LA FOREUSE SANGLANTE
Titre: The Toolbox Murders
Réalisateur: Dennis Donnelly
Interprètes: Cameron Mitchell

 

Pamelyn Ferdin
Wesley Eure
Nicolas Beauvy
Tim Donnelly
Aneta Corsaut
Kelly Nichols
Année: 1978
Genre: Slasher / Thriller
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Sorti en salles en mars 1978 (soit quelques mois avant le HALLOWEEN de John Carpenter), THE TOOLBOX MURDERS appartient à la première vague du slasher (ou du proto slasher) et a depuis gagné ses galons de « classique précurseur» aux côtés de BLACK CHRISTMAS et quelques autres.

TOOLBOX MURDERS débute de manière efficace par une série de crimes sanglants perpétrés par un maniaque cagoulé équipé d’une foultitude d’instruments meurtriers puisés dans une boite à outils (d’où le titre !). Les trente premières minutes proposent, dès lors, un carnage gore assez réjouissant au cours duquel le cinglé supprime une poignée de jeunes femmes à l’aide d’un marteau, d’un tournevis ou d’une perceuse électrique. L’inspecteur Mark Jamison, dépêché sur place, interroge les autres habitants de l’immeuble où s’est déroulée la tuerie mais ne trouve aucun indice pouvant mener à l’arrestation du meurtrier.

La nuit suivante, notre tueur masqué revient abattre au pistolet à clous une jeune mannequin (la débutante Kelly Nichols, revue ensuite dans une centaine de porno durant les années ’80 et ’90, qui nous gratifie ici d’une chaude séance de masturbation suggérée dans son bain) puis s’en prend à la jeunette Laurie Ballard (Pamela Ferdin, vue dans SATAN MON AMOUR et d’innombrables séries télévisées durant les années ’70). Le maniaque la capture et entame avec elle un jeu pervers. Jamison, de son côté, refuse de valider la thèse du kidnapping et pense que l’adolescente s’est simplement enfouie avec un hypothétique petit ami…Son frère, Joey, se résout par conséquent à mener l’enquête et se substitue, avec l’aide d’un de ses copains, à l’inefficacité des forces de l’ordre.

Long-métrage porté sur l’exploitation, THE TOOLBOX MURDERS ne lésine pas, du moins dans son premier tiers, sur la nudité gratuite et les meurtres bien sanglants. De par l’apparence du meurtrier, le soin de la mise en scène et sa complaisance, le film s’apparente également à une sorte de version dégénérée du giallo, dont le cinéaste n’aurait retenu que les éléments les plus racoleurs. Toutefois, Dennis Donnelly (dont ce fut l’unique contribution au septième art, l’essentiel de sa carrière étant dévolue à la petite lucarne avec, par exemple, des épisodes du « Amazing Spiderman » de 1977) emprunte ensuite une voie divergente guère éloignée de nos modernes « torture porn ». Ce changement de ton radical tranche résolument avec le rythme enlevé des trente première minutes.

L’heure suivante, en effet, est essentiellement dévolue à l’investigation menée par le frère de la disparue pour tenter de la sortir des griffes du maniaque et aux palabres de ce dernier avec sa victime entravée. Hélas, aucune scène ne possède un impact équivalent à celles de la première demi-heure, véritable modèle de mécanique horrifique située aux confluents du giallo, du thriller horrifique et du slasher naissant.

A l’image de TERREUR SUR LA LIGNE, le film de Donnelly parait épuiser tout son potentiel au terme de son premier acte (qui se conclut par le crime brutalement graphique d’une demoiselle totalement nue) et se consacre par la suite aux monologues du cinglé. Campé avec une réelle implication par le vétéran Cameron Mitchell, notre dingue se lamente de l’impossibilité d’élever une fille et de la garder « pure » dans ce « monde horrible ». Il prétend, comme la plupart de ses « collègues », agir pour le bien commun et nettoyer la « crasse » qui inclut l’alcoolisme, la masturbation, le lesbianisme, etc. Décidé à remplacer sa fille décédée par la jeune kidnappée, il lui offre des sucettes, lui prépare ses repas et la traite comme un bébé à préserver de la société corruptrice. Le fou dialogue également avec l’adolescente mais ces scènes ne possèdent pas le potentiel pervers espéré.

Le policier chargé de l’enquête semble, de son côté, essentiellement préoccupé par la vie intime de la disparue et ses investigations demeurent donc au point mort. Bref, l’ensemble tourne à vide et l’ennui pointe son nez avant de s’installer définitivement durant la seconde moitié du métrage.

Si THE TOOLBOX MURDERS avait réussi à maintenir une qualité équivalente à celle des trente premières minutes sur l’ensemble du temps de projection, le film aurait, sans nul doute, été un classique de l’épouvante. En l’état, l’œuvre déçoit et les longueurs et redites sapent, peu à peu, tout intérêt jusqu’au twist final quelque peu prévisible mais sympathique.

Reste une entame très efficace, une musique parfois effective et une interprétation décente qui compensent, du moins en partie, les nombreuses faiblesses d’un long-métrage qui connut un remake assez quelconque un quart de siècle plus tard.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013