LE CLANDESTIN
Titre: Uninvited
Réalisateur: Greydon Clark
Interprètes: George Kennedy

 

Toni Hudson
Eric Larson
Alex Cord
Clu Gulager
Clare Carey
Rob Estes
Année: 1988
Genre: Horreur
Pays: USA
Editeur First International Production (FIP)
Critique:

A la vision de certains métrages outrageusement mauvais il est permis de s’interroger : quelqu’un fut-il un jour dupe du résultat ? Une seule personne impliquée dans la confection de ces oeuvrettes calamiteuse eut elle l’illusion de pouvoir offrir un film simplement décent ? Devant la bêtise sidérante de ce CLANDESTIN, devant un tel niveau de médiocrité, le spectateur peut en effet songer qu’il s’agit d’une parodie assumée tant la profonde stupidité du scénario ne pouvait, dès le départ, qu’aboutir à une série Z. Heureusement, LE CLANDESTIN atteint de tels sommets que le navet se transforme en nanar « goûtu » dont la vision peut être conseillée aux fans de mauvais cinéma armé d’un solide second degré.

A la mise en scène (le terme est sans doute inadéquat), nous retrouvons le vétéran Greydon Clark, lequel s’est bâti une petite réputation de cinéaste de l’absurde au travers d’une filmographie comprenant des aberrations titrées SATAN’s CHEERLEADERS, SEPT FILLES EN OR, DANSE MACABRE, SKINHEADS ou LAMBADA LA DANSE INTERDITE. De la vingtaine de métrages que Clark a réalisé entre le milieu des seventies et sa retraite en 1998 on retiendra uniquement TERREUR EXTRA TERRESTRE, sympathique série B dotée d’un solide casting de vétérans. Car, à l’image de Fred Olen Ray, Greydon Clark aime employer des anciennes gloires du septième art, souvent en perdition, qui acceptent de cachetonner dans ses productions fauchées.

Dans ce CLANDESTIN, tourné en 1988 à destination directe du marché de la vidéo, nous retrouvons ainsi George Kennedy et Clu Gullagher. Le premier, un familier du western des sixties (il tient le haut de l’affiche dans LES COLTS DES 7 MERCENAIRES), gagna un Oscar pour son rôle dans LUKE LA MAIN FROIDE et devint par la suite une figure incontournable du cinéma catastrophe puisqu’on le vit dans TREMBLEMENT DE TERRE, VIRUS et, surtout, les quatre volets de la saga AIRPORT. On le retrouva encore, dans les années ’80, dans le feuilleton fleuve « Dallas » et les trois Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LA REINE ?

Clu Gullagher, pour sa part, figura dans des tonnes de séries télévisées avant de connaître une certaine notoriété auprès des amateurs de cinéma fantastique en jouant dans LA REVANCHE DE FREDDY, THE HIDDEN, NUITS SANGLANTES et LE RETOUR DES MORTS VIVANTS. Ces deux acteurs, peu regardant sur le choix des films dans lesquels ils apparaissent, effectuent ici une prestation calamiteuse, à l’image du métrage dans son ensemble.

Le scénario, puisqu’il existe, concerne un chat mutant sur lequel de méchants scientifiques en blouse blanche (la principale caractéristique des savants résident en effet dans leur habitude de porter des blouses blanches) ont effectué des expériences mal définies. Le matou s’échappe forcément du laboratoire au cours d’un passage terrassant de ringardise et aboutit entre les mains de deux pétasses en bikini. Invitées par un homme d’affaire véreux à une croisière improvisée, les demoiselles embarquent non seulement deux types qui passaient par là (emballés après une drague intense de 30 secondes) mais aussi le fameux chat. En pleine mer, l’animal révèle sa véritable nature et commence un joyeux carnage.

LE CLANDESTIN, aujourd’hui bien connu des amateurs de nanars, déroule une intrigue aberrante durant plus de 80 minutes et multiplie les péripéties risibles à la grande joie des amateurs. Le métrage débute très fort par une séquence détaillant l’évasion du chat et Greydon Clark donne immédiatement le ton, à savoir une ringardise généralisée et un complet « je m’en foutisme ». Acteurs pitoyables, costumes risibles, effets spéciaux démentiels (en gros une peluche agitée dans tous les sens simule les attaques du monstre), musique répétitive et clichée à souhait, effets sonores insupportables (les miaulements du chat n’arrêtent jamais),… Bref un grand moment nanar qui met immédiatement les spectateurs dans l’ambiance. Dommage que la suite ne soit pas toujours du même niveau, les sous-intrigues impliquant nos escrocs désirant s’échapper aux îles Cayman à bord du yacht étant assez pénibles et d’une utilité quasiment nulle.

Heureusement, la ringardise revient régulièrement poindre le bout de son nez, généralement lors des attaques de l’animal, toutes complètement ratées et ridicules mais ne lésinant pas trop sur le sirop de grenadine. LE CLANDESTIN propose donc des passages gore mal fichus mais sympathiques et généreux. La présence des deux bimbos permet également une série de scènes assez drôles aux dialogues crétins à souhait. Etonnamment, Clark n’exploite jamais le vrai potentiel des deux actrices (!?) puisque celles-ci ne tomberont pas le bikini une seule fois. Un exploit dans ce style de cinéma de pure exploitation mais l’explication réside simplement dans le classement souhaité par les producteurs, à savoir un petit PG 13 (autrement dit une « interdiction aux moins de 13 ans »). Notons heureusement que la censure se montrait plus tolérante et moins sévère à la fin des années ’80 car si la nudité est bannie, le gore, lui, reste relativement présent.

Pratiquement tous les personnages étant soit débiles soit méchants, LE CLANDESTIN se recentre forcément sur les deux seuls protagonistes un poil moins con que les autres, à savoir la capitaine du navire rêvant de récupérer son beau bateau tombé entre les mains d’un escroc (une grande scène d’émotion) et un biologiste qui, transformant un sextant en microscope, découvre la vérité concernant le chat…c’est un mutant ! Nos deux héros finiront par confronter le félin au cours d’un climax en pleine tempête d’une insondable nullité. Le féroce matou reviendra sans cesse attaquer les pauvres survivants mais ceux-ci s’en tireront avec quelques égratignures et une belle somme d’argent pour financer leur grand projet, à savoir pour l’un passer son doctorat et pour l’autre acheter un nouveau bateau. Bref, tout finit bien même si la fin ouverte laisse survivre la bestiole, Greydon Clark se ménageant la possibilité d’une séquelle qui, heureusement pour la santé mentale de l’humanité, ne vit jamais le jour.

En résumé, LE CLANDESTIN propose un spectacle désolant mais rarement ennuyeux dans lequel se croise un chat en peluche, des starlettes frileuses, des maquettes de bateau fort mal confectionnées, des effets sanglants approximatifs et deux vedettes sur le retour.

Si il ne peut rivaliser avec les nanars les plus hallucinants de l’histoire du cinéma (dont la plupart sont signés Ed Wood ou Bruno Mattei), LE CLANDESTIN reste cependant un « bon » mauvais qui saura contenter les amateurs. Il est bien évidemment conseillé de le regarder entre amis et avec suffisamment de bière et de pop corn à portée de la main, sous peine de destruction neuronale irréversible.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011