THEATRE DE SANG
Titre: Theater of blood
Réalisateur: Douglas Hickox
Interprètes: Vincent Price

 

Diana Rigg
Ian Hendry
Harry Andrews
Coral Browne
Robert Coote
Jack Hawkins
Année: 1973
Genre: Comédie horrifique
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

L’extraordinaire Vincent Price débute sa carrière à la fin des années ’30 et s’impose rapidement comme une figure incontournable du fantastique en apparaissant, par exemple, dans LE RETOUR DE L’HOMME INVISIBLE ou dans DRAGONWYCK – LE CHÂTEAU DU DRAGON. En 1948, il est Richelieu dans la meilleure version cinématographique des TROIS MOUSQUETAIRES et, en 1953, il joue l’anti-héros meurtrier de L’HOMME AU MASQUE DE CIRE d’André de Toth.

Dans les sixties, Price multiplie les rôles marquants dans des classiques de l’épouvante ou de la science-fiction (LA MOUCHE NOIRE) et participe à pratiquement tous les épisodes du fameux « cycle Poe » initié par LA CHUTE DE LA MAISON USHER de Roger Corman. Au début des seventies et alors âgé de soixante ans, Price accroit encore sa notoriété lorsqu’il incarne le diabolique docteur Phibes dans les deux films de la saga (L’ABOMINABLE Dr PHIBES et LE RETOUR DE L’ABOMINABLE Dr PHIBES).

Un troisième volet, longtemps envisagé, ne verra jamais le jour mais cet extravagant THEATRE DE SANG donne heureusement à Price l’occasion de renouer avec un personnage similaire. Et, accessoirement, de côtoyer la belle Diana Rigg qui fut Emma Peel dans « Chapeau melon et botte de cuir » et passa la bague au doigt de James Bond dans AUX SERVICES SECRETS DE SA MAJESTE.

Un coup de téléphone invite le critique théâtral George Maxwell à se rendre dans un immeuble abandonné de Londres. Maxwell, en effet, a récemment acquis ce terrain mais sa présence est requise pour expulser des squatters qui y ont élus domicile. Arrivé sur place, le critique est mis à mort par des sans-abris tandis qu’un étrange personnage récite des dialogues extraits du « Jules César » de Shakespeare.

L’homme en question se nomme Edward Lionheart, un acteur célèbre qui s’est officiellement suicidé trois ans auparavant, victime de l’acharnement des membres du « Cercle de la critique », qui lui refusèrent le prix du meilleur interprète pour le donner à un débutant.

Ayant survécu à sa chute, supposée mortelle, dans la Tamise, Lionheart a pris la tête d’une troupe de clochards et organise des représentations théâtrales mortelles destinées à épancher sa soif de vengeance. La victime suivante de Lionheart est ainsi le critique Hector Snipe, piégé dans un théâtre désert par des gens qu’il pensait, naïvement, être ses amis. Une référence à la pièce « Toilus and Cressida » elle aussi écrite par Shakespeare. Lorsqu’un troisième critique est retrouvé décapité dans son lit, le doute n’est plus permis : un maniaque les extermine en s’inspirant des œuvres les plus macabres du Barde. La police, convaincu que Lionheart est le coupable, se lance sur sa piste et surveiller sa fille, la ravissante Edwina, peut-être complice des actes de son père.

Comédie horrifique du meilleur tonneau, THEÂTRE DE SANG repose en premier lieu sur les épaules de Vincent Price, lequel se surpasse dans le rôle, quasi autobiographique, d’un acteur populaire auprès du public mais jamais reconnu par la « grande presse ». Sans cesse railler pour son supposé cabotinage, Price, à l’image de Lionheart (décrit comme « the greatest actor who ever lived ») montre pourtant dans ce long-métrage somme l’étendue de son talent et de son humour.

Le scénario lui permet ainsi de recréer, avec une emphase réjouissante et un sens du macabre assumé, les scènes les plus cruelles présentes dans les tragédies shakespeariennes, alternativement déguisé en policier, en masseur, en chef coq exubérant ou même en coiffeur gay. Un grand numéro qui n’hésite pas à prendre quelques libertés avec le texte de Shakespeare…Ce qui, selon un protagoniste, constitue une preuve de l’implication de Lionheart, « le seul qui se permet de réécrire Shakespeare ».

En plus de ses références, THEÂTRE DE SANG assume, également, son côté plaisamment daté, sans doute déjà perceptible à l’époque de sa sortie, laquelle coïncide avec le grand chamboulement en cours dans le cinéma horrifique. En 1973, en effet, la Hammer voit s’éteindre ses derniers feux et l’épouvante gothique italienne agonise, tout comme le fantastique classique « respectable » américain, représenté, justement, par les adaptations de Poe réalisée par Roger Corman.

En deux ou trois ans sortent sur les écrans les virulents et brutaux LES CHIENS DE PAILLE, DELIVRANCE, DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE, L’EXORCISTE ou MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, reléguant aux oubliettes de l’Histoire l’horreur des décennies précédentes, finalement plus rassurante que terrifiante. Adieu les vampires, goules, savants fous et loups-garous, place aux maniaques sanguinaires, aux tueurs sadiques et au réalisme. Le temps des Vincent Price, des Peter Cushing et des Christopher Lee s’achevait pour laisser place aux porteurs de masques anonymes de productions dont les vraies stars étaient, non plus les acteurs mais bien les maquilleurs, comme Tom Savini ou Dick Smith.

Bouquet final de la carrière horrifique de Price et feu d’artifice d’inventivité morbide, THEÂTRE DE SANG constitue donc l’ultime (quasi) chef d’œuvre d’un genre condamné, le point culminant d’un cycle annonçant les déluges sanglants des années ultérieurs. Excepté une durée légèrement excessive (105 minutes), le long-métrage se révèle un sans faute et une réjouissante comédie à l’humour noir et macabre franchement efficace.

A (re)découvrir impérativement.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2013