LE SIXIEME CONTINENT
Titre: The Land that time forgot
Réalisateur: Kevin Connor
Interprètes: Doug McClure

 

John McEnery
Susan Penhaligon
Keith Barron
Anthony Ainley
Godfrey James
 
Année: 1975
Genre: Aventures / Fantasy
Pays: Grande Bretagne / USA
Editeur  
Critique:

Au milieu des années ’70, la Amicus, une compagnie jusqu’ici spécialisée dans le film d’épouvante à sketches (via des titres comme ASYLUM ou HISTOIRES D’OUTRE TOMBE), se lance dans les adaptations d’une série de romans rédigés par Edgar Rice Burroughs (le créateur de Tarzan) consacrés à des « continents oubliés ». Le premier volet de cette « trilogie thématique » sera LE SIXIEME CONTINENT, un divertissant récit d’aventures paraissant aujourd’hui un peu vieillot mais possédant encore un charme suranné assez agréable.

L’intrigue débute en 1916, en pleine Première Guerre Mondiale, et présente une poignée de naufragés, ayant survécus à la destruction de leur navire par un sous-marin allemand U-33 sous le commandement du Capitaine von Schoenwartz. Le submersible germain remonte peu après à la surface pour recharger ses batteries et les naufragés, menés par l’Américain Bowen Tyler (Doug McClure) et la biologiste Lisa Clayton, parviennent à se rendre maître du U-Boat ennemi. Les apprentis pirates mettent le cap vers le territoire encore neutre des Etats-Unis après avoir été copieusement canonnés par un navire britannique peu convaincu des bonnes intentions du U-Boat. Peu après, von Schoenwartz trompe la vigilance de Tyler et recapture le sous-marin, un petit jeu qui se prolonge par la décision du capitaine allemand de mettre le cap vers un navire de ravitaillement croisant dans l’Atlantique Sud. C’est le moment que choisit Tyler pour se ré-emparer du sous-marin allemand (!) d’une manière assez floue et torpiller le bateau de ravitaillement précité.

Après toutes ces péripéties, Tyler décide de faire finalement équipe avec son homologue allemand et de tenter de se dépêtrer de la situation dans laquelle ils se trouvent, le sous-marin étant perdu dans les eaux de l’Antarctique, à proximité d’une énorme île mystérieuse ne figurant sur aucune carte. Von Schoenwartz affirme qu’il s’agit du légendaire continent de Caprona, découvert par une expédition en 1721 et depuis oublié. Le U-33 finit par s’engouffrer dans un tunnel creusé dans la roche de Caprona et remonte une rivière souterraine jusqu’au cœur des terres, un lieu oublié du temps où l’évolution semble s’être arrêtée à la préhistoire. Des tribus d’hommes primitifs voisinent avec de féroces dinosaures et la lutte pour la survie s’engage, les passagers du submersible décidant de remplir les réservoirs avant de regagner la civilisation.

LE SIXIEME CONTINENT fonctionne, près de trois quart d’heures durant, comme un très agréable récit d’aventures à l’ancienne. Les actes de pirateries successifs des naufragés, l’attaque du navire de ravitaillement et la découverte du continent oublié constituent de grands moments de divertissements nostalgiques capables d’émerveiller les plus réceptifs. Les dinosaures, de toutes tailles et de toutes espèces (ptérodactyles, allosaures, stiracosaures, etc.) accueillent comme il se doit (c'est-à-dire méchamment !) les visiteurs de Caprona, lesquels passent d’ailleurs pratiquement le reste du métrage à fuir devant les monstres ou à tenter de les abattre.

Cette seconde moitié du SIXIEME CONTINENT se révèle malheureusement très prévisible et manque cruellement de la moindre surprise, se contentant d’égrener les clichés coutumier des films de « monde perdu ». Néanmoins, les combats contre les reptiles géants (ou leurs affrontements l’un contre l’autre) possèdent un certain charme qui en rend la vision agréable. Visiblement sous l’influence de KING KONG et du MONDE PERDU, Kevin Connor multiplie les séquences spectaculaires, lesquelles restent aujourd’hui encore suffisamment efficaces pour divertir le spectateur. A l’exception notable des ptérodactyles, bien trop rigides et artificiels pour effrayer qui que ce soit, les monstres préhistoriques sont convaincants. Certes, ils n’évitent pas toujours le côté « grosse poupée de caoutchouc » à la Godzilla mais, dans l’ensemble, les créatures fonctionnent et tiennent même encore la dragée haute aux productions fantastiques fauchées récentes abusant des images de synthèses mal dégrossies (dans le style des productions Nu Image ou Sci-Fi Channel, par exemple).

Les paysages et autres décors, malgré un budget sans doute restreint, sont agréables à l’œil et offrent le tableau d’une véritable île perdue et sauvage sur laquelle voisine diverses espèces représentant autant de stade de l’évolution. Les hommes primitifs, eux, ressemblent un peu trop à de simples figurants maquillés pour constituer une véritable menace crédible mais leurs nombreux assauts contre les naufragés maintiennent cependant la tension, en dépit du caractère quelque peu routinier du métrage. Le final ne se montre aucunement original, lui non plus, et recourt à la traditionnelle et attendue éruption volcanique pour résoudre les problèmes posés précédemment. Une séquence spectaculaire et bien menée, riche en destructions diverses et pourvue d’un petit suspense assez prenant alors que le submersible tente d’échapper aux forces de la nature déchaînée. Toutefois, la conclusion s’avère plus efficace et évite le cliché du « sauvetage de justesse » typique du cinéma hollywoodien pour privilégier une fin plus mélancolique, voire légèrement dépressive, à la fois convaincante et intéressante.

Notons d’ailleurs qu’en dépit de quelques rares traits d’humour, le cinéaste prend au sérieux son scénario (co-écrit par le grand écrivain de fantasy Michael Moorcock) et ne verse jamais dans la comédie. Kevin Connor se permet également quelques considérations intéressantes sur la guerre et la folie sanguinaire des hommes, finalement bien plus redoutables que toutes les créatures rencontrées sur l’île, y compris les plus impressionnantes.

Exemple classique du bon cinéma d’aventures à l’ancienne, LE SIXIEME CONTINENT démarre sur un rythme haletant (les scènes de « piraterie » sur le U-Boat) avant de sombrer dans une routine un peu ronronnant une fois les côtes de Caprona en vue. Cependant, les nombreuses attaques de dinosaures maintiennent l’intérêt jusqu’au final raisonnablement spectaculaire et, dans l’ensemble, LE SIXIEME CONTINENT remplit adéquatement son contrat de divertissement familial un brin nostalgique.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010