L'AU-DELA
Titre: E tu vivrai nel terrore...L'Aldila / The Beyond
Réalisateur: Lucio Fulci
Interprètes: Katherine McColl

 

David Warbeck
Cinzia Monreale (aka Sarah Keller)
Veronica Lazar
Antoine Saint-John
 
 
Année: 1981
Genre: Horreur / Gore / Video Nasty
Pays: 1981
Editeur Neo Publishing


Critique:

L'AU-DELA témoigne d'une époque (hélas) révolue de l'horreur spaghetti, du temps où les réalisateurs scénaristes croyaient réellement en ce qu'ils proposaient sans se réfugier derrière la facilité du second degré. Et Lucio Fulci y croit dur comme fer à son improbable intrigue, parvenant à communiquer au spectateur cette sensation de peur larvée, y compris lors des séquences les plus improbables qui, entre des mains moins concernées, auraient rapidement versé dans le ridicule le plus achevé.

Le scénario traite d'un hôtel maudit de Louisiane qu'une jeune femme projette de rénover sans savoir qu'elle ouvre ainsi une des portes de l'enfer, libérant une horde de zombies affamés. En effet, en 1927, un peintre nommé Schweik a été crucifié et brûlé par des villageois courroucés qui le soupçonnait d'activités démoniaques. Décidée à rouvrir cet hôtel dont elle a hérité, la jeune Liza engage une équipe chargée de le nettoyer mais, très vite, plusieurs ouvriers trouvent la mort. Aidé par un médecin nommé John McCabe, Liza apprend, peu à peu, la vérité sur la bâtisse maléfique.

Le regretté Lucio Fulci livre ici un de ses meilleurs films (juste en deça de L'ENFER DES ZOMBIES et d'un niveau sensiblement égal au sous-estimé FRAYEURS), un poème baroque et macabre dans lequel les visions d'horreur se succèdent frénétiquement, sans guère de logique ni de progression dramatique, comme autant de directs à l'estomac. Boucherie pure, certes, mais servie par des maquillages plutôt performants même lorsqu'on discerne le truc, l'imagination dans l'atroce suppléant à l'imperfection de la réalisation (on n'oubliera pas de sitôt l'agression d'une victime par des tarentules poilues qui lui dévorent la bouche et les yeux, et ce même si les effets spéciaux sont ratés!).

Bien sur, le scénario se limite à un fil conducteur ténu (vaguement inspiré par plusieurs nouvelles de Lovecraft), les situations n'ont pas toujours la moindre vraisemblance et les victimes paraissent souvent paralysées par la peur au point de ne même pas songer à fuir. Les scènes d'horreur ont quand même pris un petit coup de vieux car Fulci ne peut pas s'empêcher de s'appesantir plus que raison sur les passages gore. Des excès sanglants qui, d'ailleurs, arrivent souvent n'importe comment, voire en dépit du bon sens mais qu'importe, malgré des acteurs pas toujours convaincants, la mise en scène, dotée de beaux éclairages à la Dario Argento et la musique assez prenante (dont le goupe de hard-rock FM Europe - souvenez-vous des années 80 - s'inspira dans son morceau "Seven Gates of Hell", un hommage évident à L'AU-DELA) concourent à la réussite du film.

Le cinéaste ne se gêne pas pour reprendre des concepts ayant fait leurs preuves (il s'inspire par exemple beaucoup de l'excellent et méconnu SENTINELLE DES MAUDITS de Michael Winner, ainsi que de SUSPIRIA ou SHINING) en les enrobant dans une mixture puisant tant à Lovecraft qu'à son propre imaginaire, à base de zombies putréfiés progressant lentement vers leurs victimes horrifiées. A ce sujet il est un peu agaçant qu'un personnage, après avoir compris qu'il fallait viser la tête des morts vivants, continue de décharger ses armes dans leur ventre…inutillement évidemment. L'AU-DELA compte pas mal de scènes de ce genre, un peu boiteuses ou pas assez travaillées, qui l'empêchent de prétendre objectivement au statut de chef d'œuvre (que subjectivement beaucoup de fans de gore lui attribueront de toutes manières). Mais Fulci possède le talent nécessaire pour transcender les incohérences et autres facilités d'un scénario où la puissance visuelle évocatrice l'emporte largement sur la cohésion narrative cartésienne si prisée dans nos contrées.

Le final, de toute beauté, provoque un mélange de fascination morbide et d'épouvante pure confinant à la poésie de l'étrange, dans une ambiance envoûtante parfaitement transcrite. Il parvient, à lui seul, à rendre l'ensemble indispensable et incontournable.

Bref, il est difficile d'encore parler de L'AU-DELA, tant le métrage est devenu un objet de culte. Inutile, donc, de prêcher les convaincus et de répéter que L'AU DELA est une œuvre à voir absolument pour les amateurs du genre, lesquels lui pardonneront sans doute un rythme parfois languissant et quelques défauts finalement bien excusables.

Un titre que chacun se doit de posséder dans sa DVDthèque, tout simplement!

Fred Pizzoferrato - Mars 2008