THE RAGE
Titre: Robert Kurtzman's The Rage
Réalisateur: Robert Kurtzman
Interprètes: Andrew Divoff

 

Misty Mundae [Erin Brown]
Ryan Hooks
Sean Serino
Reggie Bannister
Rachel Scheer
Anthony Clark
Année: 1977
Genre: Horreur / Gore
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Robert Kurtzman fut longtemps membre du trio KNB, des spécialistes des effets de maquillages horribles ayant travaillés sur une foule de classiques des années 80. Kurtzman a ainsi fait couler le sang pour des titres comme EVIL DEAD 2, FREDDY 5, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE 3 et HALLOWEEN 5 avant de fréquenter les plus fortunés L’ANTRE DE LA FOLIE, VAMPIRES, UNE NUIT EN ENFER ou même VANILLA SKY et BAD BOYS 2.

Bien sûr, comme tant d’autres maquilleurs (Tom Savini et John Carl Buechler en tête), Kurtzman voulait surtout devenir cinéaste et, après l’anecdotique THE DEMOLITIONNIST, il eut la chance de mettre en boite le premier épisode des aventures meurtrières du WISHMASTER en 1997. En dépit de ce modeste mais sympathique succès dans sa besace, Kurtzman attendit pourtant dix ans avant de reprendre la caméra, pour les besoins de BURIED ALIVE et ce THE RAGE, tous deux sortis en 2007.

L’intrigue de THE RAGE n’est pas franchement originale : le docteur Viktor Vasilienko a découvert un remède pour guérir le cancer mais son unique récompense est de finir en prison, les autorités de son pays, associés aux industries pharmaceutiques, préférant continuer à engranger beaucoup d’argent sur le dos des malades. Le savant finit par s’évader et tente d’aider l’Humanité mais nul ne croit son histoire. Ravagé par la haine et assoiffé de vengeance le médecin décide alors de développer une nouvelle maladie, une sorte de rage se répandant avec une vivacité surprenante. Les personnes contaminées deviennent aussitôt des cinglés cannibales prêts à dévorer tout ce qui bouge. Vasilienko espère toutefois mettre au point un antidote mais est à son tour mordu par un des cobayes, lequel s’échappe et infecte quelques individus, lesquels sont dévorés par des vautours. Nos oiseaux deviennent alors de terribles monstres mutants volants qui agressent une joyeuse bande de fêtards en vadrouille.

En dépit d’une trame assez déjantée, THE RAGE ne cherche aucunement l’originalité et se contente d’enfiler les situations attendues et les scènes prévisibles sans se prendre au sérieux. L’humour, volontiers référentiel, donne donc dans les répliques classiques qui sont autant de clin d’œil aux fans du genre. Un des personnage déclare : « j’ai déjà vu des centaines de films d’horreur et prendre un raccourci n’est jamais une bonne idée », ce qui n’empêche pas la joyeuse bande de jeunes de s’aventurer en des terres inhospitalières. Un second degré parfois sympathique pour un film dans lequel les protagonistes semblent conscients d’agir comme des teenagers stupides de séries B… mais ne changent pas leur comportement pour autant.

Pour rester dans le convenu, THE RAGE joue sur les inévitables flirts entre sa poignée de grands gamins, la présence d’une allumeuse de première (« je suis chaude comme la braise ») n’arrangeant pas les choses. On note même un rapprochement lesbien (avec Misty Mundae au casting, Kurtzman n’allait pas s’en priver) mais celui-ci reste pratiquement inexploité, THE RAGE jouant peu la carte de l’érotisme et se contentant de quelques plans nichons gentillets.

Les interprètes, pour leur part, s’avèrent plutôt médiocre, le casting étant composé de débutants, à l’exception des vétérans Andrew Divoff (WISHMASTER) et Reggie Bannister (PHANTASM). Le premier se contente d’incarner une très traditionnelle figure du mal, sans la moindre subtilité, même si ses dialogues mégalomanes et anticapitalistes pourront amuser aux plus conciliants. Sa composition, toute en cabotinage et en départ en vrille, reste pourtant un des rares points positifs du métrage. Bannister, pour sa part, effectue une apparition anecdotique qui ne fera certainement pas date dans les annales du cinéma d’horreur. Enfin, le rôle principal féminin est tenu par une inconnue nommée Erin Brown…enfin, inconnue pas tout à fait puisqu’il s’agit en réalité de la jolie Misty Mundae, spécialiste des détournements érotiques lesbiens d’œuvres connues (EROTIC WEREWOLF IN LONDON, EROTIC WITCH PROJET, LORD OF THE G-STRINGS, SPIDERBABE,…). Malheureusement Erin Brown se montre bien plus sage que son alter-ego Misty Mundae et, quoique son personnage soit défini comme bisexuel, THE RAGE restera très réservé à ce sujet, la belle gardant même ses vêtements durant la totalité du métrage. Un exploit !

Au niveau cinématographique, THE RAGE s’apparente davantage à un délire imaginé par une bande de copains qu’à un futur pilier de cinémathèque. La mise en scène se révèle ainsi fort approximative et l’ensemble possède un côté très amateur accentué par la photographie vidéo souvent hideuse. Une esthétique très pauvre, en particulier dans les séquences d’intérieur qui ressemblent malheureusement à une vidéo X shootée avec les moyens du bord. Pas très attrayant à regarder.

Malgré tous ces défauts THE RAGE parvient néanmoins à sauver un minimum les meubles en proposant une suite de carnages et de mutilations pratiquement ininterrompues. Si les vautours mutants en images de synthèses sont peu convaincants et si les giclées de sang synthétiques font souvent peines à voir, la majorité des maquillages réalisés à l’ancienne sont, eux, pleinement réussis. L’expérience de Kurtzman dans le domaine des effets spéciaux s’avère donc payante tant les démembrements et autres corps déchiquetés sont nombreux et réalistes. A ce niveau, THE RAGE ne déçoit pas et offre au spectateur une véritable boucherie digne des œuvres de jeunesse de Peter Jackson (BAD TASTE), Stuart Gordon (RE-ANIMATOR) ou Sam Raimi (EVIL DEAD) tout en versant même dans des excès bis typiques des métrages gore italiens du début des années 80. Même les personnages habituellement épargnés (comprenez le tonton débonnaire et les gamins tout mignons) y sont réduit en sauce bolognaise avec une hargne quasiment inédite ou, en tout cas, peu vue au cours des deux dernières décennies.

Dommage que le tournage à la va-vite et la mise en scène abusant de la « shakycam » pour donner davantage de dynamisme aux attaques entraînent souvent une action confuse, voire illisible, dans laquelle surnage uniquement des membres sectionnés et des jets de sang. Des passages voulus nerveux qui ressemblent hélas à des ersatz mal ficelés de 28 JOURS PLUS TARD. Mais, dans l’ensemble, le quota de gore s’avère largement atteint et plaira aux nostalgiques.

Métrage sympathique de part ses ambitions mais finalement peu convaincant au vu du résultat, THE RAGE peine à obtenir une moyenne objective mais pourra toutefois amuser les inconditionnels du gore ne cherchant rien d’autre qu’une petite série B (disons Z) rythmée, courte (80 minutes) et relativement efficaces dans sa volonté d’offrir un carnage continuel autour d’une intrigue prétexte.

Les cinéphiles moins porté sur la barbaque, la tripaille et l’hémoglobine peuvent, pour leur part, s’abstenir sans regret.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2009