LE CRAPAUS MASQUE
Titre: Der schwarze Abt / the Black Abbot
Réalisateur: Franz Josef Gottlieb
Interprètes: Joachim Fuchsberger

 

Grit Boettcher
Dieter Borsche
Charles Regnier
Eddi Arent
Klaus Kinski
Eva Ingeborg Scholz
Année: 1963
Genre: Krimi
Pays: Allemagne
Editeur  
Critique:

Bien rodée en 1963, la série des « Edgar Wallace » trouve sa vitesse de croisière et adopte une formule récurrente composée d’une intrigue policière complexe, d’un soupçon d’épouvante gothique et d’une large rasade d’humour. Cette adaptation d’un roman homonyme (Der Schwarze Abt) écrit par Wallace en 1926 (et déjà précédemment porté à l’écran en 1934) reprend tous ces éléments mais n’aboutit qu’à un résultat mitigé.

Harry Chelford, dernier héritier d’une prestigieuse lignée, cherche frénétiquement le légendaire trésor familial dissimulé, selon les rumeurs, dans les ruines de son abbaye de Fossoway. Chelford, victime d’une maladie héréditaire, risque de sombrer dans la folie, ce qui perturbe sa relation avec sa fiancée, Leslie, qui semble d’ailleurs plus attirée par son cousin, Dick. Le frère d’Harry, un avocat londonien prénommé Arthur, est lui-même dans une délicate situation : noyé sous les dettes, il contrefait la signature d’Harry pour rembourser un maitre-chanteur. La situation se complique suite à l’assassinat d’un homme dans les ruines de l’abbaye, première victime d’un tueur mystérieux surnommé le « black abbot ». Les inspecteurs Puddler et Horatio, dépêchés par Scotland Yard, partent enquêter et découvrent que les suspects ne manquent pas…

Treizième film de la série « Wallace », LE CRAPAUD MASQUE reprend le procédé « Ultrascope » et le générique en couleur introduits dans le précédent épisode, L’ENIGME DU SERPENT NOIR. L’intrigue, elle, reste classique mais accentue les aspects gothiques, proche de l’épouvante alors en vogue, qui deviendront peu à peu indissociables de la saga.

Le décor du château Schloos Herdringen est, par exemple, mis à contribution de belle manière pour accentuer cette parenté. Toutefois, le scénario suit avec une relative fidélité le roman dont il s’inspire, ce qui fut rarement le cas pour le reste de la série.

L’indispensable ( ?) élément humoristique est, comme toujours, apporté par Eddie Arent, lequel campe ici un détective gaffeur source de nombreux gags plus ou moins efficaces. Comme dans moult krimis de cette époque, Klaus Kinski s’octroie un second rôle inquiétant sur lequel se porte tous les soupçons. Une tentative de « misdirection » sympathique mais trop évidente pour réellement fonctionner auprès des habitués des « Wallace ».

La mise en scène de Franz Joseph Gottlieb, pour sa part, manque d’originalité et ne retrouve pas le style plus exubérant d’Alfred Vohrer ou Harald Reinl. Gottlieb, qui venait de diriger CURSE OF THE YELLOW SNAKE, revint pourtant à plusieurs reprises sur les terres du krimi, notamment avec le décevant LA SERRURE AUX TREIZE SECRETS et THE PHANTOM OF SOHO.

Dénué de toute coquetterie visuelle et trop sobre, LE CRAPAUD MASQUE peine donc à passionner et délaisse trop souvent l’atmosphère mystérieuse pour se transformer en un banal whodunit sans grand intérêt. Entre des mains plus inspirées, l’œuvre aurait sans doute pu devenir bien plus efficace et développer, par exemple, un réel climat d’angoisse, tant son tueur costumé annonce les assassins du giallo.

Malheureusement, LE CRAPAUD MASQUE choisit la voie du simple divertissement policier dans lequel l’humour domine largement sur le suspense ou le frisson. Un médiocre krimi, à réserver aux seuls inconditionnels de Wallace.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2013