TORSO
Titre: I corpi presentano tracce di violenza carnale
Réalisateur: Sergio Martino
Interprètes: Suzy Kendall

 

Tina Aumont
Luc Merenda
John Richardson
Roberto Bisacco
Ernesto Colli
Angela Covello
Année: 1973
Genre: Slasher / Giallo / Horreur / Erotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Précédé d’une solide réputation, TORSO constitue un exemple de giallo relativement tardif, produit à une époque où le genre cherchait à se renouveler en misant davantage encore sur l’érotisme et le gore, se rapprochant par la même des futurs slashers américains.

Sergio Martino, réalisateur confirmé dans le genre (il s’agit de son cinquième – et provisoirement dernier – giallo), assure la mise en scène avec une certaine classe mais ne peut totalement faire oublier les faiblesses du script, pourtant signé par Ernesto Gastaldi. Ce-dernier est, en effet, un scénariste réputé responsable de quelques belles réussites dans le cinéma de genre italien, que ce soit dans l’épouvante (LE CORPS ET LE FOUET), le western (LE GRAND DUEL, MON NOM EST PERSONNE), la science-fiction (2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK) ou bien sur le giallo (L’ETRANGE VICE DE MADAME WARDH et bien d’autres).

L’intrigue, située à Rome, concerne une étudiante en art, Jane (Suzy Kendall vue dans L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL, SPASMO et CONTES AU BORD DE LA FOLIE), son amie Daniela (Tina Aumont, dont la carrière éclectique va du SATYRICON de Fellini à SALON KITTY de Tinto Brass) et le professeur Franz (John Richardson, vu dans UN MILLION D’ANNEES AVANT JESUS CHRIST, LE MASQUE DU DEMON, SHE ou encore SANCTUAIRE). Dans l’entourage de Jane se trouve également Stefano (Roberto Bisacco) qui poursuit Daniela de ses assiduités, et les belles Flo et Carole.

Le métrage débute réellement lorsque Flo et son petit ami sont assassinés par un mystérieux assassin vêtu de noir utilisant un foulard rouge pour étrangler ses victimes. Jane se rapproche alors de son professeur et une romance s’engage entre eux tandis que Stefano, frustré, se tourne vers une prostituée. Carole, pour sa part, participe à une sorte d’orgie hippie mais refuse les avances de deux motards défoncés. Fuyant dans une forêt baignée de brouillard, la jeune femme finit sous les coups de couteau du maniaque tout de noir vêtu.

Le seul indice pour remonter la piste du meurtrier semble être le foulard dont il se sert pour étrangler ses proies, ce dont se souvient un marchand ambulant qui parvient ainsi à déterminer son identité. Le colporteur décide imprudemment de faire chanter l’assassin au lieu de prévenir la police mais mal lui en prend : il finit écrasé par le tueur, lequel menace ensuite Daniela. Persuadée d’être les prochaines victimes, Jane, Daniela et leur deux amies lesbiennes partent pour la campagne se réfugier dans une villa isolée, passant leur vacance à bronzer nues sous le soleil et excitant la population mâle locale. La tension monte d’autant que le sadique les a suivies et poursuit son carnage…

TORSO constitue un exemple intéressant de cinéma bis italien dont la construction semble divisée en trois parties d’une durée sensiblement égale. La première se montre typique du giallo et propose une intrigue policière assez classique mais agréable à suivre. Les victimes tombent à intervalles réguliers, le côté voyeuriste est prononcé et nous avons même droit au cliché récurent du maître chanteur mal inspiré qui meurt sous les coups de l’assassin pour n’avoir point averti les forces de l’ordre.

Routinier mais divertissant, l’aspect policier de ces trente premières minutes s’estompe ensuite lors d’une seconde partie nettement plus porté sur l’érotisme. Sergio Martino se désintéresse alors de l’intrigue à suspense pour privilégier les plans sexy, alternant les bains de soleil des demoiselles et les séquences lesbiennes gratuites placées là pour titiller le spectateur mâle. Ne perdant jamais une occasion de cadrer une petite culotte ou une poitrine dénudée, Martino joue de tous les codes du cinéma érotique (soft) et offre un spectacle charmant magnifié par une belle photographie et le cadre photogénique de la campagne italienne.

La dernière partie, pour sa part, s’inscrit davantage dans le style du thriller d’épouvante et rappelle quelques classiques du cinéma américain comme SEULE DANS LA NUIT. En effet, durant près d’une demi-heure, le métrage joue la carte du huis clos et enferme la « last girl standing » dans une demeure isolée où rode l’assassin mystérieux.

TORSO offre donc au spectateur un mélange en apparence séduisant de suspense, d’enquête policière, d’érotisme et d’horreur sanglante mais, malheureusement, tout cela n’est pas vraiment bien dosé. La partie enquête s’avère assez décevante et pas vraiment convaincante, parvenant difficilement à maintenir l’intérêt en dépit de rebondissements nombreux et de meurtres brutaux. Cependant, l’érotisme prononcé se révèle plus intéressant et les nombreuses scènes sexy, ou simplement de nudité, restent agréables à l’œil. Au point de vue du gore, le bilan se montre plus mitigé : Martino coupe un peu brusquement lors des meurtres qui, fatalement, manquent de punch et ne peuvent rivaliser avec les mises à mort opératiques développées par les ténors du giallo. Les effets de maquillages, pour leur part, trahissent un certain amateurisme mais parviennent à faire illusion grâce à leur brièveté.

Un peu ennuyeux durant cette première heure, TORSO se rattrape toutefois en partie lors du climax final confrontant la seule survivante au meurtrier. Même si Sergio Martino n’innove guère au cours de cette demi-heure plutôt prévisible, le métrage possède suffisamment de suspense pour retenir l’attention, particulièrement lors d’une séquence assez stressante montrant l’héroïne tentait de s’échapper d’une pièce fermée.

L’explication finale concernant l’identité du meurtrier et ses motivations ne surprendra guère les habitués du giallo mais le tout reste toutefois un poil plus vraisemblable que la moyenne du genre, même si la cohérence n’est pas la vertu première de ce style de films.

Cultivant une atmosphère prenante mais aussi de nombreux clichés, TORSO se révèle au final un poil décevant étant donné sa réputation envieuse mais se regarde toutefois sans déplaisir. Sergio Martino a réalisé d’autres métrages similaires plus efficaces mais le mélange de meurtres raisonnablement gore, de suspense parfois stressant et de jeunes demoiselles complaisamment dévêtues saura contenter les inconditionnels du giallo, voire du slasher, à condition de ne pas en attendre un chef d’œuvre impérissable.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2010