THE VISIT
Titre: The Visit
Réalisateur: M. Night Shyamalan
Interprètes: Olivia DeJonge

 

Ed Oxenbould
Deanna Dunagan
Peter McRobbie
Kathryn Hahn
Celia Keenan-Bolger
 
Année: 2015
Genre: Fantastique / Epouvante / Found Footage
Pays: USA
Editeur
Critique:

Ayant essuyé quelques échecs (plus ou moins justifiés) avec ces derniers blockbusters, M. Night Shyamalan revient à ses fondamentaux via un récit fantastique teinté d’épouvante et possédant, bien sûr, un petit twist, crédible et bien amené.

L’histoire, basique, envoie deux enfants (l’adolescente Becca et son plus jeune frère Tyler) dans la ferme isolée de leurs grands-parents. Becca souhaite filmer cette expérience afin de permettre la réconciliation entre sa mère et ses grands-parents, fâchés depuis des années. A peine arrivé, les deux enfants sont confrontés aux bizarreries du vieux couple.

Décidé à se mettre au (mauvais) goût du jour, Shyamalan opte pour le format « documenteur » ou « found-footage » sous l’égide de Jason Blum, chantre de l’épouvante « chic et pas cher » et producteur de quelques titres extrêmement rentables vus leur coût de fabrication dérisoire. L’homme derrière les excellents SINISTER et THE LORDS OF SALEM mais aussi la pitoyable franchise PARANORMAL ACTIVITY impose donc ses dictats à un Shyamalan tout content de renouer avec le succès.

Avec son budget minimal de 5 millions de dollars, THE VISIT s’est en effet rapidement rentabilisé, ayant rapporté plus de 60 millions en un mois sur le seul territoire américain. La méthode « documenteur » fonctionne ici à plein rendement, d’où une réalisation n’évitant pas les travers habituels (même menacés les personnages s’évertuent à filmer !) mais cependant plus travaillée que de coutume. L’argument (un film que veut réaliser la jeune héroïne) évite le recours systématique aux caméras portées tremblotantes et aux effets insupportables (image dégradées, son caverneux, plans ratés,…) souvent indissociables du style. Dénué de musique, THE VISIT développe donc peu à peu un climat d’angoisse effectif qui amène vers une révélation surprenante durant le dernier acte, plus porté sur l’épouvante mais sans jamais verser dans le Grand-Guignol.

Les principaux protagonistes sont heureusement bien interprétés et ne versent pas dans la caricature des sales gosses imbuvables de bien des petits films horrifiques récents. Leur « backstory » se construit avec l’attachement habituellement démontré par le cinéaste pour ses personnages et repose, en partie, sur leurs doutes et failles avant une rédemption bienvenue. Pour atteindre ce derniers tiers plus énergique et efficace, il faut pourtant patienter et accepter la vacuité d’une intrigue qui, procédé documentaire oblige, se contente souvent de laisser tourner la caméra pour enregistrer de petits faits anodins. D’où un rythme quelque peu en dent de scie avec des temps morts préjudiciables et un manque de nervosité patent pour ce qui s’apparente à une revisitation, non dénué d’humour noir, du classique conte de fée « Hansel & Gretel ».

Voir Shyamalan s’attaquer au procédé en vogue du documenteur (il est un des seuls cinéastes d’expérience s’y étant frotté avec Barry Levinson dans le réussi THE BAY) ne manque pas d’intérêt mais, une fois de plus, ce format codifié ne se justifie guère. Il est d’ailleurs probable qu’une narration et une mise en scène plus traditionnelles auraient été grandement profitables à ce récit pourtant intéressant. Si THE VISIT se place dans le peloton de tête du found-footage, il reste en-deçà de ses possibilités et un traitement plus classique lui aurait surement permis de devenir une vraie réussite. Il faudra se contenter d’une oeuvrette sympathique mais un peu vaine…

Fred Pizzoferrato - Octobre 2015