LA POSSEDEE
Titre: L'Ossessa / The Sexorcist
Réalisateur: Mario Gariazzo
Interprètes: Stella Carnacina

 

Chris Avram
Lucretia Love
Ivan Rassimov
Gabriele Tinti
Luigi Pistilli
Gianrico Tondinelli
Année: 1974
Genre: Fantastique / Horreur / Erotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Le succès planétaire de L’EXORCISTE ne pouvait laisser indifférents les Italiens, grand pourvoyeur de cinéma d’exploitation dans les années ’70 et ce film le prouve une nouvelle fois, après le similaire L’ANTE-CHRIST.

Sorti aux Etats-Unis sous le titre éminemment évocateur de « The Sexorcist » (et, plus tard, sous celui, beaucoup plus fantaisiste, de « The Eerie Midnight Horror Show » avec une illustration marchant sur les plates-bandes du cultissisme ROCKY HORROR PICTURE SHOW), ce décalque accentue, bien évidemment, l’aspect érotique de la possédée. Cette dernière, pour éviter tout problème de censure, se révèle d’ailleurs plus âgée que Regan dans le chef d’œuvre de William Friedkin et a même droit à une étreinte fougueuse de la part de Satan en personne.

Denila, une étudiante en arts d’une vingtaine d’années, restaure une très ancienne statue, celle d’un des voleurs crucifiés aux côtés de Jésus. Ramenant la relique chez elle, Denila la voit soudain s’animer. La créature maléfique viole alors la jeune femme qui, par la suite, laisse libre cours à ses besoins sexuels réprimés. Ses parents, dépassés par les événements, finissent par se tourner vers l’Eglise. Après une courte enquête, les autorités ecclésiastiques se prononcent en faveur d’un exorcisme…

Le principal intérêt de LA POSSEDEE réside dans sa première moitié, effective et même relativement originale dans ses tentatives d’apporter un soupçon de nouveauté à une formule qui autorise hélas peu de variation. Le film introduit, par exemple, le concept intéressant d’une statue possédée prenant vie pour violer l’héroïne. Un passage surprenant typique, dans ses excès et ses audaces, du cinéma italien des seventies.

Malheureusement, la seconde moitié du film s’avère très décevante et se contente de reprendre, à l’identique, les scènes clés de L’EXORCISTE. Un catalogue de cliché qui comprend des parents divorcés complètement déboussolés, l’échec de la médecine et de la psychiatrie, l’intervention de l’Eglise et, enfin, la venue d’un ermite capable de pratiquer un exorcisme salvateur. Linéaire et convenu.

Provenant d’un pays fort imprégné de catholicisme, le sous-texte de LA POSSEDEE peut, de prime abord, surprendre, tant le cinéaste illustre, avec une certaine complaisance, le conflit intérieur d’un prêtre tenté par les plaisirs de la chair. La demoiselle sous l’emprise de Satan semble, de son côté, éprouver envers la sexualité un curieux mélange de fascination et de répulsion. En effet, la jeune femme aux désirs réprouvés parait envieuse de la sexualité débridée de sa mère, laquelle se livre à des actes masochistes en compagnie de son amant et prend plaisir à la flagellation. Un psychanalyste n’aurait sans doute aucune difficulté à expliquer la véritable hystérie qui s’empare de la « possédée », laquelle se masturbe énergiquement et sombre dans la folie. Au final, la demoiselle, totalement soumise à ses pulsions libidinales libérées, fuit dans les rues, le corps couvert de stigmates christiques.

Désireuse de consommer son Œdipe et d’attirer l’attention de son paternel, la « possédée » l’aguiche sans vergogne et le supplie de lui faire l’amour. « Viens à mois, l’inceste n’existe pas, ce n’est qu’une invention de la religion », déclare t’elle à son père dépassé par les événements. Cependant, aucune thérapie ne peut être envisagée puisque nous sommes dans un film d’exploitation horrifique italien : l’unique recours réside l’Eglise rédemptrice et plus précisément dans un prêtre capable de pratiquer le grand exorcisme.

Le long-métrage, comme bien d’autre traitant de la possession, se montre par conséquent schizophrène : après avoir questionné le christianisme et la réalité effective du démon durant sa première heure il se tourne, au final, la puissance divine purificatrice. Lors du très attendu climax, en effet, la religion triomphe de la possédée, à grand coup de « Vade retro Satanas » et de crucifix brandit par l’exorciste prêt à donner sa vie pour délivrer l’âme menacée de la nymphette. Le brave curé, à l’image de son collègue de LA MAISON DE L’EXORCISME, verra pourtant sa foi vaciller sous les assauts sensuels et aguicheurs de la très entreprenante possédée. Le masochisme intervient d’ailleurs une nouvelle fois dans l’intrigue lorsque le prêtre, pour résister aux démons de la chair, peut-être finalement plus réels que les anges déchus de sa religion, se flagelle les épaules avant de se confronter à Satan.

Dans le rôle principal, Stella Carnacina s’en sort honorablement et livre une prestation essentiellement physique qui lui permet surtout de hurler et d’aguicher les mâles passant à sa portée. Le cinéaste insiste bien évidement sur l’érotisme des situations mais, malheureusement, demeure timoré. A dire vrai l’aspect sexy, pourtant affiché et revendiqué, reste insuffisamment développé pour conférer un véritable intérêt au film. La meilleure scène érotique concerne, par ailleurs, la mère de l’héroïne, interprétée par Lucretia Love (UN SUSURRO NEL BUIO, THE ARENA) qui reçoit une flagellation à coup de roses par son amant, joué par l’inévitable Gabrielle Tinti (EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES, REVOLTE AU PENITENICER DE FILLES). De son côté, l’inégal Ivan Rassimov (LA SECTE DES CANNIBALES, BODY COUNT) cabotine de manière plus ridicule qu’effrayante dans le rôle de Satan en personne. Enfin, Luigi Pistilli, familier du western italien, tente de donner le change en exorciste fatigué et accomplit un boulot honnête mais sans éclat.

La mise en scène de Mario Gariazzo, tâcheron du bis ayant rarement convaincu (AQUASANTA JOE, AMAZONIA L’ESCLAVE BLONDE ou le lamentable giallo porno PLAY MOTEL), est, pour sa part, peu inspirée. Le cinéaste échoue à donner une véritable cohésion à ce titre bâti de bric et de broc sur une succession de saynètes variablement intéressantes et destiné, avant tout, à grappiller quelques miettes du succès de L’EXORCISTE.

Si LA POSSEDEE garde un certain charme par sa première partie relativement originale, le long-métrage dans son ensemble apparaît médiocre et sans surprise. Sa courte durée (à peine une heure et vingt minutes) en rend toutefois la vision supportable pour les inconditionnels de l’épouvante italienne des seventies mais, pour la plupart des spectateurs, le film offre peu d’intérêt. Ce décalque routinier d’un classique absolu du cinéma fantastique ne s’élève, en résumé, jamais au-dessus d’une sympathique mais décevante curiosité.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012