THE CRAZIES
Titre: The Crazies
Réalisateur: Breck Eisner
Interprètes: Timothy Olyphant

 

Radha Mitchell
Joe Anderson
Danielle Panabaker
Christie Lynn Smith
Brett Rickaby
 
Année: 2010
Genre: Horreur / Science Fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Après le sympathique LA NUIT DES MORTS VIVANTS en 1990, l’efficace ZOMBIE en 2004 et le médiocre LE JOUR DES MORTS VIVANTS en 2008, THE CRAZIES est le dernier remake en date d’une œuvre de George A. Romero. Réalisé en 1973, THE CRAZIES portait en nos contrées le titre éminemment plus parlant de LA NUIT DES FOUS VIVANTS, une manière de rattacher officieusement le métrage au plus gros succès de Romero, LA NUIT DES MORTS VIVANTS, sorti 5 ans plus tôt. Quoique n’ayant que peu à voir avec la saga des zombies, l’œuvre originale en reprenait pourtant certains éléments, notamment une construction similaire et une portée politique volontiers contestataire.

Près de quarante ans ayant passé, l’idée d’un remake modernisé pouvait séduire, même si la présence de Breck Eisner derrière la caméra n’était pas spécialement rassurante, le bonhomme ayant comme unique titre de gloire SAHARA, un récit d’aventures plutôt quelconque trahissant dans les grandes largeurs le roman homonyme de Clive Cussler. Surprise, THE CRAZIES, version 2010, tient la distance et se range aux cotés de L’ARMEE DES MORTS (la relecture de ZOMBIE réalisée par Zack Snyder) au rayon des remakes de bonne tenue.

Le scénario de THE CRAZIES reprend l’argument du métrage original et suit essentiellement les pas de David Dutton (incarné par Timothy Olyphant, vu dans des séries télé comme « Deadwood » mais aussi dans SCREAM 2, DREAMCATCHER ou DIE HARD IV), shérif d’un petit bled sans histoires nommé Ogden Marsh. Son existence tranquille change dramatiquement le jour où le poivrot local débarque sur le terrain lors d’un match de base-ball, une arme à la main. David se voit contraint de l’abattre mais l’autopsie révèle pourtant que le forcené n’était pas ivre ce jour là. Alors qu’il désespère de découvrir l’explication de cette folie passagère, le policier se voit confronté à de nouveaux cas de violences sans raison apparente. Très vite, l’ensemble de la population d’Ogden Marsh sombre dans la folie et le carnage prend des proportions de plus en plus énormes. David, son épouse enceinte Judy, l’infirmière Becca et Russell, l’adjoint de David, tentent de fuir la petite ville tombée aux mains des fous sanguinaires. L’armée, pour sa part, met la zone en quarantaine et décide de réagir de manière musclée et expéditive.

Dans la masse apparemment inépuisable des remakes des « classiques » (mineurs ou majeurs) du cinéma horrifique des seventies, THE CRAZIES se situe clairement dans le haut du panier. La vague, lancée par les succès des nouvelles versions de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE et LA COLLINE A DES YEUX a depuis littéralement déferlé sur les écrans de cinéma, au point qu’il devient difficile de penser à un métrage des années 70/80 bénéficiant d’un minimum de notoriété et n’ayant pas encore eu « l’honneur » d’une révision. Citons simplement, pour mémoire, LA MALEDICTION, VENDREDI 13, LE BAL DE L’HORREUR, MEURTRES A LA SAINT VALENTIN, PIRANHAS, BLACK CHRISTMAS, HALLOWEEN, THE FOG, SŒURS DE SANG et bien d’autres.

 

Les scénaristes de THE CRAZIES, Scott Kosar et Ray Wright, sont d’ailleurs deux mercenaires de l’épouvante déjà bien rôdés à la technique du remake. Le premier a, en effet, écrit le très original THE MACHINIST avant de relancer les franchises AMITYVILLE et MASSACRE A LA TRONCONNEUSE alors que le second a adapté KAIRO aux marchés américains sous le titre de PULSE. Cette version modernisée de THE CRAZIES reprend donc un concept intéressant (quoique déjà vu à de nombreuses reprises, du méconnu IMPULSE aux plus récents 28 JOURS PLUS TARD ou même [REC]) qui consiste à laisser la folie s’emparer d’une petite ville en apparence tranquille.

Pour qui garde en mémoire l’original de Romero, cette relecture pourra sembler nettement plus légère, thématiquement parlant. En effet, ce remake s’oriente vers le simple divertissement, délaissant en grande partie les éléments politiques ou la critique des Etats-Unis pour privilégier l’action et le suspense. Un choix sans doute logique vu les attentes actuelles (supposées ou réelles) du public. THE CRAZIES s’oriente également assez rapidement vers une variation sur les films de zombies alors que, dans l’original, la folie prenait lentement possession de la petite ville. Beaucoup plus rythmé, le remake transforme la majorité de la population en simili zombies enragés qui s’en prennent violemment aux rares survivants. Classique mais néanmoins fort efficace. Breck Eisner alterne alors moments de suspense assez banals (les « jump scare » sont légions et pas toujours très originaux, quoique souvent efficaces), séquences d’horreur sanglantes et passages orientés vers l’action tandis que nos quatre héros tentent de fuir la zone contaminée, laquelle semble s’étendre au rythme de leur progression vers un hypothétique lieu de sécurité.

Si les personnages secondaires ne sont qu’esquissés (le maire de la ville est un cliché ambulant, pratiquement une caricature de celui des DENTS DE LA MER ou d’autres métrages similaires présentant des politiciens refusant de croire aux dangers pour des raisons de profits financiers) et les militaires réduits à des silhouettes sans épaisseur, les principaux protagonistes bénéficient, eux, d’une écriture plus travaillée. Le jeu des acteurs, fort convaincant, aide d’ailleurs beaucoup à la crédibilité de THE CRAZIES et le distingue des dizaines de productions utilisant un script similaire sorties depuis une trentaine d’années. Tendu et possédant une véritable tension dans sa première partie, le film joue dans la seconde la carte de la fuite sans fin d’une poignée de survivants aux prises avec un danger redoutable et apparemment impossible à stopper. L’intrigue s’oriente ensuite logiquement vers une conclusion dépressive laissant toutefois la porte ouverte à une séquelle éventuelle.

Remake très efficace dont le pessimisme renvoie directement aux seventies mais doté d’un rythme haletant beaucoup plus contemporain et de nombreuses séquences d’action gore à souhait, THE CRAZIES constitue au final une bonne surprise et un thriller horrifique solide méritant largement une vision.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2010