THE UNCANNY / THE CATS KILLERS / LES CHATS DU DIABLE
Titre: The Uncanny
Réalisateur: Denis Héroux
Interprètes: Peter Cushing

 

Ray Milland
Donald Pleasence
Samantha Eggard
John Vernon
Susan Penhaligon
Alexandra Stewart
Année: 1977
Genre: Fantastique / Horreur / Film à sketches
Pays: Canada
Editeur  
Critique:

Cette anthologie horrifique constitue un des derniers avatars de la vague des films à sketches, populaires durant les années ’70 via des réussites comme ASYLUM ou HISTOIRES D’OUTRE TOMBE. Ici, le segment de liaison concerne un écrivain, Wilbur Gray, incarné par Peter Cushing, rendant visite à son éditeur Frank Richards, joué par Ray Milland, pour tenter de le convaincre de l’existence d’un complot planétaire orchestré par les…chats ! Les braves félins s’apprêtent, en effet, à dominer le monde et le scribouillard va tenter de le prouver à l’incrédule Richards via trois intrigues sans grande originalité.

La première, située dans le Londres de 1912, traite du classique assassinat d’une vieille dame richissime, nommée Melkin, par son dépensier neveu, Michael, et sa vénale compagne. Le crime a lieu mais l’ancêtre a légué toute sa fortune à ses amis à quatre pattes, lesquels n’hésiteront pas à protéger leurs intérêts toutes griffes dehors.

La seconde histoire se déroule dans les années ’70, au Québec, et présente une jeune fille, Lucy, décidé à se venger de sa cousine détestée, Angela, qu’un rituel magique rend aussi minuscule qu’une souris. Il ne reste qu’à lâcher Wellington, le chat de Lucy, aux trousses d’une Angela miniaturisée pour aboutir à un remake horrifique et humoristique de L’HOMME QUI RETRECIT.

Enfin, le dernier sketch prend place à Hollywood, en 1936, sur le tournage d’un supposé classique de l’horreur et un petit chat vient perturber une relation extraconjugale qui se terminera très mal. L’acteur Valentine De’ath (Donald Pleasence) a, en effet, décidé d’éliminer son épouse avec l’aide de sa maîtresse mais la présence d’un matou malicieux et la répétition d’une scène horrifique incluant une Vierge de Fer va donner aux assassins un juste châtiment.

Peu familier de l’horreur, Denis Héroux, né au Canada en 1940, dirigea seize films (dont le plus connu reste JACQUE BREL IS ALIVE AND WELL AND LIVING IN PARIS, le dernier film du chanteur belge) et en produisit bien davantage, comme LA GUERRE DU FEU, sans oublier quelques séries télévisées et le dessin animé culte des années ’80 « Mask ». On lui doit également deux des premiers films érotiques canadiens (TENDRE ET SENSUELLE VALERIE et L’INITIATION) et un thriller horrifique réaliste, NE POUR L’ENFER. THE UNCANNY alias THE CATS KILLER alias LES CHATS DU DIABLE reste la dernière mise en scène de Denis Héroux et le résultat s’avère plaisant même si peu mémorable.

L’intrigue de liaison, faible et peu convaincante, tente de nous persuader du complot mondial mené par les félins mais ceux-ci n’ont pourtant jamais le rôle principal des intrigues proposées. Les chats interviennent plutôt en guise de trouble-fêtes sans être réellement animés d’intentions mauvaises, en particulier dans les seconde et troisième histoires. Comme toujours, les différents sketches se révèlent inégaux et d’un intérêt variable même si tous les trois sont raisonnablement distrayants.

Le premier, le plus impressionnant, s’inspire du thriller d’épouvante LES GRIFFES DE LA PEUR, datant de 1969, et confronte des assassins cupides à une horde de chats féroces peu enclins à voir un important héritage leur échapper. Denis Héroux accouche d’une bonne petite histoire angoissante ponctuée par une poignée de scènes d’attaque efficace.

Le second segment ressemble, pour sa part, à une variation sur le thème de L’HOMME QUI RETRECIT et convoque une atmosphère à la fois effrayante et familiale, proche d’un conte de fée macabre. Si l’humour noir fonctionne, les piètres effets spéciaux n’aident pas à impliquer le spectateur dans ce sketch honnête mais sans surprise.

Enfin, le dernier volet de cette anthologie accumule les références à la Hammer, aux classiques de l’épouvante et aux nouvelles d’Edgar Poe. Le résultat reste toutefois terne et trop prévisible pour passionner. De plus, les prémices s’avèrent risibles et impliquent de croire qu’une production hollywoodienne, même dans les années ’30, utilisait pour ses mises en scène des lames mortelles et une Vierge de Fer truquée mais fonctionnelle pouvant se transformer, à la moindre erreur, en une authentique machine de mort. Le cabotinage éhonté de Donald Pleasance reste cependant amusant, ou irritant selon les sensibilités, complété par les performances outrées de John Vernon (L’INSPECTEUR HARRY) et Samantha Eggar (CHROMOSOME 3, SHERLOCK HOLMES ATTAQUE L’ORIENT EXPRESS). Le ton franchement comique, qui verse dans le burlesque et l’auto-parodie, rend néanmoins cette intrigue agréable à suivre. La chute finale, elle, donne une nouvelle interprétation à la maxime populaire « tu as donné ta langue au chat » et conclut de belle manière un sketch inégal, invraisemblable mais distrayant.

Comme toute anthologie horrifique qui se respecte, THE UNCANNY se conclut par un retour à l’intrigue de liaison, laquelle propose, évidemment, un twist final voulu surprenant mais en réalité très attendu.

Sans rivaliser avec les productions similaires de la Amicus, THE UNCANNY demeure un film à sketches divertissant pouvant compter sur des interprètes fameux et une poignée de scènes amusantes pour emporter l’adhésion en dépit de scénarios prévisibles et d’effets spéciaux peu concluants. Loin d’une grande réussite, THE UNCANNY se suite toutefois sans ennui à condition de se montrer indulgent vis-à-vis de ses nombreuses faiblesses.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013