THE THING (La Chose)
Titre: The Thing
Réalisateur: John Carpenter
Interprètes: Kurt Russell

 

Wilford Brimley
Richard Dysart
Richard Masur
Donald Moffat
 
 
Année: 1982
Genre: Science-Fiction / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
6 /6
Critique:

Le remake de John Carpenter du classique LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE de Christian Nyby (et Howard Hawks) fut un échec à sa sortie. Laminé par la critique, dédaigné par le grand public, THE THING ne bâtit sa réputation que lors de sa sortie en vidéo. Le métrage eut également la malchance de sortir au moment du raz-de-marée E.T. et les hordes de spectateurs ayant adorés la parabole pacifique et quasi-christique de Steven Spielberg n'apprécièrent pas le démenti rageur de John Carpenter : non, les extra-terrestres ne sont pas tous gentils et certains sont même carrément des monstres prêts à conquérir le monde.

Pour son scénario, Bill Lancaster se base sur une nouvelle des années '30 ("Who Goes There?" de John W. Campbell) et lui applique un traitement à la fois fidèle, radical et pratiquement lovecraftien. Le casting, solide, est exclusivement masculin et dénué de la dose d'aventures et d'héroïsme présents dans la version originale du récit. Carpenter suit donc les pas d'une bande de scientifiques désoeuvrés, isolés en plein Antarctique. Plus de soldats, plus de jolies demoiselles, juste cette poignée de types mal rasés qui occupent leurs journées à boire, fumer des joints, jouer aux échecs avec un ordinateur ou revoir pour la Xème fois de vieilles émissions de télé sur K7 vidéo.

Une situation rapidement troublée lorsque débarque une bande de Norvégiens en hélicoptères bien décidés à tuer un chien de traîneau. Après qu'un des Norvégiens ait accidentellement blessé le météorologiste Bennings, il est abattu par Garry, le chef de la station. Le husky, pour sa part, est recueilli par Clark. Les Américains ignorent qu'il est déjà trop tard: la chose est entrée dans la base…

Si THE THING reste encore un monument d'efficacité ce n'est pas tellement à son intrigue qu'il le doit mais bien à cette ambiance de tension palpable et de paranoïa grandissante, formidablement mise en scène par John Carpenter. Au fil du métrage chacun commence à soupçonner l'autre, cet "inévitable étranger", qu'il n'est plus vraiment ce qu'il semble être…Il a pu être contaminé par cette "chose" extra-terrestre, pas réellement mauvaise mais qui, veut, simplement…survivre!

Mélange exceptionnel d'horreur, de suspense et de science-fiction (sans négliger un aspect "whodunit" décrit dans les bonus comme "une sorte de Dix Petits Nègres version gore"), THE THING doit également une partie de sa réputation à ses effets spéciaux. Lesquels sont hallucinants et restent, à l'heure des images de synthèse, totalement crédibles et souvent fort sanglants. Rob Bottin, alors âgé de 22 ans, a créé une série d'effets répugnants et formidables qui donnent vie à une suite de transformations et de monstruosités dignes des nouvelles les plus excessives de Lovecraft.

Le vétéran Albert Whitlock (qui a travaillé sur la plupart des films d'Hitchcock à partir des OISEAUX) s'est chargé, lui, des effets visuels et en particulier des nombreux matte-paintings indiscernables qui confèrent à THE THING une part de sa majesté. Et, n'oublions pas, non plus, la partition très synthétique, rythmique et peu mélodique mais pourtant mémorable, de Ennio Morricone qui ajoute à l'atmosphère tendue. Car Carpenter parvient à capturer, en réalité, la peur de l'inconnu et de la contamination. En ce sens si LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE était un des premiers films de science-fiction utilisant la crainte d'une invasion communiste, alors THE THING est totalement précurseur des années Sida, la "chose" se transmettant via le sang, les tissus, etc. Une idée patente lors du "test sanguin", lorsque chacun attend, avec une expression anxieuse, les résultats du test et se désolidarise des personnes manifestement infectées.

Malgré un rythme alerte, les douze personnages sont cernés avec précision et Carpenter ne perd pas une minute à nous abreuver de détails techniques ou d'explications superflues. Contrairement à de trop nombreux métrages enlisés dans une fastidieuse présentation, l'action, ici, démarre immédiatement et la tension va crescendo jusqu'à la scène finale délibérément "downbeat", à l'opposé du happy-ending coutumier de ce genre de scénario.

Alors que le spectateur s'attend à une confrontation finale du dernier rescapé et de "la chose" (sur le modèle de ALIEN, par exemple), il se retrouve avec une interrogation laissée en suspens. Une finale pessimiste qui s'adresse aussi au public en lui disant, grosso modo, qu'il ne suffira pas toujours de "se montrer vigilant" (comme le prétendait la version 1951) et que, malgré tous ses efforts, l'Homme pourrait se voir anéanti par un ennemi invincible, protéiforme et indestructible. Un virus, peut-être?

THE THING est donc un modèle d'efficacité, qu'on le prenne à la manière d'une "simple" machine à faire peur ou à la façon d'une mise en garde sur les dangers qui nous menace et les limites de la science.

Le DVD propose en outre de nombreux bonus passionnants: archives, notes de production, story-board, commentaire audio (par Carpenter et Russell), scènes coupées, etc. Sans oublie une bande-son anglaise en 5.1. et un superbe et très riche documentaire de 80 minutes qui nous explique en long et en large l'histoire du projet. Indispensable!

Fred Pizzoferrato - Mars 2007