THIRST - CECI EST MON SANG
Titre: Bakjwi
Réalisateur: Park Chan-wook
Interprètes: Kang-ho Song

 

Ok-bin Kim
Hae-sook Kim
Ha-kyun Shin
In-hwan Park
Dal-su Oh
 
Année: 2009
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Corée
Editeur Wild Side
Critique:

Park Chan-wook est probablement le cinéaste coréen le plus « hype » du moment, sa notoriété dépassant largement le cadre des films de genre pour recueillir l’approbation d’une large part de la critique, fut elle non spécialisée. Il se signala pour la première fois aux cinéphiles via l’excellent thriller politique JOINT SECURITY AREA avant d’atteindre la consécration par l’entremise de sa « trilogie de la vengeance », trois films thématiquement proches traitant de la justice personnelle (SYMPATHY FOR Mr VENGEANCE, OLD BOY et LADY VENGEANCE). Park Chan-wook participa ensuite à l’anthologie horrifique « THREE…EXTREME » et signa en 2006 le controversé I’M A CYBORG BUT THAT’s OK.

Avec THIRST, le cinéaste revisite un des mythes les plus populaires du fantastique, celui du vampire, de manière à la fois respectueuse et novatrice, accouchant d’un compromis entre le cinéma horrifique et le film d’auteur. Le film récolta un vif succès tant auprès des geeks que des cinéphiles « distingués », comme en témoigne son prix du jury au Festival de Cannes, mais s’attira aussi son lot de chroniques négatives.

L’intrigue concerne le prêtre Sang-hyeon, un homme de paix et de bien se portant volontaire pour tester un nouveau médicament capable de guérir une redoutable maladie. Le prêtre meurt au cours du traitement mais revient ensuite à la vie, une transfusion sanguine contaminée ayant fait de lui un vampire. Décidé à ne pas prendre de vies innocentes, Sang-hyeon se nourrit dans un hôpital auprès de patients inconscients qu’il ponctionne d’une petite quantité de sang. Cependant, la transformation du prêtre a également éveillé son côté plus bestial et l’appel de la chair le pousse dans les bras de Tae-ju, la jolie épouse d’un de ses amis d’enfance ; Kang-woo. La jeune femme, maltraitée par sa belle-mère et délaissée par son mari qui la frappe violemment, attire de plus en plus Sang-hyeon, lequel finit par céder à la tentation. Il décide également de supprimer Kang-woo et de transformer sa compagne en vampire…mais cette dernière, une fois devenue une créature de la nuit, n’a pas les mêmes scrupules que lui et n’hésite pas à tuer ses proies humaines sans la moindre pitié.

Précédé d’une excellente réputation, THIRST reçut ensuite une volée de bois verts : aux premiers commentaires, criant carrément au chef d’œuvre, répondirent des critiques assassines qui descendirent en flèche le film de Park Chan-wook. Rien d’étonnant d’ailleurs puisque les précédentes œuvres du cinéaste avait généré le même phénomène d’attraction ou de répulsion. Entre ses deux extrêmes, THIRST s’avère, en définitive, plutôt agréable même si on ne peut s’empêcher de le trouver également bancal et, surtout, trop long d’une bonne demi-heure.

Le scénario s’inspire directement du « Thérèse Raquin » de Zola en reprenant les événements du roman transposés dans un contexte différent et en faisant du personnage principal un prêtre devenu vampire. Voici pour la source d’une intrigue qui permet surtout à Park Chan-wook de discourir sur divers concepts philosophiques et théologiques en prenant pour prétexte le cinéma d’horreur et la romance impossible des protagonistes. Tous les doutes du prêtre devenu vampire concernant sa foi et sa conception de l’existence sont bien traduit par THIRST mais, hélas, l’entreprise finit par tourner un peu à vide.

Si la première heure s’avère de grande qualité et le final fort réussi, la partie centrale du métrage ressemble surtout à un ventre mou n’apportant pas grand-chose. Désireux de concilier un large public, Park Chan-wook va également s’égarer entre scènes d’horreur voulues hargneuses, érotisme trouble, drame et humour, ce dernier élément, assez mal maîtrisé, s’intégrant avec difficulté au sein d’un métrage versant parfois dangereusement vers la parodie plus ou moins volontaire. Les sauts spectaculaires et les combats entre les deux vampires, quoique divertissants, paraissent eux-aussi quelque peu outrés et tranchent résolument avec le climat plus réaliste et sobre du reste de l’oeuvre, tout comme les apparitions d’un spectre aussi incongrues que grotesques.

Entre effets de style et cassures brutales, THIRST, dans sa deuxième moitié, se révèle bien moins passionnant que précédemment et finit par se traîner douloureusement, conséquence d’une durée excessive ne se justifiant pas vraiment. En élaguant son œuvre d’une bonne demi-heure pour revenir à une plus adéquate centaine de minutes, Park Chan-wook aurait probablement gagné en efficacité mais THIRST se développe, assez lentement, sur plus de 2 heures 15, au risque de provoquer une certaine lassitude, voire un certain ennui.

Généreux, souvent intéressant, globalement satisfaisant, THIRST n’en reste pas moins une relative déception même si la tentative de réconcilier grand public et fans d’épouvante, tout comme de marier le cinéma d’auteur et le pur divertissement demeure louable et sincère. Entre semi-réussite et demi-échec, THIRST demeure donc recommandable et plutôt agréable à suivre.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2010