THE KILLER RESERVED NINE SEATS
Titre: L'assassino ha riservato nove poltrone
Réalisateur: Giuseppe Bennati
Interprètes: Rosanna Schiaffino

 

Chris Avram
Eva Czemerys
Lucretia Love
Paola Senatore
Gaetano Russo
Andrea Scotti
Année: 1974
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Les scénaristes de giallo ne se sont jamais privés de s’inspirer, de manière plus ou moins officielle et revendiquée, d’oeuvres littéraires existantes. Si on ne compte plus les emprunts à l’univers d’Edgar Wallace ou aux machinations du tandem Boileau-Narcejac, Agatha Christie connut, elle aussi, son lot d’adaptations pirates dans le monde du thriller italien. L’œuvre la plus célèbre de la romancière anglaise, « Les Dix Petits Nègres » fut ainsi plusieurs fois pillées par les Italiens, par exemple dans le piètre L’ILE DE L’EPOUVANTE de Mario Bava. Cependant, la palme de l’adaptation officieuse la plus outrageuse revient, sans nul doute, à THE KILLER RESERVED NINE SEATS, lequel reprend pratiquement toutes les péripéties du roman précité… sans oublier d’y adjoindre une large dose de violence et d’érotisme, typiques du cinéma d’exploitation italien.

Situé dans le décor d’un théâtre, le film annonce également BLOODY BIRD de Michael Soavi qui en constitue, en réalité, un quasi remake. Pour son anniversaire, l’aristocrate Patrick Davenant invite huit de ses connaissances dans une vaste propriété pourvue d’une salle de théâtre à l’abandon. Selon la légende, un siècle auparavant, une pièce y fut donnée mais, au cours de la représentation, les neuf membres de la troupe amateur furent assassiner…

Aujourd’hui, Patrick accueille ses invités, à savoir son ex-femme Vivian, sa fiancée actuelle, Kim, (et son ex), sa fille Lynn (accompagnée de son copain Duncan), sa sœur Rebecca, une entreprenante lesbienne, venue avec sa copine Doris, et, enfin, un médecin, Albert. Bien sûr, la tension grimpe entre les différentes personnes et les rancoeurs enfouies sous un vernis de civilité ne tardent pas à ressurgir. La soirée débute à peine lorsque Patrick échappe de justesse à la chute, potentiellement mortelle, d’une poutre sectionnée par une mystérieuse main armée d’un couteau.

Le maître des lieux interroge ses invités afin de démasquer le coupable mais reconnaît avec fatalisme « chacun d’entre vous a un mobile pour souhaiter ma mort ». Afin de détendre l’atmosphère, Kim décide ensuite d’offrir une petite représentation théâtrale et interprète la scène finale de « Roméo et Juliette », au cours de laquelle elle s’écroule sur la scène. Chacun applaudit la demoiselle pour la qualité de son jeu…et pour cause, Kim est réellement morte, un poignard planté dans son dos ! Patrick et ses amis réalisent alors que toutes les issues sont closes, que le téléphone est coupé et qu’un assassin masqué rôde dans les couloirs du théâtre !

Guiseppe Bennati, pour son neuvième (et dernier) long-métrage prend en marche le train du giallo, déjà au bord du déraillement en cette année 1974 et se conforme à tous les clichés attendus. La caractérisation des différents protagonistes reste donc minimale, tout comme leurs relations et, en dépit de la véritable hécatombe qui frappe le petit groupe, chacun trouve le moyen de se séparer des autres afin de faciliter le travail du meurtrier. Un comportement idiot que l’on retrouva dans les slashers, chacun ayant une bonne raison de quitter ses compagnons d’infortune pour poursuivre une ombre dans les corridors mal éclairés de la vaste maison.

THE KILLER RESERVED NINE SEATS franchit un nouveau pas dans l’absurde lorsqu’un des invités trouve amusant, après plusieurs crimes, de s’affubler du déguisement de l’assassin pour commettre un tour pendable à une des demoiselles. Cette blague stupide traduit bien l’imbécillité des personnages et le manque de crédibilité de leurs réactions, ainsi que le désir, louable mais ridicule, du cinéaste d’entretenir le suspense en usant des procédés les plus grossiers. Un autre moment contestable intervient lorsque le héros, Patrick, se souvient soudain et fort à propos de la malédiction pesant sur la propriété où, tout juste cent ans plus tôt, un massacre fut commis dans des circonstances similaires à celles vécues par le groupe de potentielles victimes. Comme disait l’autre « ah ben ça, ça tombe bien alors ! ».

Si l’introduction d’éléments surnaturels, jamais véritablement expliqués, comme ces tableaux apparemment vivants et ses portes se fermant d’elles-mêmes donne une certaine originalité à une intrigue balisée, cet aspect fantastique se marie, hélas, assez mal avec l’énigme policière proposée. Les multiples fausses-pistes et rebondissements rendent, en outre, le long-métrage confus et vaguement ennuyeux en dehors des meurtres. Heureusement, ceux-ci sont nombreux, quoique timorés et peu graphiques, le metteur en scène laissant hors champ la plupart des scènes sanglantes. L’érotisme, pour sa part, s’avère plus prononcé et toutes les actrices finissent complaisamment dénudées à un moment ou un autre.

De leur côté, les interprètes font leur possible pour se sentir concerné par le carnage mais ne peuvent surmonter la bêtise d’un script qui les oblige à se comporter, entre chaque crime, comme des bêtes en rut. Le rythme général, lui, s’avère languissant et aurait mérité un montage plus nerveux afin d’exciser de nombreuses scènes inutiles.

Quant aux déambulations sans but et aux dialogues cryptiques (« J’ai déjà passé une nuit ici… voici cent ans ») censés conférer à THE KILLER RESERVED NINE SEATS un climat d’étrangeté morbide, ils le rendent, surtout, ennuyeux et longuet. Cependant, tout n’est pas noir pour autant et le film de Guiseppe Bennati, aussi bancal et mineur qu’il soit, demeure vaguement plaisant pour les amateurs de giallo.

La nudité généreuse et les crimes intervenant à intervalles réguliers permettent, à tout le moins, de le visionner jusqu’au bout sans trop d’ennui et la conclusion, pas vraiment satisfaisante, lui confère toutefois un minimum d’originalité.

Loin d’un classique du giallo, THE KILLER RESERVED NINE SEATS reste un petit thriller plutôt divertissant et, dans un genre souvent décevant, ce n’est pas déjà si mal.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2014