LES RUINES
Titre: The Ruins
Réalisateur: Carter Smith
Interprètes: Jonathan Tucker

 

Jena Malone
Laura Ramsey
Shawn Ashmore
Joe Anderson
Sergio Calderón
 
Année: 2008
Genre: Horreur / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Petite production horrifique (Ben Stiller a avancé les fonds !) que l’on pourrait rapidement catalogué comme un énième survival, LES RUINES mérite cependant bien davantage que cette étiquette réductrice. Les spectateurs lassés des excursions chez les tarés homicides à la mode LA COLLINE A DES YEUX, THE DESCENT ou DETOUR MORTEL peuvent donc jeter un œil sur ce titre qui propose un monstre encore peu exploité au cinéma : la plante carnivore géante.

Adapté d’un roman de Scott Smith (lequel avait précédemment écrit le roman à l’origine de l’excellent UN PLAN SIMPLE de Sam Raimi), LES RUINES commence de manière très classique en nous présentant une poignée de personnages assez stéréotypés. De beaux gosses et de belles poupées en vacances au Mexique glandouillent autour d’un cocktail lorsqu’ils rencontrent un type leur proposant de visiter un temple Maya perdu dans la jungle. D’abord hésitant nos Américains se laissent finalement convaincre qu’un peu de culture ne peut pas leur faire de mal et, pour le dernier jour de leur séjour, les voilà en admiration devant une pyramide séculaire. Mais ils ignorent que ce lieu est maudit : une plante géante pousse sur les ruines et veut leur peau…Avec la complicité des villageois locaux rassemblés pour le sacrifice.

LES RUINES déroule une intrigue assez simple qui rappelle certains titres récents comme HOSTEL ou PARADISE LOST. Le film propose en effet une galerie d’Américains plutôt antipathiques dont les seuls centres d’intérêt semblent être de boire, de baiser et de se comporter partout en terrain conquis. Inutile de dire que chacun possède un physique avantageux de mannequin pour publicité télévisée et dispose d’un paquet d’argent à dépenser sans compter. Nos Américains vont bientôt se voir confronter à une population hostile et à une menace redoutable, apprenant à leurs dépends qu’une carte American Express ne résout pas tous les problèmes dans certains coins du monde.

Bref, rien de bien neuf et la première demi-heure du film s’avère d’ailleurs un peu lassante tant les situations décrites ont été vues et revues ces dernières années. Dommage aussi de ne pas échapper à ces bimbos en bikini et ces bellâtres adeptes de la blague potache et du pari stupide, à croire que tous les jeunes Américains calquent leur comportement sur celui des héros de PORKY’s ou d’AMERICAN PIE.

Le reste du métrage n’offrira pas vraiment de surprise mais sera néanmoins bien plus intéressant. Très prévisible, le scénario demeure pourtant et paradoxalement agréable à suivre, dans la lignée des thrillers fatalistes à la OPEN WATER. L’issue de ces RUINES paraît évidente dès le départ et aucun twist ne viendra – heureusement - bouleverser ce déroulement classique mais angoissant, pour ne pas dire déprimant. Les protagonistes ne feront donc pas grand-chose, se contentant d’attendre un secours qui ne viendra jamais en se répétant que « des touristes américains ne peuvent pas disparaître ainsi quand même ». Ben si…Pourtant, cette impression d’inéluctabilité s’avère franchement intéressante si on fait l’effort de s’intéresser un minimum aux personnages et à leurs souffrances. Car, peu à peu, l’horreur se développe même si elle reste toujours en retrait : la plante pèse de sa présence mais ne se livre pas à des attaques spectaculaires, à l’exception de branches agressives rappelant la plus fameuse scène de EVIL DEAD, celle du viol végétal d’une des demoiselles perdues au fond des bois.

La peur et l’horreur s’immiscent peu à peu dans le groupe et cet impressionnante créature végétale provoque quelques scènes réellement vomitives. Os brisés à coup de pierre et jambes sectionnées au couteau de chasse, automutilations frénétiques, gamin abattu d’une balle dans la tête…Des passages cruels et efficaces qui interviennent en véritables électrochoc dans un métrage sinon davantage préoccupé d’instaurer une tension palpable de part les relations entre les membres de ce petit groupe, confrontés à une mort absurde et pourtant inévitable. On pense aussi au sketch de CREEPSHOW détaillant un pauvre type joué par Stephen King peu à peu contaminé par une plante extraterrestre et qui choisit finalement le suicide comme seul échappatoire. Bref, nous sommes loin d’un gore joyeux et folichon mais cette option « dépressive » fonctionne tout au long du métrage et ne dévie jamais de ce parti-pris un peu casse-gueule.

Carter Smith, nouveau venu dans le cinéma de genre, réussit donc son pari en maintenant l’intérêt avec une intrigue simple et une unité de temps, d’action et de lieu digne du théâtre classique. L’objectif des RUINES est donc de faire peur et d’écoeurer et ces ambitions limitées ne doivent nullement faire fuir le spectateur tant il est salutaire de s’offrir ainsi un véritable film d’horreur refusant de se dissimuler derrière de pseudo alibis intellectuels.

Bien ficelé, rythmé, court (moins de 80 minutes), efficace, effrayant et sanglant, LES RUINES ne révolutionne aucunement le cinéma d’épouvante mais se révèle une excellente série B à déguster sans réserve.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2009