TINTORERA - LES DENTS D'ACIER
Titre: Tintorera! Tiger Shark / Du sang dans la mer
Réalisateur: René Cardona Jr
Interprètes: Hugo Stiglitz

 

Andrés García
Susan George
Fiona Lewis
Eleazar Garcia 'Chelelo'
Roberto 'Flaco' Guzman
Jennifer Ashley
Année: 1977
Genre: Aventures / Erotique / Sharskploitation / Horreur
Pays: Mexique
Editeur  
Critique:

Le phénoménal succès des DENTS DE LA MER entraîna rapidement de nombreuses imitations plus ou moins convaincantes, dont cette modeste production mexicaine d’un intérêt limité qui fut, pourtant, un triomphe dans son pays d’origine. Délaissant le schéma narratif du métrage de Spielberg, au contraire de bien des suiveurs (au hasard LA MORT AU LARGE d’Enzo G. Castellari, CRUEL JAWS de Bruno Mattei ou UP FROM THE DEPTHS de Charles B. Griffith), René Cardona Jr propose une aventure exotique et érotique guillerette dans laquelle deux dragueurs machos tombent toutes les touristes du Mexique avant d’affronter un requin tigre affamé.

L’écologiste Ramon Bravo, spécialiste des requins très célèbre au Mexique (1925 – 1998), sert d’inspirateur officiel au scénario et se charge également des jolis plans sous-marins parsemant le métrage. L’intrigue, elle, ne casse pas trois ailerons à un squale et se vautre dans une beauferie misogyne assez divertissante au second degré.

L’homme d’affaire Steven passe d’idylliques vacances sur la côte mexicaine et rencontre une belle touriste anglaise, Patricia (Fiona Lewis), avec laquelle il entame une ébauche de romance. Mais la jeune femme se lasse vite et reporte son attention sur un certain Miguel, rendant Steven jaloux et furieux. Patricia passe donc la nuit avec Miguel mais, après l’amour, décide de prendre un bain de minuit dont elle ne reviendra pas, victime d’un grand requin tigre, également appelé « Tintorera ».

Au matin, sa disparition n’inquiète guère Steven et ce-dernier retrouve Miguel, qui présente à son nouvel ami deux jeunes américaines, les sœurs Kelly et Cynthia Madison, des étudiantes délurées décidées à profiter de leur séjour au Mexique pour s’envoyer en l’air en buvant de la Téquila. La prochaine proie de nos « chasseurs de bikini » est une autre anglaise, Gabriella, laquelle propose immédiatement aux deux hommes un ménage à trois dénué de sentiments et fonctionnant uniquement sur le sexe le plus torride. Les deux machos, bien sûr, acceptent et se lancent parallèlement dans une entreprise supposée lucrative, la chasse aux requins.

Malheureusement, au cours d’une sortie en mer, Miguel est déchiqueté par le « Tintorera » et Gabriella, anéantie, repart pour l’Angleterre. De son côté, Steven, obsédé par la vengeance, décide de chasser le monstrueux squale pour le supprimer définitivement.

Le cinéaste mexicain René Cardona Jr (1939 – 2003) débute sa carrière en 1964 et la termine 35 ans plus tard, inscrivant près de 90 longs métrages à son compteur. Véritable touche à tout du bis, René Cardona Jr s’est essayé à pratiquement tous les genres en vogue du cinéma populaire, proposant par exemple LA NUIT DES MILLE CHATS, LE MYSTERE DU TRIANGLE DES BERMUDES, CYCLONE, LA SECTE DE L’ENFER ou encore le sympathique LES DIAMANTS DE L’AMAZONE.

Son TINTORERA alias LES DENTS D’ACIER ou encore DU SANG DANS LA MER, constitue une déstabilisante tentative de surfer sur la mode des agressions animales et, en particuliers, des requins tueurs ayant suivis la sortie des DENTS DE LA MER. Pourtant, le cinéaste se réfère peu à Spielberg et adopte une démarche proche des « bisseux » italiens comme Joe d’Amato en filmant longuement les aventures, à la fois exotiques et érotiques, d’une poignée de personnages inintéressants.

Déblatérant des dialogues consternant de bêtise ou ahurissant de machisme satisfait, nos deux héros draguent littéralement tout ce qui bouge et tombent les filles sans la moindre difficulté, s’offrant de joyeuses galipettes dans un cadre paradisiaque. Les demoiselles se dénudent donc régulièrement et le métrage fonctionne comme un softcore polisson, entrecoupé de mises à mort sanglantes rappelant, à intervalles réguliers, que nous sommes censément dans un film d’horreur.

A ce niveau TINTORERA assure un honnête spectacle et propose une poignée de scènes efficaces au cours desquelles le requin tigre fonce sur ses proies pour les déchiqueter sauvagement. Dans la grande tradition du cinéma d’exploitation, René Cardona Jr accumule en outre les passages de chasse aux requins se terminant par la mort graphique, brutale et, bien évidemment, non simulée des squales. De la cruauté gratuite, inspirée par les mondo et la vague « cannibales » en provenance de la Péninsule qui renforce l’aspect choquant de ce TINTORERA sinon quelconque.

La meilleure scène intervient lorsqu’une bande de fêtards passablement éméchés tentent, au milieu de la nuit, de regagner leur bateau de plaisance à la nage. Le « tintorera » surgit et happe une poignée de victimes dans de belles mares de sang. Si les attaques sont, au final, peu nombreuses, elles dégagent heureusement une brutalité appréciable et bienvenue et, même réalisées avec des moyens restreints et des effets spéciaux rudimentaires, restent plus convaincantes que les tueries numériques prisées dans les « sharksploitations » des années 2000.

N’empêche, le soit disant « plus grand requin du monde » apparaît, dans les rares stoc-shot, long d’environ deux mètres et pas vraiment agressif. Mais le cinéaste s’en fiche un peu de son monstre des océans, son principal intérêt restant de filmer des jolies demoiselles tombant le maillot pour les beaux muscles des deux stupides héros. D’où de nombreux intermèdes « érotiques » ponctués de dialogues consternant et saupoudré d’une musique de supermarché à deux doigts de la faillite. Le compositeur de cette infâme soupe funky est pourtant le débutant Basil Poledouris, que l’on connaîtra plus inspiré par la suite (CONAN LE BARBARE, ROBOCOP)

Les interprètes, peu connus, comprennent toutefois la peu farouche beauté anglaise Susan George, vue dans LES CHIENS DE PAILLE, LARRY LE DINGUE ET MARY LA GARCE ou encore L’IMPLACABLE NINJA. Dans le rôle du valeureux chasseur de squale nous retrouvons Hugo Stiglitz, acteur d’origine mexicaine à la filmographie gigantesque (plus de 220 titres !) qui fréquenta les divertissants LE CIMETIERRE DE LA TERREUR et L’AVION DE L’APOCALYPSE. Enfin, l’anglaise Fiona Lewis est apparue dans une trentaine de films entre le milieu des années ’60 et la fin des années ’80 dont LE BAL DES VAMPIRES, FURIE, LES ENVAHISSEURS SONT PARMIS NOUS ou L’AVENTURE INTERIEURE.

Exploité en différentes versions plus ou moins sexuellement explicites et d’une durée variant entre 80 et 126 minutes (!), TINTORERA demeure une des pires imitations des DENTS DE LA MER sortie au cours des années ’70. En bref, un très médiocre soft-porn ringard camouflé en film d’horreur dont la vision n’est pas vraiment conseillée, même aux inconditionnels de « sharksploitations ».

 

Fred Pizzoferrato - Février 2011