LA REVOLTE DES MORTS VIVANTS
Titre: La Noche del terror ciego
Mark of the Devil 4: Tombs of the Blind Dead
Réalisateur: Amando de Ossorio
Interprètes: Lone Fleming

 

César Burner
María Elena Arpón
José Thelman
Rufino Inglés
Verónica Llimera
Simón Arriaga
Année: 1971
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Né en 1918 (ou 1925 selon les sources) et décédé en 2001, Amando de Ossorio dirigea une vingtaine de métrages au cours d’une carrière débutée au milieu des années ’50 et terminée 30 ans plus tard. Néanmoins, s’il a touché à plusieurs genres, c’est l’horreur qui lui fit gagner ses lettres de noblesse, de Ossorio étant à présent considéré comme un des plus importants cinéastes espagnols ayant œuvré dans ce domaine. Sa tétralogie consacrée aux Templiers aveugles demeure, évidemment, sa plus belle réussite et en particulier les deux premiers volets, l’initial LA REVOLTE DES MORTS VIVANTS et sa séquelle LE RETOUR DES MORTS VIVANTS.

Les deux suivant (LE MONDE DES MORTS VIVANTS et LA CHEVAUCHEE DES MORTS VIVANTS) sont par contre moins réputés mais l’ensemble a acquis un statut culte auquel Jesus Franco rendit hommage (si l’on peut dire) via son MANSION OF THE LIVING DEAD. Notons encore l’existence d’un très curieux LA CRUZ DEL DIABLO signé par John Gilling en 1975 dans lequel figure aussi les fameux Templiers et regrettons le projet avorté qui les auraient confrontés au loup-garou joué par Paul Naschy.

Coup d’envoi de l’horreur espagnole, LA REVOLTE DES MORTS VIVANTS, s’avère malheureusement quelque peu décevant et languissant. Le métrage a, en effet, méchamment vieilli même si certaines séquences efficaces méritent que l’on s’y attarde. Réalisé en 1971, soit trois ans après le chef d’œuvre matriciel de George Romero LA NUIT DES MORTS VIVANTS, ce premier volet de la saga ne doit pourtant pas grand-chose aux zombies à l’américaine et s’inscrit davantage dans le prolongement de l’épouvante gothique européenne des années ’60. L’ambiance s’inspire logiquement du décorum anglo-saxon développé par la Hammer mais aussi du climat poétique et morbide des classiques italiens du fantastique sixties. Par un juste retour des choses, LA REVOLTE DES MORTS VIVANTS influença en retour les réalisateurs de la Péninsule qui y puisèrent différentes idées, pour le meilleur (L’AU DELA, L’ENFER DES ZOMBIES) ou pour le pire (ZOMBIE HOLOCAUST, LE MANOIR DE LA TERREUR).

L’intrigue débute par un flashback détaillant le calvaire d’une demoiselle torturée par les cruels Chevaliers du Temple. Puis le métrage effectue un bond de plusieurs siècles et nous présente Virginia, une jeune Portugaise en vacance dans la campagne en compagnie de son petit copain Roger. Elle rencontre par hasard Betty, une de ses anciennes amies avec qui elle eut une relation homosexuelle bien des années plus tôt (certaines versions censurées omettent ce passage et rendent par conséquent difficile la compréhension du triangle amoureux). Roger suggère à Betty de les accompagner pour un petit voyage mais la situation devient rapidement inconfortable pour Virginia. Elle saute finalement d’un train en marche à proximité du monastère en ruines de Berzano mais le conducteur de la locomotive, superstitieux, refuse de stopper les machines et abandonne Virginia à son sort.

La jeune femme égarée trouve refuge dans le bâtiment délabré mais, à la nuit tombée, les morts sortent de leur tombe et viennent la vampiriser. Le lendemain matin, la police découvre son cadavre couvert de morsures tandis que Roger et Betty, ignorants les événements récents et morts d’inquiétude, louent des chevaux et partent à la recherche de leur amie disparue. Le couple approche des ruines maudites et apprend que Berzano fut jadis le repère des Templiers. Ces derniers, détenteurs du secret de la vie éternelle et maintenus en semi vie depuis plusieurs siècles, rodent la nuit aux alentours du monastère et se nourrissent des voyageurs égarés, buvant le sang nécessaire à leur existence damnée.

Production sympathique mais datée, LA REVOLTE DES MORTS VIVANTS comporte cependant suffisamment d’idées intéressantes pour mériter une vision. Les chevaliers zombies, tout d’abord, bénéficient d’un soin particulier, que ce soit dans leur look particulier ou leur histoire, mêlant légendes, racontars, suppositions et mensonges colportés par l’Eglise. Leur faiblesse supposée (la cécité) se voit compensée par une ouïe surdéveloppée qui leur permet, par exemple, d’entendre les battements de cœur de leur proie et de les traquer sans répit même dans la plus complète obscurité.

Cadavériques, momifiés et couvert des lambeaux de leur costume médiéval, les Templiers se déplacent de manière très lente et recourent même à des chevaux, également zombifiés, pour semer la terreur. Le métrage se pare dans ces moments surréalistes d’une certaine poésie macabre, toujours aux lisières du ridicule mais cependant plaisante par sa volonté d’étrangeté et son sérieux inébranlable.

L’environnement choisi se révèle, pour sa part, adéquat, de Ossorio utilisant à bon escient les décors naturels en ruines pour composer une atmosphère angoissante à souhait. Le monastère abandonné s’avère si naturellement frissonnant que le cinéaste a peu d’efforts à accomplir pour le rendre menaçant, surtout baigné par la lueur de la lune et hanté par les Templiers maléfiques. Les mélopées sinistres ponctuant la bande originale ajoutent, elles aussi, à l’ambiance particulière de cette REVOLTE DES MORTS VIVANTS mais, si Armand de Ossorio soigne la photographie et se permet une poignée de séquences efficaces, cela ne suffit pas vraiment à compenser la caractérisation très schématiques des protagonistes et le côté ridicule de nombreux dialogues et situations. Les chevauchées des zombies, filmées au ralenti, s’avèrent ainsi embarrassantes et n’évitent pas le comique involontaire.

Au niveau des personnages, le film ne cherche guère à leur donner la moindre épaisseur et certains passages semblent n’exister que pour offrir un peu d’exploitation supplémentaire. Le flashback lesbien et la scène de viol, placée en fin de métrage, ont ainsi pour seul intérêt d’ajouter un léger érotisme à un ensemble sinon timoré. Les scènes gore, pour leur part, ne rivalisent pas avec celles de LA NUIT DES MORTS VIVANTS mais restent relativement sanglantes pour un film du début des années ’70.

Si la première moitié du métrage adopte un rythme soutenu, la seconde partie, par contre, s’avère moins passionnante et multiplie les passages inintéressants et languissants. Certaines sous-intrigues manquent en outre de logique, ainsi Virginia revient d’entre les morts après avoir été mordue par les Templiers mais aucune autre de leurs victimes n’agit de la sorte. Une idée destinée à donner un peu de nerf au film (qui en a bien besoin à ce moment) et provoquer quelques frissons faciles même s’il faut admettre l’efficacité de la scène.

En dépit d’une durée restreinte (80 minutes dans sa version courte internationale), LA REVOLTE DES MORTS VIVANTS tourne hélas à vide et finit par provoquer un certain ennui chez le spectateur. Cependant, sa relative originalité et l’une ou l’autre séquence réussie sauvent les meubles et font du métrage une curiosité sympathique pour les nostalgiques.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012