THREE...EXTREMES
Titre: Sam gang yi
Réalisateur: Fruit Chan / Park Chan-wook / Takashi Miike
Interprètes: Bai Ling [Nouvelle cuisine]

 

Tony Leung Ka Fai[Nouvelle cuisine]
Byung-hun Lee [Coupez!]
Won-hie Lim [Coupez!]
Hye-jeong Kang [Coupez!]
Kyoko Hasegawa [La boite]
Atsuro Watabe [La boite]
Année: 2004
Genre: Horreur / Fantastique / Film à sketches
Pays: Hong Kong / Corée du Sud / Japon
Editeur  
Critique:

Suivant le succès, du moins dans les pays asiatiques, de l’anthologie THREE (ou 3 HISTOIRES DE L’AU-DELA), voici une seconde livraison de moyen-métrages fantastiques n’ayant aucun lien entre eux si ce n’est de venir de l’Asie et d’être réalisés par des cinéastes renommés. L’ensemble, dénué de tout fil conducteur, ressemble une fois de plus davantage à une compilation de trois segments indépendants mis bout à bout qu’à un film de cinéma cohérent mais n’en reste pas moins relativement intéressant. Toutefois, en raison des grands noms impliqués, on peut se montrer déçu du résultat final de ce THREE…EXTREMES plutôt quelconque.

Le premier épisode, signé Fruit Chan (MADE IN HONG KONG), s’intitule « Nouvelle Cuisine » et compte l’aventure vécue par une ancienne star du cinéma hongkongais, Madame Ching Lee. Celle-ci, à l’approche de la quarantaine, se tourne vers les recettes culinaires miracles d’une certaine Mei afin de garder sa jeunesse. Un sketch un peu longuet (dont il existe pourtant une version longue sous forme de film autonome d’une durée de 90 minutes !) et pas spécialement intéressant. Le recours au cannibalisme pour garder jeunesse et vigueur constitue une idée déjà rabâchée du cinéma d’horreur et Fruit Chan, sans doute pour donner à son métrage une portée plus « auteurisante », verse dans le drame sociologique au détriment du frisson. Sa critique d’une société privilégiant la beauté et la jeunesse se montre pourtant à peine esquissée, le réalisateur comblant maladroitement le temps qui lui est imparti par des scènes interminables et répétitives perdant peu à peu tout leur potentiel. Dénué de rythme et de frissons, « Nouvelle cuisine » se repose sur quelques séquences de masticage de chair humaine censément répugnantes mais n’a pas grand-chose à proposer hormis une esthétique soignée et un mauvais goût relativement assumé. L’ensemble provoque néanmoins un petit effet écoeurant et se regarde sans trop de déplaisir mais sans la moindre passion.

Park Chan-wook (cinéaste coréen en vogue à qui ont droit la fameuse trilogie thématique comprenant SYMPATHY FOR MR VENGEANCE, OLD BOY et LADY VENGEANCE) confronte pour sa part, dans son sketch « Coupez ! » un réalisateur réputé, Ryu, a un détraqué lui proposant un horrible marché : il doit étrangler un enfant ou voir sa femme, pianiste, se faire sectionner les doigts un par un. Dans la tradition des précédentes œuvres de Park Chan-wook, ce segment joue la carte de la vengeance, des choix impossibles, de l’absurde parfois (certains passages se révèlent étonnants et complètement décalés) mais aussi d’un certain maniérisme pas toujours convaincant. Heureusement la qualité de la mise en scène et l’imagerie macabre, couplée à l’une ou l’autre séquence gore bien saignante, compense en partie les faiblesses d’un sketch estimable mais dont la portée sociale tourne rapidement à vide. Plombé par des dialogues lourdingues et une philosophie de comptoir transformant la lutte des classes en en combat à mort entre deux individus opposés, « Coupez ! » reste agréable mais manque de punch pour convaincre complètement le spectateur.

Enfin, « la boite », le dernier volet de cette anthologie est signé du trublion japonais Takashi Miike (AUDITION, DEAD OR ALIVE). L’histoire, laissant la porte ouverte à différentes interprétations, traite des rêves étranges dont souffre la jeune romancière Kyoko, laquelle reçoit la visite de sa sœur décédée, Shoko, morte tragiquement des années auparavant. Miike choisit une nouvelle fois une voie complexe, livrant un film au rythme lent et à la narration éclatée refusant la linéarité au profit d’un kaléidoscope de sensations contrastées. Pas vraiment abordable, difficilement résumable en dépit d’une trame de base assez simple, « la boite » semble résumer les qualités et défauts coutumiers du cinéaste en une demi-heure ramassée et déconcertante. Visuellement très réussi, le sketch n’en demeure pas moins plus proche de l’expérimentation en roue libre que d’un véritable récit horrifique et pourra sembler laborieux et pénible aux réfractaires de ce style de cinéma.

Long de deux heures, THREE…EXTREMES s’avère, en définitive, un voyage plutôt décevant au cœur de l’Asie, découpé en trois étapes ayant chacune leurs qualités, essentiellement esthétiques, mais également leurs nombreux défauts, en l’occurrence un manque de rythme et de frisson rédhibitoires pour une anthologie horrifique. Bref, une œuvre intéressante sur le papier mais pas franchement indispensable.

Fred Pizzoferrato - Juillet 2010