L'ABATTOIR HUMAIN
Titre: Three on a meathook
Réalisateur: William Girdler
Interprètes: Charles Kissinger

 

James Carroll Pickett
Sherry Steiner
Madelyn Buzzard
Linda Thompson
John Shaw
Marsha Tarbis
Année: 1973
Genre: Horreur / Slasher
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé deux ans avant MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, cette petite production signée du spécialiste du bis William Girdler s’apparente surtout à une version thrash de PSYCHOSE et s’inspire lointainement, comme les métrages précités (et le similaire DERANGED), des méfaits du tueur en série Ed Gein.

Le film débute par la vision charmante d’une poignée de jeunes femmes batifolant dans la nature et bronzant, dans le plus simple appareil, dans les eaux d’un lac paisible. Sur le chemin du retour, les quatre demoiselles en ballade sont, hélas, victimes d’une panne de voiture. Heureusement, un charmant fermier passant par là, prénommé Billy, propose de leur offrir l’hospitalité pour la nuit. Mauvaise idée !

A peine arrivé dans la maison familiale, le père de Billy manifeste, en effet, son mécontentement et prévient : « tu sais ce qui arrive quand tu fréquentes des femmes ». Effectivement, dès le soir, une des demoiselles est poignardée dans son bain, deux autres sont abattues à coups de fusil et la dernière est décapitée alors qu’elle tente de fuir. Au matin, Billy a oublié ses crimes et papa se charge de cacher les preuves puis lui conseille de continuer sa vie sans trop s’inquiéter.

Trainant son blues dans la grande ville, le jeune homme aboutit dans une salle de concert et y écoute de la musique funky, ce qui permet à Girdler d’économiser sur le temps de projection en filmant la performance d’une bande de musicien de bal. Rapidement, le timide Billy, complètement ivre, attire l’attention d’une serveuse, Sherry, qui le ramène chez elle. Au matin, le jeune homme, confus, constate qu’il est nu après avoir pissé dans son pantalon. Pas la meilleure manière de débuter une romance et, pourtant, Billy et Sherry partent se promener, parlent de choses et d’autres, font de la balançoire dans un parc public, etc.

A la fin de la journée, Sherry quitte Billy sur un petit bisou. Peu après, Billy invite sa nouvelle copine dans la maison familiale où papa lui a préparé un bon gueuleton. Se pourrait il qu’il ait utilisé la chair des jeunes disparues ?

Contrairement à de nombreuses séries B ou Z, THREE ON A MEATHOOK ne fait pas mentir son titre, éminemment poétique, puisque, durant le climax, nous retrouverons les corps des pauvres victimes pendues à des crochets de boucher.

Décalque de PSYCHOSE agrémenté de cannibalisme, THREE ON A MEATHOOK utilise au mieux son budget misérable, lequel lui donne un aspect brut et « documentaire » approprié. Dans la pure tradition de l’exploitation, William Girdler ne lésine pas sur la nudité féminine généreusement dévoilée. De manière similaire, le cinéaste se permet une poignée d’effets gore divertissant, dont une décapitation originale voyant une lame sectionner et retenir la tête d’une demoiselle dont le corps s’écroule. Un effet techniquement peu convaincant au niveau des trucages mais une belle idée macabre de la part de Girdler.

Dans le rôle du désaxé, James Carroll Pickett effectue une honnête composition. Le comédien n’est apparu que dans trois long-métrages, tous signés par Girdler (on le vit aussi dans ASYLUM OF SATAN et THE ZEBRA KILLER), avant de se reconvertir en auteur dramatique respecté et activiste des droits homosexuels. Pickett est décédé du sida en 1994, à l’âge de 44 ans.

Autre familier du cinéaste, Charles Kissinger (1925 – 1991) apparu dans sept des neufs films de Girdler, souvent dans des rôles secondaires. Il tient ici le haut de l’affiche en incarnant le « Papa ». Enfin, une des victimes est jouée par Linda Thompson, laquelle eut une modeste carrière cinématographique mais reste surtout célèbre pour avoir été, quatre ans durant, la compagne d’Elvis.

En dépit d’une durée ridiculement courte (une heure quinze), THREE ON A MEATHOOK souffre quand même de problèmes de rythme et de longueurs rédhibitoires. Parfois, le cinéaste se traine en filmant durant cinq minutes un concert (séquence absolument inutile même si elle ancre le métrage dans son époque, à savoir le début des seventies) ou des passages romantiques sans intérêt. D’autres scènes, par contre, auraient mérités davantage d’attention afin de développer un minimum le suspense, quasiment inexistant.

Techniquement, THREE ON A MEATHOOK dénote un quasi amateurisme que l’on jugera, au choix, efficace ou pesant mais Girdler réussit à donner au métrage une bonne tenue générale qui rend l’entreprise sympathique.

Le twist final, pour sa part, se situe dans la continuité de PSYCHOSE mais évite une révélation un peu trop évidente et invraisemblable pour rester dans le domaine du « plausible ». Comme chez Hitchcock, THREE ON A MEATHOOK se termine d’ailleurs par les explications, assez inutiles et pesantes, d’un expert psychiatrique censé nous éclairer sur le traumatisme du meurtrier.

Petite série B d’exploitation illustrant les névroses d’un individu dangereux, THREE ON A MEATHOOK ne se hisse pas à la hauteur de ses glorieux modèles mais se suit sans déplaisir même si le film demeure simplement dans la moyenne. Sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2013