THIRSTY FOR LOVE, SEX AND MURDER
Titre: Aska susayanlar seks ve cinayet
Réalisateur: Mehmet Aslan
Interprètes: Kadir Inanir

 

Yildirim Gencer
Meral Zeren
Eva Bender
Nihat Ziyalan
Hamit Yildirim
 
Année: 1972
Genre: Giallo / Thriller
Pays: Turquie
Editeur  
Critique:

Cette production turque méconnue se révèle un exemple rare (unique?) de giallo oriental, la mode ayant semble t’il traversé la mer au début des années ’70. Malheureusement, l’originalité et l’imagination sont, pour leur part, restés bloqué du côté de Rome car ce THIRSTY FOR LOVE, SEX AND MURDER (sacré titre quand même !) constitue en réalité un décalque quasi à l’identique du célèbre L’ETRANGE VICE DE MADAME WARDH tourné quelques mois auparavant par Sergio Martino.

Un personnage ganté de noir roule en voiture et prend en stop une naïve automobiliste qu’il va violer et tuer à coup de rasoir. Le meurtre arrive aux oreilles de la belle Mine et de son époux, Metin. Ce tragique fait divers rappelle à la jeune femme sa propre expérience de jeunesse, lorsqu’elle fut victime d’un petit ami tyrannique, Tarik, qui l’abandonna battue à mort après l’avoir violée quelques années plus tôt. Bientôt, l’entourage de Mine se voit menacé par le meurtrier, que ce soit sa meilleure amie Oya ou son amant Yilmaz. Le retour de Tarik, toujours aussi sadique et agressif (il menace Mine) le place immédiatement sur la liste des principaux suspects mais les meurtres continuent.

Véritable remake officieux reproduisant, du moins dans sa première partie, L’ETRANGE VICE DE MADAME WARDH en le décalquant scènes par scènes, THIRSTY FOR LOVE, SEX AND MURDER se paye le luxe de plagier les séquences les plus fameuses de l’œuvre de Martino. La poursuite de l’amie de l’héroïne par le mystérieux meurtrier, située dans un parc désert, et les fantasmes hallucinatoires teintés de masochismes (avec symbolique freudienne basique comme la bouteille d’où se déverse un champagne blanchâtre) sont ainsi resservis et à peine transposés.

La principale différence réside simplement dans le manque de talent hallucinant du cinéaste, lequel s’avère incapable de générer le plus infime suspense ou le plus minime titillement érotique. D’une platitude confondante, l’intrigue se déroule en outre à une vitesse accélérée, comme si la principale préoccupation des responsables consistait à atteindre le plus rapidement possible la scène suivante. Une course effrénée et absurde vers la délivrance du générique de fin puisqu’aucune tension, aucun moment d’attente, aucun suspense ne sont au programme.

THIRSTY FOR LOVE, SEX AND MURDER enchaîne les péripéties avec une précipitation fatigante tenant lieu de rythme. D’une durée réduite à une petite heure, le métrage condense toute la seconde partie de son modèle pour aboutir à un climax poussif et confus même si, in extremis, le cinéaste se réfère à nouveau (très maladroitement d’ailleurs) à Sergio Martino pour le rebondissement final. L’influence des DIABOLIQUES, manifeste dans de nombreux giallo, se fait sentir ici aussi, aboutissant à un micmac relativement divertissant utilisant tous les codes du genre (le look du tueur, la nudité, la violence, la musique tour à tour mélancolique et distordue, les flashbacks freudiens,…) mais malheureusement fort mal filmé.

Le plus frappant dans cette révision turque d’un classique du giallo reste en effet l’inaptitude sidérante du réalisateur, lequel place simplement sa camera pour enregistrer vite fait l’action. Aucun élément de mise en scène ne peut ici être discerné : les cadrages improbables succèdent aux plans ratés, aux séquences tournées par une caméra tremblotantes ou à des approximations épuisantes. Le montage, effectué à la hache et en dépit de tout bon sens, coupe pour sa part abruptement dans des scènes, sans leur laisser le temps de s’achever, ou rend le tout illisible. Les faux raccords et erreurs techniques flagrantes donnent finalement à ce THIRSTY FOR LOVE, SEX AND MURDER l’aspect d’une production amateur shootée par des amis totalement ignorant des principes les plus élémentaires de création cinématographique. Quelques rares séquences échappent à ce triste constat mais, globalement, THIRSTY FOR LOVE, SEX AND MURDER manque vraiment d’ambitions et de mise en scène pour convaincre.

De manière similaire, la bande sonore est constituée de musiques piquées à différents métrages et collés de manière anarchique, passant d’un style à un autre sans autre souci que de proposer un accompagnement musical, quel qu’il soit, aux images proposées.

Retrouvant plus ou moins involontairement le côté bricolé des pires séries Z américaines tournées avec les pieds, THIRSTY FOR LOVE, SEX AND MURDER constitue en définitive une curiosité pas vraiment désagréable mais néanmoins fort dispensable qui ne devrait intéresser que les completistes du giallo ou les cinéphages aventureux désireux de se frotter au cinéma d’exploitation du monde entier.

Les autres se reporteront avec profit sur la version originale, bien plus brillante, signée Sergio Martino.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2010