THE GHOUL
Titre: The Ghoul / Night of the Ghoul
Réalisateur: Freddie Francis
Interprètes: Peter Cushing

 

John Hurt
Alexandra Bastedo
Gwen Watford
Veronica Carlson
Ian McCulloch
Don Henderson
Année: 1975
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Deuxième des trois long-métrages produits par la Tyburn (la compagnie de Kevin Francis) au milieu des années ’70, THE GHOUL se révèle une modeste et peu concluante tentative de fantastique rétro basée sur le traditionnel secret qu’une famille dissimule dans une vaste propriété. Bref, cette variation sur le thème du « quelque chose est caché dans la cave » (un des titres alternatifs du film, « The Thing in the attic » se révèle d’ailleurs fort approprié) rappelle, évidemment, les écrits de Lovecraft mais aboutit à un film longuet et languissant dont l’atmosphère macabre et inquiétante ne fonctionne qu’à de rares moments.

Dans l’Angleterre des années ’20, les invités d’une soirée distinguée s’ennuient et proposent d’organiser une course de voiture jusque Land’s End. Malheureusement la voiture d’une des participantes, Miss Daphne Wells-Hunter, tombe en panne. La jeune femme se résout à marcher vers une grande propriété où elle espère trouver de l’aide tandis que son compagnon prend une direction opposée. La maison est habitée par le docteur Lawrence, un veuf revenu des Indes qui vit en reclus en compagnie de sa femme de ménage et entretient le souvenir de son épouse décédée.

Cependant, le soir, un homme mystérieux assassine la demoiselle tandis que sa voiture est poussée dans un ravin. Les amis de la jeune femme mènent l’enquête et refusent de croire à la thèse de l’accident. Que cache le docteur Lawrence ?

Réalisé sans passion par un Freddie Francis sans doute lassé de cultiver l’imagerie gothique, THE GHOUL s’appuie sur un scénario de Anthony Hings qui, sous le pseudonyme de John Elder, signa une vingtaine de scripts, essentiellement pour la Hammer. Ici, il semble recycler des idées de productions antérieures, comme LA FEMME REPTILE, qu’il écrivit dix ans plus tôt, sans en retrouver l’efficacité.

La première scène, réussie, annonce pourtant une jolie histoire de hantise à la manière des classiques « Old Dark House ». Eclairé par la flamme d’une bougie, une demoiselle déambule dans une grande demeure et rencontre un spectre pendu par un crochet qui lui transperce la gorge. Belle entame mais, hélas, il s’agissait d’une mise en scène destinée à effrayer la jeune femme et ce passage, sympathique et référentiel, n’a aucun intérêt pour la suite de l’intrigue.

Le métrage se développe alors très lentement, de manière languissante et peu de choses se produisent pour maintenir l’intérêt. Ce rythme assoupi échoue à générer le climat de pesante angoisse souhaitée et parait en définitive pénible. D’autres films (LA FEMME REPTILE précitée ou LA GORGONE) utilisèrent les rites étranges, souvent venus de lointaines contrées, pour générer le frisson et THE GHOUL ne peut se mesurer à ces classiques antérieurs. La critique du colonialisme reste discrète et les explications concernant la véritable nature de cette « goule » cannibale sont décevantes et rapidement expédiées.
Le final, pour sa part, sombre dans le bâclage avec le suicide absurde et anti-climatique de Peter Cushing après la révélation de l’identité de la « goule ».

Si les scènes de meurtres sont efficaces en usant de suggestion, l’apparence réelle du « monstre caché », chauve et teint de nuances verdâtres, reste décevante pour ne pas dire ridicule. Bien des points de l’intrigue demeure flous, à commencer par les raisons de la transformation de la « goule » et la présence de la servante indienne. L’enquête, menée par les amis de la disparue, manque tout autant de nerfs et avance par à-coups, sans véritable progression dramatique. Prévisible, THE GHOUL n’offre rien de nouveau aux aficionados de l’épouvante gothique anglaise mais se laisse suivre sans passion, d’un œil distrait et nostalgique.

Seuls les interprètes paraissent y croire, en particulier un Peter Cushing toujours impeccable quoique ce genre de rôle, qu’il effectue de manière professionnelle mais en pilotage automatique, ne pouvait plus rien apporter à sa gloire.
Autre familière de la Hammer, Veronica Carlson (DRACULA ET LES FEMMES, LE RETOUR DE FRANKENSTEIN) reçoit un rôle assez court, le film adoptant, une fois de plus, une construction à la PSYCHOSE en tuant la supposée héroïne au terme du premier acte. John Hurt (ALIEN) livre, de son côté, une prestation très correcte dans le rôle d’un mystérieux jardinier aux tendances violentes. Enfin, l’amateur reconnaîtra dans un rôle secondaire Ian McCulloch, lequel devint, peu après, une figure familière du bis horrifique européen en jouant dans L’ENFER DES ZOMBIES, CONTAMINATION, ZOMBIE HOLOCAUST, etc.

Partagé entre respect des traditions (on y retrouve tout les vétérans de la Hammer) et souci de modernisme (horreur plus graphique et tentatives de viol sont au programme), THE GHOUL se situe à la croisée des différents chemins de l’épouvante mais s’y perd malheureusement sans réussir à convaincre. Le savoir faire des interprètes et le métier de Freddie Francis sauvent néanmoins les meubles en dépit d’un script balisé et d’un climax raté.

Avatar tardif de l’épouvante anglaise déclinante, THE GHOUL déçoit mais se laisse regarder avec un minimum de plaisir nostalgique pour les plus réceptifs. Les autres se tourneront avantageusement vers les authentiques chefs d’œuvres produits par la Hammer au cours de la précédente décennie.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2016