TOMIE: BEGINNING
Titre: Tomie: Beginning
Réalisateur: Ataru Oikawa
Interprètes: Rio Matsumoto

 

Asami Imajuku
Kenji Mizuhashi
Yuka Iwasaki
Akifumi Miura
Takashi Sugiuchi
Yoshiyuki Morishita
Année: 2005
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Longue saga cinématographique nipponne, TOMIE compte pas moins de huit films (et un spin-off télévisé intitulé ANOTHER FACE) tournés en autant d’années. Les scénarios adaptent l’univers d’un manga homonyme, signé Junji Ito, lequel comporte trois tomes et mise avant tout sur l’ambiance étrange et malsaine. La série de long-métrages respecte ce postulat et privilégie les climats bizarres aux effets visuels explicites.

Le personnage de Tomie reste, évidemment, l’attraction première de la saga. Lycéenne sexy et aguicheuse rendant les hommes littéralement fous d’amour, Tomie, véritable personnification du « roricon » (ou fantasme de la Lolita) est assimilée à une sorte de ver (sic !) et peut se régénérer à partir d’une simple cellule. La moindre goutte de sang répandue donne ainsi naissance à une nouvelle Tomie toujours aussi séduisante et dangereuse. Autrement dit, pas simple de se débarrasser définitivement de la petite peste !

TOMIE : BEGINNING revient, comme le titre l’indique, aux origines du mythe. Deux jeunes gens, une fille et un garçon, se rendent à une réunion d’anciens étudiants dans leur lycée à présent déserté et se souviennent de l’émoi causé par l’arrivée d’une élève provocante nommée Tomie, laquelle rendait les mâles fous de désir et les demoiselles ivres de rage.

Ce cinquième long-métrage cinéma, réalisé par Ataru Oikawa (déjà coupable du premier volet et, la même année, du suivant, TOMIE : REVENGE), déballe une intrigue prévisible mais sympathique dotée de quelques bonnes idées. L’utilisation de flash-back et d’une construction brisant la linéarité narrative apporte ainsi une plus value certaine à l’entreprise dont la trame scénaristique s’avère, il faut l’avouer, peu intéressante.

Quelques scènes ressortent heureusement du lot. La tentative de séduction d’un professeur par la sulfureuse Tomie sur une table de ping-pong s’avère, par exemple, efficace même si, malheureusement, elle reste désespérément soft. Car TOMIE : BEGINNING, en dépit d’un potentiel érotique énorme, se montre fort timoré et bien en deçà des possibilités horrifiques et sensuelles de son sujet. Ainsi, lorsque Tomie capture deux lycéennes avec l’aide de ses hommes de main transis d’amour le spectateur espére du croustillant mais Tomie se contente de les forcer à manger des cafards et autres vers de terre. Encore une fois, Ataru Oikawa reste bien trop sage pour convaincre et semble effrayer par les possibilités fantasmatiques de sa thématique pourtant sulfureuse.

En outre, TOMIE : BEGINNING se montre peu subtil et les personnages, à peine esquissés et dénués de la moindre profondeur psychologique, se voient réduit à de simples pantins gesticulant. L’interprétation, par ailleurs, peine à convaincante même si Rio Matsumoto, dans le rôle titre, se révèle à la fois sensuelle, triste et maléfique. En dépit de quelques plans joliment photographiés (comme la scène ou Tomie et sa seule amie se retrouvent au bord d’une cascade, en pleine nature) Oikawa échoue à transmettre le moindre frisson, sombrant même à plusieurs reprises dans le comique involontaire.

Difficile, en effet, de garder son sérieux lors de séquences voulues éprouvantes comme la mort de Tomie (découpée en morceaux par ses camarades de classe hilare) ou son retour en classe, bien « vivante », alors qu’elle déclare « que se passe t’il ? On dirait que vous venez de voir un fantôme ».

Le jeu outré des acteurs et la mise en scène sans inspiration sapent complètement le potentiel de ces deux scènes censément marquantes qui laissent une impression de bâclage, pour ne pas dire d’un véritable ratage à la fois grotesque et désagréable. Une autre séquence difficile à avaler et de surcroit bien longuette montre Tomie aux prises avec trois étudiants affublés de costumes de samouraïs, tout droit sorti d’un BABY CART. Difficile de comprendre où le cinéaste veut en venir ou même ses intentions réelles tant le film oscille entre premier et second degré, alternant moments sérieux et instants aux limites de la parodie plus ou moins assumée.

Préquelle quelconque à l’intérêt limité, TOMIE : BEGINNING se laisse toutefois regarder d’un œil distrait par le spectateur conciliant. La beauté de la jeune interprète, l’une ou l’autre idée, quelques éclaboussures sanglantes et une durée réduite au minimum syndical (70 minutes point barre !) permettent, en effet, de ne pas trop s’ennuyer.

Hélas, TOMIE : BEGINNING ne parvient jamais à se démarquer des trop nombreuses productions horrifiques japonaises similaires et doit, par conséquent, se contenter d’une moyenne péniblement décrochée.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012