THE CAT IN HEAT
Titre: La Gatta In Calore
Réalisateur: Nello Rossati
Interprètes: Eva Czemerys

 

Silvano Tranquilli
Anthony Fontane
Renato Pinciroli
Ada Pometti
Attilio Duse
 
Année: 1972
Genre: Drame érotique / Thriller / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

De part son titre animalier, à la fois imagé et racoleur, et ses origines spatio-temporelles (L’Italie du début des années ’70), il est tentant de catégoriser LA GATTA IN CALORE parmi les giallos, ce que, firent, d’ailleurs, de nombreux chroniqueur et quelques éditeurs dvd. Pourtant, si le long-métrage de Nello Rossati reprend, effectivement, l’un ou l’autre élément caractéristique du thriller italien (essentiellement dans son derniers tiers), il reste, avant tout, un drame érotique.

Une jeune femme plutôt aisée, Anna, se sent délaissée par son mari, trop absorbé par son travail pour la câliner. Le nouveau voisin d’Anna, Maurizio, l’attire rapidement par son mode de vie libertaire et sa sexualité débridée. Dans un climat trouble de répulsion et de fascination, Anna tente d’attirer l’attention de Maurizio. Ce-dernier, ancien taulard machiste, fait l’amour avec ardeur sans jamais s’attacher à ses conquêtes, aussitôt consommées puis délaissées. Après avoir vainement lutté contre ses pulsions, Anna succombe finalement à Maurizio, lequel se révèle un amant fougueux mais aussi un adepte des drogues dures et du sexe à plusieurs. Un jour, il tente d’offrir Anna à ses amis pour un viol collectif mais les choses tournent mal et la jeune femme se révolte avant de le menacer d’un révolver. A bout de nerfs, Anna finit par abattre son amant puis avoue son infidélité et son crime à son époux, lequel décide de dissimuler le cadavre…

L’Italien Nello Rossati n’est certainement pas le plus connu des cinéastes ayant œuvré dans l’exploitation. Il débute sa carrière par un film érotique (PROSTITUEE LE JOUR, EPOUSE LA NUIT) puis propose LA GATTA IN CALORE avant de s’orienter vers la sexy comédie (avec, par exemple, DEFENSE DE TOUCHER). Au milieu des années ’80, Rossati s’attire l’ire des puristes du western spaghetti en osant un DJANGO 2 LE GRAND RETOUR, enchaîne avec ALIEN TERMINATOR (sic !) et un film de commando situé durant la Seconde Guerre Mondiale, TIDES OF WAR. Comme beaucoup de ses confrères, Rossati se retire du métier au début des années ’90 suite au naufrage du cinéma bis italien.

Utilisant une narration non linéaire, Rossati construit LA GATTA IN CALORE sur un empilement de flash-backs successifs censés nous expliquer pourquoi une jeune bourgeoise bien sous tous les rapports a abattu son voisin dévergondé. Le long-métrage débute d’ailleurs par la découverte de son corps par le mari cocufié. Celui-ci va tenter de dissimuler les preuves du meurtre tout en recueillant les confidences de son épouse, poussée au crime par une expérience adultérine ayant mal tourné.

La principale originalité de LA GATTA IN CALORE réside dans cette construction intéressante qui lui confère un léger parfum de « film noir » et se focalise non sur le meurtre, présenté au début de l’intrigue, mais sur les circonstances qui y ont conduit l’héroïne. Cette dernière est incarnée par la comédienne tchèque Eva Czemerys qui figura, durant les seventies, au générique de nombreuses productions érotiques, dans un giallo (L'ASSASSINO HA RISERVATO NOVE POLTRONE) et dans un Women In Prison corsé (CONDAMNEES A L’ENFER). Au milieu des années ’70, la belle arrête sa carrière (on ne la revit qu’à deux reprises : dans LES GUERRIERS DU BRONX 2 et dans LE FEU SOUS LA PEAU de Gerard Kikoïne, en 1986) pour se consacrer bénévolement à diverses causes humanitaires. Malheureusement, atteinte d’un mal incurable, Eva Czemerys décède en 1996. Dans LA GATTA IN CALORE, elle se montre convaincante, très à l’aide dans son rôle de femme à la fois volontaire et fragile, empêtrée dans une relation trouble dont elle ne parvient pas à s’extraire. Cette composition constitue, probablement, un des points forts du film, lequel ne brille, hélas, ni par son scénario (sans surprise) ni par sa mise en scène (banale).

Nello Rossati, en effet, manque de mordant, d’emphase et de folie, rendant le film trop sage et timoré pour atteindre son but. En effet, un tel sujet aurait mérité plus d’audace, tout comme un érotisme plus franc et pervers, pour réellement emporter l’adhésion et transformer ce drame passionnel en œuvre sulfureuse et suffocante. Il faudra, malheureusement, se contenter d’un plat tiède et dépourvu d’épices, trop hâtivement préparé sans doute, dans la lignée des « thrillers érotiques » téléfilmés de seconde partie de soirée.

Reste, cependant, l’une ou l’autre séquence réussie dans lesquels le cinéaste mêle le sexe et la drogue de manière roublarde mais efficace, donnant à son film un côté « mauvais trip » sous acide pas désagréable assez typique du cinéma d’exploitation des années ’70. Si le drame érotique prédomine durant la première heure, LA GATTA IN CALORE convie brièvement, dans son derniers tiers, les clichés du « rape and revenge ». Le réalisateur place ainsi, sans doute pour titiller le spectateur, une scène lesbienne forcée (suggérée) et, surtout, un passage cauchemardesque dans lequel le jeune drogué tente de violer l’héroïne en compagnie de deux amis complètement défoncés.

Le climax, pour sa part, joue la carte de l’angoisse et du suspense avant un rebondissement final amusant mais peu crédible qui rapproche cependant LA GATTA IN CALORE du giallo. Le cinéaste use, dans les dernières minutes, des tics coutumiers du genre mais abuse surtout d’effets faciles, à commencer par les inévitables zooms pas franchement maîtrisé. Un procédé rabâché par les cinéastes bis. Le spectateur ne s’étonne pas, non plus, de retrouver au générique le stakhanoviste Joe d’Amato qui œuvre ici comme directeur de la photographie.

Au rayon des points positifs, on citera toutefois la plaisante bande originale de Gianfranco Plenizio qui donne un agréable cachet à ce long-métrage inégal et un peu languissant.

Coincé entre le drame, le thriller et le film érotique, agrémenté d’une cuillère d’influences « giallesques » et d’une pincée de rape and revenge, LA GATTA IN CALORE constitue en définitive une curiosité pas vraiment désagréable mais sans doute trop timorée et prévisible pour émerger de l’oubli où elle a sombré.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011