REUNION SANGLANTE
Titre: Seuseung-ui eunhye /
Bloody Reunion / To Sir With Love
Réalisateur: Dae-wung Lim
Interprètes: Seong-won Jang

 

Eung-soo Kim
Yeong-seon Kim
Dong-kyu Lee
Ji-hyeon Lee
Mi-hee Oh
Hyo-jun Park
Année: 2006
Genre: Slasher / Horreur
Pays: Corée
Editeur Elephant
Critique:

Genre au départ typiquement américain ayant connu une énorme popularité de la fin des années ’70 au milieu de la décennie suivante, le slasher vécu, dans les années ’90, une renaissance suite au succès de titres référentiels et semi parodiques comme SCREAM et URBAN LEGENDS. La vague, jusqu’alors essentiellement confinée aux USA se répandit ensuite dans le reste du monde et en particuliers en Asie lorsque la mode des fantômes finit par lasser le public.

REUNION SANGLANTE provient de Corée mais ne révolutionne pas vraiment le genre, si ce n’est lors d’un final sur lequel nous reviendrons. Le film débute lors de l’accouchement d’une prof, Madame Park, laquelle donne naissance à un enfant déformé et attardé qu’elle va enfermer dans la cave afin de le cacher au reste du monde. Ne pouvant supporter la situation, l’époux de madame Park se donne ensuite la mort par pendaison. Une introduction classique nous proposant un événement traumatique qui servira de détonateur aux horreurs ultérieures…

Des années plus tard, Madame Park, gravement malade et clouée dans un fauteuil roulant, reçoit la visite d’anciens élèves à la suite d’une invitation envoyée par son infirmière et dame de compagnie. La réunion se passe au mieux jusqu’à ce que les vieilles rancoeurs refassent surface. Madame Park, d’abord présentée comme une enseignante modèle, a apparemment occulté de nombreux faits peu glorieux liés à son passé, un de ses passe temps favori consistant par exemple à se moquer de ses jeunes élèves les plus démunis financièrement. Madame Park a ainsi brisé l’existence de la plupart d’entre eux et les rancunes ne tardent pas à éclater au sein du petit groupe. La réunion amicale va rapidement dégénérer d’autant qu’un mystérieux tueur masqué commence à décimer les anciens camarades.

Au départ plutôt intéressant et prometteur, REUNION SANGLANTE cumule malheureusement nombre de défauts communs à moult slashers. La première partie, consacrée à la présentation des divers protagonistes, tente ainsi de proposer un minimum de caractérisation mais ne parvient pas à convaincre en raison des nombreuses invraisemblances. Difficile d’admettre cette réunion se déroulant de manière enjouée alors que chacun cache un passé traumatisant dont cette prof, en apparence modèle, est la cause. Difficile aussi d’admettre l’amnésie dont semble souffrir l’enseignante qui, en apparence, ne se souvient aucunement des brimades jadis infligées à ses étudiants. Bien sûr l’explication finale viendra éclaircir certaines zones d’ombre mais la sensation de duperie persistera et ces incohérences agaçantes gâchent grandement le plaisir du visionnage.

Le côté horrifique, pour sa part, prend un temps certain à se manifester, le premier meurtre intervenant exactement à mi-film. Les torture porn à la SAW et HOSTEL étant passé par là, le cinéaste ne se contente plus de meurtres à l’ancienne mais se croit obliger d’inclure une scène de tortures assez malsaine à base de lame de rasoir.

A partir de ce moment, REUNION SANGLANTE va adopter un rythme beaucoup plus soutenu et enchaîner une suite de crimes sadiques assez éprouvants, pas toujours très éloignés des mises en scènes cruelles et outrancières du giallo auquel le cinéaste se réfère quelque peu, d’autant que l’identité du meurtrier et ses motivations seront, elles, révélées durant les dernières minutes à la manière des meilleurs thrillers italiens. Le look du tueur s’avère, pour sa part, relativement original et soigné, avec un masque en papier de lapin plutôt iconique. Un bon point qui donne à cet assassin un côté angoissant et quasi surnaturel bien pensé.

Les interprètes, eux, sont concernés par leur rôle et largement plus convaincants et crédibles que la majorité de leurs collègues fréquentant les slashers made in USA. Sans éviter les stéréotypes (la boulotte devenue une bombe anatomique, le comique,…) nous sommes un peu au-dessus des teenagers buveurs et baiseurs du cinéma de genre américain mais cela n’empêche malheureusement pas l’ensemble de paraître routinier et même ennuyeux. Reste un certain savoir faire au niveau de la mise en images de cette intrigue balisée, la photographie souvent agréable et le soin apporté à la confection du métrage le plaçant un peu au-dessus des productions similaires encombrant les vidéoclubs.

Malheureusement le gros point noir se situe dans le dernier quart d’heure où, pour donner un semblant d’originalité à REUNION SANGLANTE, le metteur en scène se permet un retournement final particulièrement malhonnête et confus. Sous l’influence mal digérée des grands films à twist et en particulier de USUAL SUSPECTS, Dae-wung Lim et son scénariste Se-yeol Park transforment un banal mais correct slasher en un pseudo thriller psychologique remettant complètement en question les événements décrits durant les 80 premières minutes. Un procédé non seulement discutable mais carrément frustrant qui laisse au spectateur une désagréable impression d’arnaque. Et dire que certains, en leur temps, avait attaqué le sympathique WEEK END DE TERREUR pour un twist final bien plus amusant et adroitement amené !

En définitive, REUNION SANGLANTE apparaît assez inégal et pas vraiment réussi. Une première partie axée sur le drame cède la place à une seconde donnant dans le slasher routinier mais bien gore avant que le twist final n’emmène le métrage sur d’autres rives sans parvenir à convaincre. On a vu pire mais difficile de ne pas sortir de la projection avec le sentiment de s’être fait berné par un cinéaste un peu arrogant se croyant très finaud. Pas complètement raté, REUNION SANGLANTE s’avère toutefois, au final, largement antipathique ! Cela peut donc s’éviter…

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011