L'AUBERGE DE LA TERREUR
Titre: Terror House / Terror at the Red Wolf Inn
Réalisateur: Bud Townsend
Interprètes: Linda Gillen

 

John Neilson
Mary Jackson
Arthur Space
Janet Wood
Margaret Avery
Michael Macready
Année: 1972
Genre: Comédie horrifique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

La comédie horrifique constitue un sous-genre délicat demandant, pour fonctionner adéquatement, un équilibre parfait entre le rire et le frisson. Peu de films sont parvenus à jouer efficacement sur les deux tableaux et à offrir un mélange convaincant de terreur et d’éclat de rire. Tourné la même année que le similaire CANNIBAL GIRLS de Ivan Reitman, L’AUBERGE DE LA TERREUR, malheureusement, n’appartient pas à ces rares réussites et se contente d’exploiter de manière routinière un scénario linéaire, loin des futures réussites que seront, dans le même style, NUIT DE CAUCHEMAR ou MASSACRE A LA TRONCONNEUSE 2.

La jeune et naïve étudiante Régina (Linda Gillen) gagne un séjour de vacances tous frais payés à l’Auberge du Loup Rouge. Très enthousiaste, la demoiselle est accueillie par les propriétaires des lieux, Henry et Evelyn Smith, lesquels vivent en compagnie de leur petit fils, surnommé Bébé John. Deux autres filles sont également présentes et les premières journées se passent agréablement à flâner et prendre le soleil sur la plage toute proche. Régina tombe même amoureuse de Bébé John mais, peu à peu, l’étudiante constate qu’il se passe quelque chose d’étrange à l’Auberge du Loup Rouge. Que servent exactement les Smith pour le repas et pourquoi insistent-ils tellement pour que Régina mange et prenne du poids ?

Confectionné de manière amateur, comme en témoigne par exemple un micro visible dans le champ, L’AUBERGE DE LA TERREUR déroule une intrigue prévisible ou les surprises sont rares. Même la fin ouverte, voulue ironique, se devine aisément et s’inscrit dans une logique typique des années 70, promettant une relève au couple d’anthropophages.

Heureusement, le métrage peut compter sur des performances de qualité qui le sauve de la médiocrité. Mary Jackson (la religieuse de AIRPORT), dans le rôle de l’onctueuse grand-mère cannibale, se montre inspirée et Linda Gillen s’avère, elle aussi, très convaincante en dépit d’un personnage stupide. Sa réaction exagérée et peu crédible à l’annonce de son gain inattendu, ainsi que ses actes irréfléchis ou insouciants (elle s’étonne à peine d’un téléphone toujours en dérangement l’empêchant de prévenir ses parents) tempèrent largement la justesse de son interprétation. John Neilson, incarnant Baby John, alterne, pour sa part, des moments intéressants avec des scènes forcées (le diner final) complètement ratées. Un des passages les plus outranciers de L’AUBERGE DE LA TERREUR se situe d’ailleurs à mi film, alors que Baby John, sur la plage, tente timidement de déclarer son amour à l’héroïne. En pleine tentative d’approche, le jeune homme s’interrompt pour pêcher un petit requin qu’il tire hors de l’eau et frappe de toutes ses forces. Après la mort du squale, Baby John affirme à Régina qu’il l’aime et cette dernière, peu effrayé par cet inquiétant « pétage de plomb », se contente d’enterrer le requin sous le sable. Une scène gratuite et absurde mais paradoxalement mémorable égayant un film sinon terne et sans beaucoup d’intérêt.

Au niveau de l’horreur, L’AUBERGE DE LA TERREUR s’avère, hélas, timoré et aucun meurtre n’est détaillé par le cinéaste qui se contente d’en montrer le résultat, à savoir des têtes coupées dans un réfrigérateur. En dépit du sujet, le gore reste absent et l’atmosphère macabre peu entretenue par Bud Townsend, lequel avait précédemment signé le peu réputé NIGHTMARE IN WAX avant de livrer, en 1975, une délirante adaptation porno musicale d’ALICE IN WONDERLAND.

Les scènes humoristiques, de leur côté, se limitent souvent à la vision, supposée drôle, de convives s’empiffrant goulument de mets délicats en ignorant qu’ils ingèrent de la chair humaine. Le premier repas dure ainsi une dizaine de minutes et repose sur l’unique postulat que les spectateurs ont compris la nature des plats proposés dans l’auberge, contrairement aux trois filles se gavant avec délectation des cadavres de leurs prédécesseurs. Le meilleur gag reste cependant le générique final, lequel se présente sous la forme d’un menu de restaurant détaillant les hors d’œuvres, les entrées et les plats, correspondant aux différentes victimes.

Dénué de véritables éléments gore, L’AUBERGE DE LA TERREUR bénéficie grandement d’une durée très réduite (à peine 78 minutes) mais échoue à gagner ses galons d’œuvre culte et de mauvais. Avec de telles prémices un cinéaste comme Hershell Gordon Lewis, par exemple, aurait pu accoucher d’un classique de l’exploitation mais, en l’état, L’AUBERGE DE LA TERREUR constitue, au mieux, une plaisante curiosité réservée aux inconditionnels de l’horreur comique.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013