LA CHASSE DU COMTE ZAROFF
Titre: The Most Dangerous Game
Réalisateur: Irving Pichel & Ernest B. Schoedsack
Interprètes: Fay Wray

 

Joel McCrea
Leslie Banks
Robert Armstrong
Noble Johnson
Steve Clemente
Buster Crabe
Année: 1932
Genre: Aventures / Survival / Epouvante
Pays: USA
Editeur Bach Films
Critique:

Réalisé en 1932 (eh oui !), LES CHASSES DU COMTE ZAROFF (ou LA CHASSE DU COMTE ZAROFF) demeure aujourd’hui encore un véritable classique du survival, sous-genre en quelque sorte inventé par le métrage de Schoedsack et Pinchel. Produit par la mythique RKO afin de rentabiliser les décors de jungle déjà créés pour le futur KING KONG, le film constitue un bel exemple de série B exploitant au mieux un sujet à la fois simple et passionnant.

Comme nombre de réalisations très influentes, LES CHASSES DU COMTE ZAROFF fut tellement pillé (on note un remake en 1946 sous le titre GAME OF DEATH suivi d’une flopée de titres comme RUN FOR THE SUN ou BLOODLUST, sans oublier les trop nombreux décalques et imitations allant du WOMAN HUNT de Eddie Romero au CHASSE A L’HOMME de John Woo) qu’il est important de retourner à l’œuvre originelle. Laquelle, étonnamment, supporte merveilleusement bien le poids des ans et s’impose comme un authentique classique.

L’intrigue débute sur un navire où se prélassent une petite troupe d’hommes aisés partant en expédition de chasse. Les journées sont agréables et se partagent en discussions, cigares de prix et dégustation de whisky. Malheureusement, le chef de la bande souhaite emprunter un raccourci en naviguant dans des eaux dangereuses et infestées de requins. Le capitaine n’est guère enthousiaste mais se résout finalement à prendre une route risquée entre deux îles isolées. Ce qui devait arriver arrive logiquement : le bateau, déchiré par les récifs, sombre en mer et les pauvres voyageurs finissent pour la plupart dévorés par les squales.

Bob Rainsford (joué par Joel McCrea, un futur familier du Western qui sera la vedette de quelques classiques comme WICHITA de Jacques Tourneur et COUPS DE FEU DANS LA SIERRA de Sam Peckinpah), le seul survivant, échoue finalement sur les rivages d’une petite île perdue. Sur cette île, qu’il pensait inhabitée, Bob découvre un château médiéval où vit le Comte Zaroff (le débutant Leslie Banks), un étrange noble ayant fui le régime communiste en compagnie de son serviteur muet, Ivan. Après des années de voyage, Zaroff s’est établi sur cette ancienne colonie portugaise où se trouve l’imposante forteresse qu’il a choisit pour demeure. Bob découvre également que d’autres naufragés (leur navire ayant sombré une semaine plus tôt) ont été accueilli par l’aristocrate russe : Martin Trowbridge (incarné par Robert Armstrong qui connaîtra une célébrité plus importante avec KING KONG et LE FILS DE KONG l’année suivante) et sa sœur, la belle Eve (Fay Wray, jeune beauté de 25 ans considérée comme la première Scream Queen pour ses rôles dans KING KONG, MYSTERY OF THE WAX MUSEUM et THE VAMPIRE BATS, tous trois sortis en 1933).

La soirée se passe au mieux et le comte Zaroff discute avec ses invités, leur joue du piano, parle de sa passion (la chasse) et les enivre avec une excellente vodka. Bien sûr, le spectateur d’aujourd’hui ne peut que sourire devant les subtiles allusions de Zaroff, lequel déclare qu’il s’est lassé de la chasse et que, pour relancer sa passion, il a préféré se tourner vers de nouvelles proies plutôt que vers de nouvelles armes. Zaroff finit par assassiner Martin et propose à Bob de participer à son hobby favori : la chasse à l’homme. Le comte est, en effet, le responsable des nombreux naufrages recensés dans la région, lesquelles lui fournissent les proies nécessaires à son « jeu le plus dangereux ». Bob refuse tout net la proposition et Zaroff, forcément fâché, décide alors de le traquer toute une nuit durant. Si Bob et Eve déjouent les pièges du chasseur et restent en vie au lever du soleil ils pourront quitter l’île. Sinon…

Malgré les nombreux pillages de son scénario (aujourd’hui fort prévisible par conséquent !), LES CHASSES DU COMTE ZAROFF demeure un modèle de série B bien menée et efficace. Le métrage développe une intrigue carrée et nerveuse sans perdre la moindre minute en explication superflues ou en sous-intrigues inutiles. Une fois les bases du récit établis (au terme d’une petite demi-heure), la chasse proprement dite commence et occupe tout le reste du temps de projection, le métrage durant seulement 62 minutes (un quart d’heure ayant été coupé pour des raisons de censure) bien serrées.

Bien sûr tout n’est pas parfait. On eut aimé, par exemple, que la chasse dure un peu plus longtemps et développe l’angoisse de ces personnages piégés sur cette île perdue aux mains d’un redoutable sadique. Mais les cinéastes ont choisis la voie de l’efficacité et maintiennent un rythme trépidant (à l’image de KING KONG, le film ne prend jamais le temps de ralentir !) en resserrant au maximum l’intrigue pour ne pas laisser souffler le spectateur. Une manière également de l’empêcher de s’attarder sur certains détails pour lui permettre de s’immerger dans un récit haletant.

Au niveau de l’interprétation Fay Wray se défend honnêtement, tout comme Joel Mc Crea même si son personnage n’est guère développé. Le jeu très chargé et excessif de Leslie Banks fonctionne également, dans les limites de son antihéros sadique, mais on sera davantage réservé sur la prestation très cabotine de Robert Armstrong, censé apporter une dimension humoristique, laquelle se révèle inutile à cette intrigue tendue et stressante. L’ironie mordante teintée d’humour noir (le futur chassé se réjouissant de ne pas connaître l’angoisse de la proie peu avant de tomber dans les mailles de Zaroff !) étant bien plus efficace et moderne, tout comme certaines discussions sur la nature de l’Homme, définitivement considéré non seulement comme un animal mais encore comme la plus redoutable créature arpentant la Terre.

Réalisé dans les décors du futur KING KONG, le métrage utilise efficacement les contraintes de son budget restreint et offre un beau dépaysement en suivant les proies de Zaroff dans cette jungle de belle facture. Traversée de terrains hostiles, brouillard menaçant, chute d’eau grondante, meute de chiens féroces,…le spectacle est assuré et la caméra cadre très professionnellement l’aventure! N’hésitant pas, non plus, à proposer des scènes choquantes (pour l’époque évidemment !), LES CHASSES DU COMTE ZAROFF ne ménage pas son public en lui offrant des têtes tranchées en guise de trophée, des naufragés dévorés par des requins, des attaques de chiens et des affrontements virils où tous les coups sont permis, y compris planter une flèche dans le dos de son adversaire.

Plus de 75 ans après sa réalisation, LES CHASSES DU COMTE ZAROFF reste donc une des productions les plus réussies, intelligentes et divertissantes du cinéma d’épouvante. Une œuvre essentielle à la descendance (fut-elle bâtarde !) innombrable qui s’impose comme le prototype même du survival.

Un classique, un vrai !

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009