TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES

Titre: Tex e il signore degli abissi
Réalisateur: Duccio Tessari
Interprètes: Giuliano Gemma

 

William Berger
Carlo Mucari
Isabel Russinova
Peter Berling
Flavio Bucci
Aldo Sambrell
Année: 1985
Genre: Western / Aventures / Fantastique
Pays: Italie
Editeur
Critique:
Projet retardataire, pour ne pas dire anachronique, TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES tente de réactiver les heures glorieuses du western à l’italienne à une époque dominée par RAMBO et STAR WARS. Autant dire qu’il s’agissait d’une mission impossible quoique, sur le papier, l’entreprise apparaisse comme sympathique. Duccio Tessari, spécialiste du western dans les sixties, retrouve Guiliano Gemma vingt ans après le diptyque RINGO et convoque une autre trogne du spagh’ en la personne de William Berger.


Cependant, conscient que les temps ont changés, le cinéaste adjoint à son western une dose de fantastique et le transforme en film d’aventures. Tant dans l’allure de son héros que dans son intrigue et ses péripéties, TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES se rapproche en effet d’un Indiana Jones : le ranger Tex Willer et son copain vieillissant Kit Carson recherche un chargement d’armes égarées et finissent par tomber sur un maléfique culte indien et sur une substance toxique capable d’instantanément pétrifier ses victimes. Tout cela conduit à un final assez proche, toute proportions gardées évidemment, d’INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT mâtiné de décomposition rapide proche des AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE.



Peu connu en nos contrées (malgré diverses tentatives de publication, notamment chez Lug), le fumetti « Tex » demeure une institution en Italie : créé en 1948 il continue de se vendre à 250 000 exemplaires par mois et reste le plus gros succès du genre (juste devant Dylan Dog). Une adaptation cinématographique semblait donc une évidence et, apparemment, l’équipe y croyait suffisamment pour la terminer par une fin semi-ouverte censé annoncer une suite et une « autre histoire ». Laquelle ne vint jamais suite à l’échec cinglant de cette tentative il est vrai peu aboutie.



Malgré la bonne volonté de Tessari et quelques jolis paysages nous rappelant le riche passé du western européen, TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES souffre d’un rythme lénifiant : les rebondissements ont beau se succéder, rien n’y fait et le spectateur s’ennuie. En dépit des cavalcades, explosions, bagarres et autres fusillades, le film ronronne gentiment sans jamais décoller : tout cela manque d’énergie, de panache ou même d’un minimum de second degré qui eut aidé à digérer un long-métrage boiteux. Difficile, en 1985, d’accepter le manque criant de budget : les décors ne sont pas crédibles (avec beaucoup d’indulgence le public peut estimer qu’ils confèrent au film un charme artificiel proche de la bande dessinée), les effets spéciaux sont antédiluviens (les momifications accélérées paraissent issues d’un classique de la Universal), la figuration restreinte et les scènes d’action mollassonnes. Le récit n’étant pas vraiment passionnant, le tout peine à maintenir l’attention d’autant qu’il s’agit apparemment d’un remontage (erratique et confus) d’une mini-série télévisée.

Demeure une certaine bonne humeur, la volonté de livrer un dernier western à l’italienne avec une ambiance BD (traduite par des éclairages parfois exagérément contrastés) et un ton naïf proche du serial d’antan, ce que confirme la prestation plaisante d’un Gemma encore alerte et bondissant. On eut aimé trouver tout cela charmant, suranné et plaisant mais, en définitive, ce très moyen TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES ne peut que décevoir.

Fred Pizzoferrato - Mai 2017