TERREUR EXPRESS
Titre: La ragazza del vagone letto
Réalisateur: Ferdinando Baldi
Interprètes: Silvia Dionisio

 

Werner Pochath
Zora Kerova
Gianluigi Chirizzi
Carlo De Mejo
Giancarlo Maestri
Fausto Lombardi
Année: 1979
Genre: Thriller / Rape and revenge
Pays: ITalie
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1979, TERREUR EXPRESS succède à plusieurs décalques italiens plus ou moins convaincants (et plus ou moins originaux) de DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE, parmi lesquels on retiendra surtout LA BÊTE TUE DE SANG FROID et LA PROIE DE L’AUTO STOP, voire, avec un peu d’indulgence, LAST HOUSE ON THE BEACH.

Réalisé par le vétéran du western Fernando Baldi et scénarisé par le grand spécialiste de l’exploitation George Eastman, TERREUR EXPRESS mélange, de manière efficace, suspense, violence, drame et érotisme, le tout saupoudré d’une pincée de critique sociale.

Tout commence dans une gare, avant l’embarquement d’une poignée de passagers à bord d’un train de nuit à destination de l’Allemagne. David, Ernie et Phil, trois jeunes loubards, qui se définissent eux-mêmes comme des « poètes », importunent les autres voyageurs et jouent quelques tours pendables au contrôleur. Très vite, toutefois, la situation s’envenime à bord du wagon et les trois voyous menacent les passagers, notamment à l’aide d’un couteau à cran d’arrêt.

Ce petit microcosme ferroviaire comprend Juliet, une prostituée de luxe, Jeff, un pervers qui fantasme sur Evelyn, sa propre fille adolescente, et Mike qui tente de remettre à flot son mariage avec l’infidèle Anna. Ensuite, on note encore un riche homme d’affaires, adepte des magazines pornos, qui compte profiter de la nuit pour passer du bon temps avec Juliet, un couple de personnes âgées dont la femme est atteinte d’une maladie incurable et, enfin, un policier. Ce-dernier escorte Peter, un prisonnier peut-être innocent des crimes dont il est accusé et qui, selon ses dires, pourrait facilement s’enfuir.

Après qu’ils aient violé Anna, deux des crapules s’emparent d’une arme et instaurent leur règne de terreur dans le train de nuit. David, le chef de la bande, souhaite pour sa part coucher avec Juliet et, devant son refus, s’en prend à Evelyn. Peter tente de s’interposer…

Bien qu’il s’inscrive dans la lignée des « rape and revenge », TERREUR EXPRESS n’est pas aussi brutal que le DERNIERE MAISONS SUR LA GAUCHE initial de Wes Craven ou ses imitations italiennes ultérieures. Ferdinando Baldi semble, en effet, plus intéressé par son petit monde clos que par la violence pure. Il examine ainsi chacun des protagonistes à la loupe, sans grande sympathie pour la plupart d’entre eux, excepté pour son prisonnier enchainé et sa prostituée trop fière.

On reconnaît là une tendance volontiers anarchisante et anti-bourgeoise du cinéma bis italien qui prend souvent faits et cause pour les exclus et les marginaux au détriment des représentants de l’autorité ou du capitalisme. Le cinéaste garde cependant une attitude ambiguë à l’égard de ses personnages, qu’il se refuse à juger de manière trop catégorique, en particulier la fière mais vénale prostituée incarnée par Silvia Dionisio, précédemment vue dans le giallo sexy WAVES OF LUST.

Si la violence est ramassée sur les dernières minutes, l’aspect sexuel et érotique est, lui, fort développé. Fernando Baldi ne lésine pas sur les scènes chaudes, toujours empruntes d’une certaine cruauté ou d’un côté pervers prononcé et toutes les actrices se retrouvent nues au cours du métrage, contraintes à des actes plus ou moins consentis. Le cinéaste provoque ainsi un certain malaise, notamment lorsqu’il filme ce père de famille d’apparence respectable se rendre chez la prostituée pour l’affubler de la nuisette et du prénom de sa propre fille.

Un peu plus tard, les voyous organisent un jeu de dés dont le vainqueur aura la chance de déflorer une adolescente sans que cela ne pose beaucoup de problèmes de conscience aux participants, certes contraints mais également enthousiastes.

De par son approche réflexive et sa manière de présenter la situation avant d’augmenter graduellement la tension, TERREUR EXPRESS se rapproche d’ailleurs du classique LES CHIENS DE PAILLE de Sam Peckinpah : de vexations en humiliations, en passant par des remarques en apparence innocente mais lourdes de sous-entendus, les trois loubards deviennent peu à peu incontrôlables.

Au final, le fragile vernis de civilisation éclate et les passages ne peuvent répondre à l’agression que par la violence. Petite réussite du thriller, TERREUR EXPRESS emprunte au « rape and revenge » et au « vigilante » pour proposer un spectacle intéressant et rondement mené, bien aidé par une durée adéquate (à peine une heure et vingt minutes) et un rythme prenant.

Une découverte plaisante pour les amateurs de cinéma d’exploitation.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012