THREE - TROIS HISTOIRES DE L'AU-DELA
Titre: Three / Saam Gaang
Réalisateur: Peter Chan / Nonzee Nimibutr / Kim Ji-woon
Interprètes: Hye-su Kim

 

Bo-seok Jeong
Suwinit Panjamawat
Leon Lai
Eric Tsang
 
 
Année: 2002
Genre: Horreur / Fantastique / Film à sketches
Pays: USA
Editeur Wild Side
Critique:

En provenance de l’Asie, ce film à sketches, forcément inégal, rappelle la grande époque où les anthologies de récits fantastiques fleurissaient sur les écrans, que ce soit les classiques des sixties / seventies produits par la Amicus ou le revival des eighties lancé par CREEPSHOW. TROIS HISTOIRES DE L’AU-DELA se distingue de la plupart de ces prédécesseurs par une absence totale de fil conducteur reliant les trois segments proposés. Un choix risqué qui, immanquablement, donne au spectateur l'impression d'assister à trois moyen-métrages indépendants artificiellement mis bout à bout et non à un véritable long-métrage cohérent. Il importe alors de traiter le film comme tel, en s’attardant sur chacun des sketches pris isolément et en analysant une par une ces trois histoires de fantômes, sans liens entre elles.

1) Souvenirs: La femme de Sung-Min a disparu mystérieusement et, depuis ce jour, il souffre de pertes de mémoire et d'hallucinations. La jeune femme, elle, se réveille dans une rue, amnésique et effrayée. Ils vont devoir découvrir la vérité... Ce premier segment, signé par le coréen Kim Jee-won, réalisateur de l’excellent film d’épouvante DEUX SOEURS est de bon niveau. En quarante minutes, le cinéaste cerne son sujet et fait efficacement monter la tension en usant d’une mise en scène de grande qualité où chaque plan s’avère réussi. L'interprétation, efficace, et le suspense bien mené en font une réussite bien ficelée, en dépit d’un scénario pas franchement original et un peu hermétique, voire austère. Limitant au maximum les dialogues, Kim Jee-won n’évite pas certaines prétention « auteurisantes » en privilégiant la forme au fond mais livre au final un sketch de bonne qualité.

2) La Roue: Kru Tong est un maître du théâtre populaire Khon. Mais il rêve de s'emparer des marionnettes d'un maître décédé de Hun Lakorn Lek, un art considéré comme plus noble. Cependant, les poupées partagent l'esprit de leur créateur et doivent disparaitre avec lui. Or, Kru Tong viole cette règle essentielle... Le Thaïlandais Nonzee Nimibutr (NANG NAK) s’installe aux commandes du second segment, lequel se révèle plus banal et pas vraiment passionnant. Sans être désagréable, l'intrigue est prévisible et ne parvient pas à maintenir l’intérêt en dépit d’une durée réduite à une demi-heure. Les différentes traditions culturelles thaïes, l'opposition entre les formes théâtrales "pauvres" et "nobles" et la spécificité des croyances locales ne suffisent pas à élever le propos au delà du simple récit fantastique classique versant un peu trop dans les clichés. L’ensemble s’avère en outre ennuyeux et bien longuet et, cinématographiquement, " La Roue" souffre d'une esthétique médiocre incapable de rendre justice aux formes artistiques évoquées. Bref, un passage à vide et un segment sans grand intérêt qui atténue grandement l’intérêt du métrage sans son entièreté.

3) Chez Nous: Après la disparition de son jeune fils, le policier Kin entre chez le gardien de son immeuble, Fai, et découvre que la femme de ce dernier est morte. Mais Fai estime pouvoir la ramener à la vie au bout de trois ans d'attention. Il séquestre Kin dans l'attente de la date fatidique... Le dernier volet de cette anthologie s’avère être le plus intéressant et réussi des trois. Peter Chan (THE WARLORDS) prend son temps (soixante minutes) pour assurer la progression dramatique de son récit, lequel s’appuie sur un scénario intéressant laissant la part belle à l’atmosphère angoissante. Malgré une fin relativement prévisible (qui bénéficie pourtant de détails surprenants), le suspense fonctionne et le climat étouffant est bien rendu. Parfois effrayant et souvent émouvant, ce quasi-huis-clos bénéficie de la prestation impeccable de Eric Tsang et, dans une moindre mesure, de Leon Lai. Malgré une ou deux longueurs (cette critique concerne la version étendue), le cinéaste mène son intrigue avec une belle maestria. Du tout bon, d’autant que le légendaire directeur photo Christopher Doyle assure l’excellente tenue visuelle de ce sketch.

En définitive, 3 HISTOIRES DE L’AU DELA constitue une anthologie très inégale dont l’absence d’intrigue de liaison accentue l’aspect décousu et le manque de cohérence thématique. Le premier segment se montre toutefois intéressant et le troisième se révèle une vraie réussite, laquelle permet d’oublier le second sketch, un véritable coup manqué plombant grandement le métrage dans son ensemble. Bred, 3 HISTOIRES DE L’AU DELA reste satisfaisant mais ne peut prétendre être un classique, loin de là.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2010