LE CHATEAU DE LA TERREUR
Titre: The Terror / Castle of Terror
Réalisateur: Roger Corman
Co-réal: Francis Ford Coppola, Jack Nicholson, Monte Hellman, Jack Hill, Jack Hale, Mark Griffith & Dennis Jacob
Co-real: Scènes additionnelles tournées par Louis Morneau.
Interprètes: Boris Karloff

 

Jack Nicholson
Sandra Knight
Jonathan Haze
Dick Miller
 
 
Année: 1963
Genre: Epouvante
Pays: USA
Editeur  


Critique:

LE CHÂTEAU DE LA TERREUR est une production de série, officiellement signée par Roger Corman, mais à laquelle ont contribué de nombreux grands noms de Hollywood, dont Monte Hellman, Jack Nicholson et Francis Ford Coppola. Evidemment, ce vieux picsou de Corman flaire la bonne affaire et exploite le film une nouvelle fois, trente ans après sa réalisation, en mettant en avant les célèbres collaborateurs ayant participé à sa confection. Pour lier un ensemble incohérent, Corman confie alors quelques scènes additionnelles à un de ses réalisateurs attitrés (un "yes man" dit-on en Asie!) et ressort le tout pour grappiller quelques dollars. Une belle histoire!

Le spectateur, pour sa part, contemple avec ennui cette histoire de malédiction post mortem. Elle aurait mérité sa place parmi les adaptations d'Edgar Allan Poe commises par le cinéaste si la qualité était au rendez-vous. Or, ici, on frôle le naufrage. Le scénario est lancinant, l'horreur se limite à deux brèves séquences et la seule surprise provient d'une inondation finale remplaçant le traditionnel incendie, coutumier des productions Corman de cette époque.

En réalité, LE CHÂTEAU DE LA TERREUR n'existe que suite aux économies effectuées durant le tournage du CORBEAU, la précédente adaptation de Poe par Corman. Voici le cinéaste pingre confronté à la réalité: il vient de finir un film ayant nécessité la construction d'un beau petit décor de château, Boris Karloff peut rester sur les plateaux deux jours de plus et toute l'équipe a la possibilité de participer à un nouveau long métrage à condition de s'investir intensément durant le temps de tournage nécessaire…soit 2 jours et un week-end supplémentaire pour finaliser l'ensemble. Seule solution, demander au scénariste Leo Gordon d'emballer très rapidement un scénario…si rapidement en fait que le bonhomme écrit son intrigue au fil de la plume et que l'encre n'a pas le temps de sécher que Corman s'en empare pour tourner, vaille que vaille, une suite de scènes disparates.

Avec l'aide de ses réalisateurs de seconde équipe (une belle brochette de futurs "noms" de Hollywood), Corman boucle finalement un fatras incohérent qui, au terme de neuf mois de montage et de bricolage deviendra finalement LE CHÂTEAU DE LA TERREUR. Tout commence, refrain connu, par l'arrivée d'un lieutenant de l'armée napoléonienne, André Duvalier (Jack Nicholson), au pied d'un étrange château (de la terreur, donc) habité par le mystérieux Baron Victor von Leppe (Boris Karloff) et son serviteur, Stephan (l'inévitable Dick Miller). Le Baron a assassiné sa seconde épouse, Ilsa, après avoir découvert qu'elle le trompait avec un certain Eric. Or, Ilsa veut bien évidemment se venger, par l'entremise d'une séduisante demoiselle nommée Hélène. Mais en réalité (let's twist again!) le Baron n'est pas le Baron, il s'agit en fait du jeune Eric qui, après avoir tué le Baron, a sombré dans une sorte de folie et, rongé par la culpabilité, a endossé la personnalité de sa victime!

Petite production au budget minuscule, LE CHÂTEAU DE LA TERREUR ne parvient évidemment jamais à dissimuler ses origines, à savoir une suite de scènes sans queue ni tête qui semblent tirées de toutes les précédentes adaptations de Poe pour aboutir à un vaste foutoir. L'accumulation de rebondissements permet aux spectateurs de ne pas complètement s'ennuyer mais dissimule fort mal le manque de cohérence et de cohésion de ce château…de cartes toujours à deux doigts de s'effondrer.

Complètement recyclées des précédents métrages, les différentes séquences utilisent des schémas narratifs éculés et des décors déjà vus et revus, donnant à l'ensemble une impression de bric à brac horrifique à la fois fascinant (le sens de l'économie est poussé à un paroxysme complet) et décevant. Boris Karloff livre la meilleure performance possible compte tenu des conditions de tournage et le débutant Jack Nicholson fait lui aussi son possible sans parvenir à convaincre réellement. L'ensemble ne parvient guère à passionner, en dépit des efforts de Corman pour donner un semblant de soin à ce produit définitivement médiocre.

LE CHÂTEAU DE LA TERREUR est donc une curiosité pratiquement irregardable et l'histoire de sa conception s'avère finalement bien plus passionnante que son scénario proprement dit. Le film en lui-même peut donc s'oublier sans regrets.

Fred Pizzoferrato - Juin 2007