LA TERREUR DES MORTS VIVANTS
Titre: Terror
Réalisateur: Norman J. Warren
Interprètes: John Nolan

 

Carolyn Courage
James Aubrey
Sarah Keller
Tricia Walsh
Glynis Barber
Michael Craze
Année: 1978
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur Neo Publishing
Critique:

Réalisateur londonien plein de bonne volonté mais handicapé par des budgets miséreux et un amateurisme rédhibitoire, Norman J. Warren (né en 1942) a acquis, par sa persévérance, une petite réputation « culte » grâce à des long-métrages comme INSEMINOID, REVEILLON SANGLANT ou encore L’ESCLAVE DE SATAN.

Ces séries B, guère mémorables mais généreuses, décalquent souvent, en moins bien évidemment, les succès du moment mais une ou deux scènes étonnantes leur assurent, toutefois, un minimum de popularité auprès des inconditionnels du cinéma bis.

Sorti en 1978, LA TERREUR DES MORTS VIVANTS (un titre français mensonger puisqu’on n’y trouve nul trace de ces créatures), constitue un « bon » exemple du style de Norman J. Warren, volontiers foutraque et bricolé mais en partie sauvé, du moins pour les plus indulgents, par quelques idées tordues et divertissantes.

Dans l’Angleterre du XVIIIème siècle, une sorcière, Mad Dolly, blessée par un piège à loup, est capturée et menée au bûcher. Avant de périr carbonisée, la magicienne en appelle à son maître, Satan, et lance une terrible malédiction à l’encontre de ses accusateurs, représentés par la famille Garrick. Un peu plus tard, madame Garrick découvre son mari assassiné par le spectre vengeur de la sorcière, laquelle la décapite d’un coup d’épée.

Ce prologue, traditionnel mais prometteur, annonce un classique récit d’épouvante gothique mais LA TERREUR DES MORTS VIVANTS ne répond pas, ensuite, totalement aux attentes. En effet, cette première séquence illustre en réalité une séance de cinéma privée organisée par James Garrick, un metteur en scène ravi de proposer à ses amis une projection en avant première de son futur « chef d’œuvre », basé sur l’histoire, supposée authentique, de sa famille. Motivé par cette soirée placée sous le signe du surnaturel, un des invités, Gary, décide d’hypnotiser l’épouse de James, Ann. Hélas, les choses tournent mal et, au cours de la séance, Ann, dans un état second, s’empare de la fameuse épée séculaire qui servit jadis d’arme à la sorcière et blesse son mari. Les jours suivants, les meurtres se succèdent dans l’entourage des Garrick…La malédiction, proférée des siècles plus tôt, parait dès lors effective.

Bordélique, LA TERREUR DES MORTS VIVANTS semble incapable de se focaliser sur un genre précis et passe de l’épouvante gothique à un simili giallo sans grande cohésion. Avec peu de talent mais une certaine bonne volonté, Norman J. Warren rend hommage à ses inspirateurs manifestes, à savoir Mario Bava et Dario Argento.

Les moments les plus convaincants sont par conséquent les courses poursuites entre le mystérieux assassin et ses victimes, filmées dans la tradition du thriller italien sans lésiner sur les éclairages référentiels, l’obscurité épaisse (parfois trop pour la bonne compréhension des événements) et les fausses peurs plus ou moins réussies. La meilleure scène décrit ainsi la fuite d’une jeune femme poursuivie, durant une sombre nuit, par un inconnu…lequel se révèle, en fait, être un innocent dépanneur appelé quelques minutes auparavant.

Si l’intrigue, lâche et peu passionnante, se déroule sur un rythme languissant, les crimes successifs et une durée restreinte (à peine 80 minutes) permettent toutefois de ne pas trop s’ennuyer. Le scénario, signé David McGillivray, déjà responsable pour Norman J. Warren de son précédent L’ESCLAVE DE SATAN et surtout connu pour sa collaboration avec le trublion Pete Walker sur des titres comme SCHIZO ou FLAGELLATIONS, s’inspire librement de LE MASQUE DU DEMON sans négliger quelques emprunts plus « modernes ». De nombreuses séquences, à commencer par le climax saturé d’éclairages contrastés où dominent le vert et l’écarlate, rendent, pour leur part, un hommage appuyé à SUSPIRIA mais, hélas, s’en jamais s’élever au-dessus du pompage peu inspiré.

La fin de LA TERREUR DES MORTS VIVANTS, abrupte et même absurde, se veut, elle, surprenante mais s’avère surtout frustrante et laisse sans réponse la majorité des questions posées au fil de la projection.

Au niveau des idées saugrenues, notons surtout l’attaque d’un des personnages principaux par de la pellicule cinématographique animée de mauvaises intentions. Un beau moment de délire horrifique imaginatif et délirant. Dommage que l’interprétation, globalement catastrophique, ruine de telles trouvailles qui, avec davantage de maîtrise et de conviction, auraient transformé ce laborieux long-métrage en une plaisante curiosité.

L’enchainement des différentes scènes parait, en outre, effectué au petit bonheur la chance, sans soucis de cohérence ou d’une quelconque progression dramatique. Malheureusement, ce qui marche chez certains (comme les maitres italiens précités) ne fonctionne pas ici et la personnalité de Norman J. Warren n’est pas suffisamment marquée pour conférer un véritable style à cet ensemble disparate et condus. De plus, le long métrage comporte des scènes complètement grotesques qui le tirent vers le nanar outrancier et plus ou moins assumé.

Le tournage d’un porno (« Un bain avec Brenda ») donne, par exemple, lieu à des passages d’un ridicule achevé, la séquence étant ruinée par l’interprétation calamiteuse des acteurs, le manque complet d’érotisme et l’absurdité des dialogues (« pardon vous n’avez pas vu ma culotte ?» demande ingénument l’apprentie hardeuse). En artisan consciencieux du cinéma d’exploitation, Norman J. Warren imagine d’autres passages voulus « sexy » qui sombrent, pour la plupart, dans la vulgarité complaisante. A ce niveau, un numéro de strip-tease (intégral), assorti de dialogues salaces du pire effet, s’avère carrément honteux de médiocrité.

Si les aspects « hot » de LA TERREUR DES MORTS VIVANTS se révèlent ratés et risibles, les meurtres possèdent, eux, davantage de punch. Les mises à mort, raisonnablement gore pour l’époque, sont en effet suffisamment inventives et nombreuses pour maintenir l’attention du spectateur.

En dépit d’une réalisation plutôt plate et dénué de punch, ce démarquage pataud de SUSPIRIA et des grands classiques du gothique italien reste donc plaisant à condition de revoir ses attentes à la baisse. Moins mauvais que beaucoup l’ont prétendu, le film de Norman J. Warren se laisse suivre d’un œil distrait pour les amateurs de bis. Sa courte durée, associée à une dose appréciable de gore, de nudité et de vulgarité, en font une curiosité certes globalement ratée mais néanmoins divertissante à condition, toutefois, de se montrer indulgent et bien disposé.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2015