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Peut-être le plus connu de tous les films d'horreur, considéré comme un classique du gore (ce qu'il n'est pas) par tous ceux qui ne l'ont pas vu et comme un classique tout court par tout ceux qui l'ont vu, ou presque, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE est surtout une expérience intense et éprouvante dont la puissance n'a pas faibli après plus de trois décennies. Pourtant nul n'aurait sans doute misé un kopeck sur la pérennité de ce petit budget, vaguement basé sur la vie de plusieurs tueurs en série célèbres (dont Ed Gein), et qui semblait destiné à n'être qu'un banal slasher sans ambition. Mais c'était sans compter sur le talent de Tobe Hooper qui, pour son premier long métrage (si on excepte l'expérimental et invisible EGGSHELLS, un "machin" psychédélique tourné en 1969), crée dès les premières images une atmosphère de tension en révélant les images de corps putréfiés et déterrés. Même si la profanation ne semble pas réellement connectée au reste de l'intrigue il n'en reste pas moins qu'elle introduit dès le départ la notion essentielle: les êtres humains ne sont finalement que des bouts de viande destinés à se décomposer. Ces images induisent immédiatement un effet d'attirance et de répulsion sur le spectateur, par le biais de flashes successifs qui le mettent dans l'ambiance et le conditionne à accepter toutes les horreurs ultérieures. Représentatif des doutes des années 70, le métrage poursuit la vision pessimiste des oeuvres politiques de l'époque, alors que les Américains commençaient de plus en plus à douter de leurs dirigeants (éclaboussés par le Watergate) et à laisser de côté leurs idéaux. Les rêves utopiques de la fin des sixties semblent déjà bien loin en 1974 et la fin des illusions pacifiques se répercute au cinéma via des métrages sans concession. L'horreur des précédentes décennies a vécu et les grands mythes du fantastiques (vampires, loups-garous, spectres, momies,…) s'apprêtent à regagner leurs cryptes devenues trop poussiéreuses, laissant le champ libre au démon de L'EXORCISTE et surtout aux dégénérés tuant sans raison, que ce soit dans DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE, LA COLLINE A DES YEUX ou DELIVRANCE. Au lieu des personnages plein de prestance à la Dracula ou Frankenstein le métrage ne propose en guise d'anti-héros qu'une famille de tarés, anciens bouchers devenus assassins cannibales dans une Amérique en proie au mal-être, à la paupérisation galopante et au chômage. C'est un monde au bord du gouffre, miné de l'intérieur et menaçant de s'écrouler que nous dépeint Tobe Hooper, un univers où l'autre perd sa dimension humaine (d'où peut-être la classification X imposée par la censure française pour, justement, "atteinte à la dignité humaine") pour ne devenir qu'un objet, une masse de chair dont on peut se servir à son gré afin de la concasser en une masse informe destinée à satisfaire les besoins les plus primaires, remplaçant la pulsion sexuelle de vie par une pulsion morbide de cannibalisme. Hooper pourfend l'utopie spirituelle de la décennie précédente et annonce déjà le triomphe matérialiste de la suivante. Le cinéaste utilise ainsi les contraintes techniques et budgétaires pour forger sur pellicule u n sommet de brutalité à l'apparence documentaire, se servant du grain de la pellicule pour accentuer l'impression de cinéma vérité, comme si nous étions témoins privilégiés d’un fait divers atroce. Cette montée du réalisme et de la violence "authentique" que l’on trouve dans le cinéma extrême du début des seventies va se cristalliser dans MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, lequel sera carrément interdit de diffusion en France. Plus tard il sera finalement exploité avec succès par la mythique collection "Les Films que vous ne verraient jamais à la télévision" de René Château, aux côtés d'autres représentants de cette horreur rentre-dedans que sont ZOMBIE, LA MARQUE DU DIABLE ou MANIAC. Mais Hooper échappe parfois à ce réalisme par quelques notes étranges, comme les éoliennes qui tournent à vide alors que nul souffle de vent n'actionne leurs hélices, comme si la maison elle-même recelait une force innommée, brute, capable de s'éveiller à la manière d'une nature courroucée. Une maison de cauchemar hantée non par les spectres traditionnels de l'épouvante à l'ancienne mais par les fantômes terrifiants générés par la perte des valeurs sociales. Sous le soleil brulant, Tobe Hooper fait ressentir au spectateur une incroyable sensation d'étouffement et de suffocation, rendant palpable la chaleur impitoyable laquelle, on le devine aisément, pourrait rendre fou la personne la plus censée. Une perception encore accentuée par l'aisance de la mise en scène, vraiment travaillée, l'aspect terrifiant des décors et l'utilisation d'une bande sonore chaotique et bruitiste, à l'opposée des musiques "classiques" dont usaient jusqu'alors le cinéma de genre. L'ambiance sonore remplace ici la partition orchestrale, utilisant divers bruitages mécaniques et répétitifs, des stridulations inconfortables et des crissements dissonants, générant un magma sonore volontairement pénible déchiré par la tronçonneuse et les hurlements quasi constant d'une Marilyn Burns qui mérite plus que tout autre actrice le qualificatif de "screem queen". La scène du dîner et la fuite échevelée de l’actrice concluent finalement le métrage jusqu’aux images iconiques d’un Leatherface brandissant sa tronçonneuse dans le soleil couchant.
L'humour, lui aussi, est présent au sein de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, qu'Hooper aime d’ailleurs à définir comme une comédie macabre. Un humour pourtant seulement perceptible après plusieurs visions et qui doit davantage à l'ironie et à la critique mordante qu'aux blagues de potaches des films gore des années 80. La violence de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE est, pour sa part, en grande partie suggérée et le gore ne fait que de timides apparitions à l'écran La carrière de Tobe Hooper se poursuivit ensuite avec quelques modestes réussites (LE CROCODILE DE LA MORT, MASSACRES DANS LE TRAIN FANTOME, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE 2) et malheureusement beaucoup de ratages plus (L'INVASION VIENT DE MARS, LIFEFORCE) ou moins (le piteux CROCODILE) sympathiques. Le débat concernant la véritable paternité de POLTERGEIST (laquelle penche de plus en plus vers le producteur Steven Spielberg) fit aussi beaucoup de tort au cinéaste, accusé de n'être que l'homme d'un seul film. Ce qui est loin d'être objectif même si MASSACRE A LA TRONCONNEUSE peut être considéré comme la plus belle réussite de Tobe Hooper, un coup d'essai et un coup de maître qu'il ne parvint jamais à surpasser, ni même à égaler. La saga MASSACRE A LA TRONCONNEUSE se poursuivit ensuite par trois séquelles. La première, signée Tobe Hooper lui-même, constitue une habile parodie de l'original alors que LEATHERFACE se rapproche davantage d'une véritable suite et ne manque pas d'intérêt en dépit des remontages imposés par la production. La dernière, TEXAS CHAINSAW, s'apparente à un remake et manque terriblement d'impact. Un véritable remake (de fort belle facture!) et une nouvelle addition au cycle sous forme de préquelle (MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, LE COMMENCEMENT) ne purent cependant rivaliser avec la force brute de l'original. Bref, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE est une pierre angulaire du cinéma d’horreur moderne et une date clé de l’Histoire du Cinéma, tous genres confondus. Indispensable ! |
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Fred Pizzoferrato - Aout 2008 |
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