rapidement comme étant tous des coupables potentiels: le professeur William Killbane, les époux Shallcross, la jeune Vivian Vedder, rapatriant en Ecosse le corps de sa défunte mère…Holmes soupçonne que l’un d’eux dissimule en réalité le redoutable Colonel Moran, disciple du machiavélique Moriarty et ennemi juré du prince des détectives.

LE TRAIN DE LA MORT reprend la classique recette du meurtre en huis-clos, le fin limier ayant quelques heures devant lui pour départager les suspects et découvrir le coupable avant que le train n’atteigne la prochaine gare. Une trame traditionnelle souvent utilisée dans le cadre de romans policiers, en particuliers par Agatha Christie qui livra plusieurs variations sur ce thème (« le train bleu », « le crime de l’Orient express ») sans oublier des dérivés aériens (« la mort dans les nuages ») ou maritimes.

Comme dans la plupart des adaptations des œuvres de Conan Doyle par la Universal, l’enquête avance rapidement mais le scénario ne semble pas toujours très crédible ni cohérent, sacrifiant le raisonnement au profit de rebondissements successifs plus ou moins bien amenés. La révélation du coupable, lors des dernières minutes, s’avère heureusement surprenante et offre un joli petit twist même si elle repose davantage sur la chance que sur de solides déductions, un comble pour Holmes.

Watson, pour sa part, apporte l’indispensable élément comique par son comportement bouffon et débonnaire, un contrepoids intéressant à la froide logique de Holmes. Malheureusement, cet aspect humoristique semble parfois excessif, LE TRAIN DE LA MORT insistant lourdement sur les démêlées de Watson et Lestrade pour conférer à l’enquête un ton comique pas toujours à propos. Holmes, pour sa part, se montre proche de son inspiration romanesque et n’hésite pas, par exemple, à mettre plusieurs vies en danger pour coincer un criminel. La logique avant tout et la fin justifie les moyens ! Bien sûr, Holmes, pensé comme un justicier inflexible, se montre ici plus héroïque que dans les œuvres de Conan Doyle et ne s’adonne pas à la drogue pour tromper son ennui entre deux affaires criminelles. Néanmoins, on retrouve bien les traits les plus marquants du personnage et c’est là l’essentiel.

Rodés par leurs nombreuses collaborations, Basil Rathbone et Nigel Bruce sont évidemment excellents. Le premier livre une performance parfaite et s’impose comme le Holmes définitif tandis que Bruce, pour sa part, compose un Watson bon vivant et boute-en-train, amusant la galerie par ses réflexions incongrues. Si on peut regretter ce traitement caricatural du personnage, réduit à un simple faire-valoir, nul ne songerait à blâmer l’acteur, lequel semble en tout cas s’amuser des pitreries et bévues de Watson.

Même si le générique prétend le contraire, LE TRAIN DE LA MORT ne s’inspire toutefois pas d’une nouvelle particulière de Conan Doyle et, comme tous les métrages consacrés au détective produit par la Universal, se situe dans un environnement (à l’époque) contemporain. Cependant le principe du huis clos rend moins problématique cette transposition du personnage au milieu des années ’40. Confinée dans un décor unique, probablement pour des raisons budgétaires, l’intrigue joue la carte du suspense et délaisse l’action au profit d’une enquête traditionnelle, avec sa demi-douzaine de coupables potentiels. Nous sommes donc plus proches du « whodunit » à l’ancienne que des récits d’espionnages situés durant la Seconde Guerre Mondiale de certains épisodes antérieurs. Une option qui plaira certainement davantage aux amateurs des ingénieuses nouvelles de Conan Doyle.

Plutôt que de trainer l’intrigue en longueur, Roy William Neil choisit adroitement de ramasser son métrage au maximum afin de lui conférer un rythme soutenu. Avec une durée réduite à 58 minutes, LE TRAIN DE LA MORT avance rapidement et ne traine guère en route, proposant de nombreuses péripéties et orientant les soupçons des spectateurs alternativement sur chacun des protagonistes. Du pur divertissement ne s’autorisant aucun développement superflu mais doit on s’en plaindre puisque le métrage fonctionne agréablement dans les limites de ses ambitions ?

Au final, LE TRAIN DE LA MORT ne peut prétendre au statut de classique mais reste un plaisir sympathique en dépit d’un manque évident de budget et d’un scénario somme toute banal. L’ensemble s’avère toutefois distrayant pour les amateurs de policier traditionnels et saura satisfaire les inconditionnels du plus célèbre détective de tous les temps. Vu la durée restreinte de l’œuvre il existe de pire manière de tuer une heure de son temps…Recommandable.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011