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Alors qu'il visite les sex-shops et autres cinémas X de Pigalle, Seymour Love, un sexologue renommé, aborde la jeune Misty Beethoven. Il juge cette dernière aussi belle que dénuée de talent pour l'amour physique et il se propose de l'instruire dans ce domaine. Après une certaine hésitation, Misty accepte et commence son instruction en compagnie de Seymour et de son amie Géraldine. Cette adaptation hard du mythe de Pygmalion (et donc de MY FAIR LADY) fut tournée à la grande époque du cinéma porno, lors des glorieuse années où le genre se devait de posséder un véritable scénario, une mise en scène travaillée et même des interprètes raisonnablement doués. Un temps aujourd'hui complètement révolu. Le secret de la réussite du métrage réside tout d'abord dans la réalisation de Henry Paris, alias Radley Metzger, un des cinéastes les plus réputés ayant œuvré dans le hard, livrant entre autre une adaptation du roman L'IMAGE de Catherine Robbe-Grillet et une version du fameux canular littéraire NAKED CAME A STRANGER. Paris sait manifestement raconter une histoire et la mettre en images avec un talent qui, depuis, s'est complètement (ou presque) perdu dans le domaine du X. Car la grande période pour ce genre fut incontestablement les années 70, au cours desquels virent le jour un certain nombre de films réellement intéressants et bien ficelés. Bien sûr, l'arrivée de la vidéo au début des années 80 signa la mort du cinéma porno en tant que tel, ne laissant ensuite que des productions vidéos interchangeables shootées en un ou deux jours par des équipes d'amateurs. THE OPENING OF MISTY BEETHOVEN, lui, fut tourné sur près d'un an et dans de nombreux endroits d'Europe (Genève, Paris, Rome) et des Etats-Unis. Les décors, eux aussi, sont véritablement étudiés, adaptés à l'ambiance étrange baignant plusieurs séquences, offrant une apparence artistique allant parfois vers des décors froids qui rappellent un peu ceux d'ORANGE MECANIQUE. Si le scénario de ce métrage n'est pas vraiment original, puisque nous avons déjà signalé qu'il s'agit d'un remake à peine déguisé de MY FAIR LADY, il faut avouer que l'intrigue fonctionne bien et permet une authentique progression allant jusqu'à une conclusion ironique assez savoureuse. Dans ce contexte, les scènes pornographiques s'insèrent adroitement à l'histoire et évitent l'impression de "pièces rapportées" si courante dans le genre. Henry Paris démontre également ses capacités à filmer aussi bien les séquences "classiques" que les passages "hard-core", un fait assez rare tant les personnalités intéressantes du X s'avèrent bien souvent incapables de mettre en scène les passages dialoguées et ne révèlent leur inventivité que durant les moments crus, une tendance observée par exemple chez Gregory Dark. Au niveau des acteurs, THE OPENING OF MISTY BEETHOVEN donne la vedette à Jamie Gillis et Constance Money. Le premier appartient aux rares légendes masculines de la profession, ayant traversé près de trois décennies, et se caractérisant par ses capacités d'interprètes quasiment uniques: Jamie Gillis est, tout simplement, un des seuls acteurs véritablement capables de jouer la comédie dont l'essentiel de la carrière (près de 500 titres!) a été dévolu au porno. Constance Money, pour sa part, était à l'époque une jeune débutante pleine de fraîcheur et d'énergie qui fit une carrière éclair avant de se retirer du circuit au bout de 8 métrages dont aucun ne parvint à égaler ce MISTY BEETHOVEN.
Participe également à la réussite du produit une bande sonore particulièrement inspirée, sorte de rock expérimental ou psyché, dont certains thèmes rappellent vaguement l'un ou l'autre classiques (le morceau phare à une intro un peu similaire au "Pinball Wizard" des Who et certains riffs évoquent Black Sabbath) mais s'élèvent à des kilomètres au-dessus des boum tchic tchac qui constituent les "musiques" en vogue dans la vidéo hard des années 2000 et suivantes. Quelques mélodies classiques sont également présentes, comme le très emphatique "William Tell Ouverture" de Rossini, déjà utilisé dans le précité ORANGE MECANIQUE et aujourd'hui largement recyclé comme sonnerie de téléphone portable. Les scènes hard (ah oui, on finirait par oublier que nous sommes dans un porno!) sont assez nombreuses, dans la tradition des seventies: beaucoup de courtes séquences plutôt joyeuses privilégiant les plans larges et n'usant des gros plans gynécologiques qu'avec parcimonie. Elles sont bien filmées et agréables à l'œil, sans être particulièrement mémorables, à l'exception notable de l'avant-dernière, un trio (deux filles, un homme) qui se termine par la prise en sandwich du partenaire masculin à l'aide d'un gode ceinture. Du jamais vu pour un X hétéro de cette époque, au point que la séquence (avec le hardeur gay Casey Donovan depuis mort du Sida). La toute dernière scène voit l'héroïne, après 80 minutes de chassé-croisé, faire enfin l'amour de manière assez sensuelle avec son Pygmalion de Jamie Gillis. Avouons toutefois que, dans l'ensemble, les scènes hard ne sont pas franchement excitantes, à croire que l'important, pour Henry Paris, n'était pas là. Mais c'est un reproche couramment adressé aux pornos des seventies, y compris les meilleurs et le film n'en devient jamais ennuyeux pour autant. L'autre grande particularité de THE OPENING OF MISTY BEETHOVEN réside dans l'humour continuel (et efficace!) dont le métrage fait preuve, permettant une série de répliques amusantes. En voici quelques unes:
Beaucoup d'autres lignes de dialogues sympathiques et humoristiques parsèment le métrage, au point qu'on peut carrément le considérer comme un film comique. Les séquences de l'avion, avec ces hôtesses de l'air entreprenantes soucieuses de leurs passagers ("donc, on résume, première classe, non fumeur, nourriture non végétarienne et sexe") offrent même des moments complètement burlesques assez irrésistibles. D'ailleurs, avec quelques coupes, THE OPENING OF MISTY BEETHOVEN aurait donné une comédie érotique grand public et raffinée. Henry Paris a choisi la voie du hard-core mais avec une classe certaine, au point qu'il s'agit d'un des rares titres du genre à bénéficier de critiques élogieuses auprès des professionnels non spécialisés. Ce fut aussi un véritable cult-movies, projeté dans certains cinémas américains pendant des années, puis récupéré par le public estudiantin, donnant même lieu, apparemment, à des séances avec une participation active du public dans la lignée du ROCKY HORROR PICTURE SHOW…En plus chaud, on l'imagine. Quoiqu'il ait aujourd'hui vieilli, THE OPENING OF MISTY BEETHOVEN demeure un bel exemple de film érotique et pornographique de qualité, même si il plaira sans doute davantage aux cinéphiles qu'aux inconditionnels de la vidéo hard-crad amateur. |
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Fred Pizzoferrato - Décembre 2007 |
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