DERNIER APPEL
Titre: L'assassino... è al telefono / The Killer is on the phone
Réalisateur: Alberto De Martino
Interprètes: Telly Savalas

 

Anne Heywood
Rossella Falk
Willeke van Ammelroy
Roger Van Hool
Antonio Guidi
Giorgio Piazza
Année: 1972
Genre: Giallo / Thriller
Pays: Italie / Belgique
Editeur  
Critique:

Né en 1929, le Romain Alberto De Martino a suivi le parcours classique des cinéastes populaire de la Péninsule. Dans les années ’60, il débute par une poignée de péplums (L’INVINCIBLE GLADIATEUR, PERSEE L’INVINCIBLE, LE TRIOMPHE D’HERCULE) puis s’intéresse à l’épouvante gothique (LE MANOIR DE LA TERREUR) avant de passer au western (DJANGO TIRE LE PREMIER) et à l’espionite humoristique (OPERATION FRERE CADET, une parodie, fréquentée par les habitués de James Bond, qui donne la vedette à Neil Connery, frangin de Sean).

A la fin des sixties, De Martino embarque dans le train du thriller à l’italienne avec FEMMINE INSAZIABILI et THE MAN WITH ICY EYES, deux titres déjà largement sous l’influence du giallo. Avec DERNIER APPEL, le réalisateur plonge réellement dans ce sous-genre alors en vogue, apparemment pour des raisons essentiellement commerciales.

La suite de sa carrière, souvent décevante, sera d’ailleurs placée sous l’influence des grands succès du box-office : BLAZING MAGNUM suit L’INSPECTEUR HARRY, L’ANTECHRIST rejoue L’EXORCISTE, HOLOCAUSTE 2000 décalque (très joliment !) LA MALEDICTION et L’HOMME PUMA vole maladroitement aux côtés de SUPERMAN. En fin de carrière, Alberto De Martino revint finalement au giallo, brièvement ramené sur les devants de la scène suite au TENEBRES de Dario Argento et propose le doublé BLOOD LINK et FORMULE POUR UN MEURTRE.

L’intrigue de DERNIER APPEL traite de l’amnésie, un thème fréquent dans le thriller, et permet une construction sous forme de puzzle qui laisse dans l’ombre les motivations sous-jacentes des personnages jusqu’au climax voulu surprenant. Une actrice célèbre, Eleanor, débarque à Ostende après quelques jours passés à Londres. Là, elle croise la route d’un tueur à gage, Drasovic…Le choc de cette rencontre lui fait instantanément oublier les cinq dernières années de son existence. Voulant se rendre chez elle, la jeune femme constate que sa maison a été démolie depuis longtemps. Pire, elle apprend que son fiancé, Peter, est mort dans un accident de voiture (à moins qu’il n’ait été assassiné par Drasovic ?) et qu’elle est, depuis trois ans, mariée à un certain George. Décidée à reprendre sa vie en main, Eleanor se prépare à la première d’une pièce, Lady Godiva, qui doit avoir lieu dans un prestigieux théâtre flamand.

Malheureusement son amnésie l’empêche de réciter son texte et sa sœur est appelée pour la remplacer. Peu à peu, Eleanor soupçonne son entourage d’avoir manigancé un plan machiavélique visant à la supprimer. Serait-ce George qui a tout orchestré pour se venger de ses nombreuses infidélités ? Ou quelqu’un d’autres, peut-être plus insoupçonnable ?

Giallo méconnu, DERNIER APPEL donne la vedette à l’actrice anglaise Anne Heywood, vue par la suite dans LES RELIGIEUSES DU SAINT ARCHANGE et LES VIERGES DAMNEES. Hélas, la comédienne ne semble pas particulièrement concernée par son rôle et échoue à susciter la sympathie ou à réellement faire ressentir l’angoisse de sa situation. Un bémol préjudiciable, d’autant que l’essentiel de l’intrigue repose sur sa performance. A ses côtés, Telly Savalas, juste avant de connaître la consécration via la série télévisée « Kojak » incarne un tueur mystérieux mais non dénué d’humour. A une soubrette qui lui demande ce qu’elle peut faire pour lui, le criminel (en slip !) répond en souriant « je ne sais pas…vous avez des suggestions ? ». Toutefois, cet intéressant personnage (du moins sur le papier !) n’est pas suffisamment développé et Savalas se contente, la plupart du temps, de paraître menaçant en jouant avec un couteau à cran d’arrêt, les yeux dissimulés derrière des lunettes de soleil. La seule caractéristique originale de son personnage reste, finalement, sa passion pour les soldats de plomb même si celle-ci n’a aucune incidence sur le scénario.

Rossella Falk, alors en pleine période « giallesque » (elle en tourna quatre en deux ans), apparaît également dans un rôle secondaire et apporte un minimum de consistance à cette histoire pas vraiment prenante. Coproduit par la Belgique, le film comprend encore dans sa distribution Willeke van Ammelroy, native d’Amsterdam vue dans les comédies érotiques de Jean-Marie Pallardy (L’ARRIRE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS, REGLEMENTS DE FEMMES A OQ CORRAL). L’Anversois Roger Van Hool (vu dans OSCAR et plus tard TANGUY) est lui-aussi de la partie, les affiches belges le mettant d’ailleurs en tête de générique !

Quoique situé dans un environnement inhabituel pour le giallo (Ostende et Bruges), DERNIER APPEL ne tire nullement parti de ces lieux pour créer la moindre ambiance. Triste, d’autant que la photographie, signée Joe d’Amato, est plaisante et la bande originale du spécialiste Stelvio Cipriani agréable à l’oreille quoique peu mémorable.

De son côté, l’intrigue, focalisée sur une unique protagoniste, ne permet pas les excès coutumiers du thriller à l’italienne, d’où un manque patent de scènes de meurtres, d’angoisse ou de sexe. Le passage le plus proche d’un giallo classique (un crime au couteau commis par un inconnu) se révèle d’ailleurs une simple mise en scène théâtrale. Frustrant. L’érotisme, lui aussi, est absent du long-métrage dont la chaste timidité surprend négativement les amateurs de thrillers italiens et apparente l’ensemble à un téléfilm sans envergure.

La confrontation finale entre l’héroïne traquée et le meurtrier, dans un théâtre désert, sort quelque peu DERNIER APPEL de sa torpeur mais ne peut rattraper la mollesse des séquences précédentes. La motivation des différents crimes apparaît, en outre, invraisemblable quoique typique des scénaristes du giallo, souvent intéressés par les amours entre femmes, surtout lorsqu’elles sont inavouées.

Routinier, languissant et timoré, DERNIER APPEL ressemble à un banal « policier » de facture très télévisuelle et aux ambitions limitées. Longuet (100 minutes !), le film se déroule à un rythme anémique, en particuliers durant un embarrassant ventre mou qui occupe près de trois quarts d’heure de projection. Difficile, par conséquent, de se sentir concerné par cette intrigue mollassonne en dépit d’un sujet de départ intriguant. KNIFE OF ICE, SPASMO ou LE ORME exploiteront d’ailleurs, de manière bien plus convaincante, des pitch assez proches.

Si DERNIER APPEL n’est pas le pire giallo sorti en Italie durant les glorieuses seventies, il est, toutefois, un des plus banal et des moins excitant puisqu’aucune scène ne surnage dans cet océan de platitude. Incapable d’intéresser durablement le spectateur, ce médiocre « murder mystery » sera, par conséquent, réservé aux seuls inconditionnels du genre.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012